‹ La Queste du GraalChapitre 30 sur 62 · LA DESCENTE D'ISTAR AUX INFÉRIEURS · texte numérisé non relu

LA DESCENTE D'ISTAR AUX INFÉRIEURS

La Grande Istar a péché contre Bel: elle a péché contre Belit : et ce péché mystérieux, ce péché indicible veut un grand dam, et le Destin ordonna : « Si tu ne veux pas être terrestrisée, tu lèveras ton œil vers l'amour dlstubar, le héros grossier et lourd. »

Sitôt, la hère déesse, aveuglée par un charme, oublieuse de son époux divin Tammuz, s'offre à Isdoubar, disant :

— a Sois mon époux, et sur un char blanc aux essieux d'or, aux timons brillants attelés de coursiers jumeaux, tu entreras dans la maison parfumée, la maison en bois de cèdre, et les esclaves baiseront ton orteil et les rois la frange de ta tuniqne, Rapportant les fruits du mont et de la plaine.

j — >ie lier à toi, sensuelle et fantasque et connaître la soif qu'on n'étanche pas, la faim qu'on ne rassasie pas : renier mon indépendance d'esprit et m'abandonner à l'impossible, aux démons du mystère. Non !

« Ta maison parfumée, ta maison en bois de cèdre est le tombeau du héros. Ton alcôve souffle un miasme mortel ; les colonnes empoisonnent qui s'y appuie, mieux vaudrait s'appuyer aux murs qui ensanglantent.

Istar se plaignit à son père Anu, à sa mère Anunit :

— i Ma fdle, tu seras terrestrisée, dit Anu. »

— « Tu seras infernalisée, dit Anunit. »

LA QUESTE Dl GRAAL 113

Istar monta sur le rempart d'Erech, déchira son manteau el exécra :

— * Malheur dans tous les ciels, car je vais prononcer la parole de Merodack, et les testicules du Taureau céleste seront flétris. »

Et elle prononça la parole de Merodack, la parole qui inféconde la semence.

— V.is l'Aral, la terre du bas exil, Istar, tille de Mn. je dirige mon essor et je sors de la maison d'éternité, de la demeure d'Irkalla; je sors de ce lieu où on ue peut plus rentrer. Je quitte la lumière et dans l'ombre je vais marcher. »

Istar se tient (levant la porte de l'Aral.

— Ouvre, gardien. Si tu n'ouvres pas, je force la porte, je brise les verroux, j'émiette le seuil ! »

Le gardien dit :

— < Entre, déesse, ne te fâche pas, je vais l'annoncer a Allât, i

Et celle-ci se récria :

— « Que m'apporte son courroux ? Que m'apporte la colère d<' son foie ?

— « Souveraine de l'Aral, je ne veux pas me quereller avec toi ; je n'en veux qu'à moi-même, que ne puis-je dévorer ma chair et tourmenter mon sang! Je me déteste ; j'ai livré le secret du héros. »

Allât dit :

— < Garde, ouvre-lui, et, selon le rite, dénude-la. » Le garde ouvrit le palais de l'Aral.

— « Déesse, que la volonté se fasse. » A la première porte, il la toucha.

— « Pourquoi m'enlèves-tu la grande tiare de ma tète? »

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— « Entre, déesse, sans tiare, car le Destin t'a découronnée de ton entendement et tu obéis aux Normes, désormais. »

A la seconde porte, il la toucha.

— «. Pourquoi m'enlèves-tu mes boucles d'oreilles? b

— « Entre, déesse, sans boucles d'oreilles, car tu n'entends plus les conseils de l'harmonie éternelle, et tu es livrée aux paroles menteuses et vides. »

La troisième porte, il la toucha.

— « Pourquoi m'enlèves-tu les opales de mon cou ? >

— « Entre, déesse, sans opales à ton cou, car tu n'as pas su de faire un collier du bras d'Isdubar, le héros grossier. »

A la quatrième porte, il la toucha.

— « Pourquoi m'enlèves-tu les tuniques de mon corps? »

— s Entre, déesse, sans tunique, car tu es sans défense contre le Destin, qui ne te respecte plus. »

A la cinquième porte, il la toucha.

— a Pourquoi m'enlèves-tu la ceinture en pierres précieuses de mes reins ?•»

— « Entre, déesse, sans ceinture précieuse à tes reins, car ta volonté ne se fera plus, et tes reins pâtiront comme ton esprit. »

A la sixième porte, il la toucha.

— i Pourquoi m'enlèves-tu les anneaux de mes pieds et de mes mains ? »

— « Entre, sans anneaux aux pieds et aux mains, car tu n'es plus qu'une mortelle, et tes pieds saigneront et tes mains resteront vides. »

A la septième porte, il la toucha.

LA QUESTE DU GR v VI. US

— i Pourquoi m'enlèves-tu ce voile qui couvre ma pudeur /

— « Entre, déesse, sans aucun voile, même sur ta pudeur, car tu n'es plus androgyne, mais femme. »

Après qu'Istar fut ainsi toute nue dans l'Aral, Allât se moqua d'elle, et Istar. furieuse, se rua. Lors Allât à ÏVamtar. le fixateur des destins :

— i Va, Namtar, accable Istar des soixante misères. Ses yeux, habitués à la beauté, offusque-les de toutes Les laideurs; son sein, habitué à ne battre qu'orgueilleusement, agite-le de mille dégoûts ; qu'elle soit lixée en un esclavage perpétuel, et que son cœur se lamente, et que de noirs soucis sa tète craque.

Après <vl:i. Istar, la déesse, fut précipitée en corps mortel : et elle fut enfant, et puis fdle, et puis elle fut l'épouse d'un indigne, et en proie à la détestation des autres femmes jalouses.

.Mais, pendant tout ce temps, un vent de colère et de haine souffla d'un ciel à l'autre ; Merodack devint solitaire et Zarpanit acariâtre ; Nebo ne fit plus son office de grand messager ; les démons entre eux se battirent ; et parmi les grands dieux, entre les grands dieux, du Sommeil ou de l'Injure, seulement Adar devint si farouche qu'il n'y eut plus de printemps ; et en bas, sur la terre, les mortels crurent que c'était la grande fin.

Le dieu Turda se déchira le visage devant Samas. i Vois, le ciel d'en haut a perdu son sourire et toimême, Samas de minuit, aux yeux des mortels effrayés, tu te traînes à l'horizon comme une larve rouge : car Istar ayant livré le secret des héros, est descendue sur la terre, Istar le cœur des dieux. »

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Alors, de la nécessité divine, jaillit Uddusnamir : Celui-là n'était pas prévu par le Destin; celui-là ne contredisait pas le Destin, et il alla vers l'Aral et, quand il parut devant Allât, celle-ci se frappa la hanche et se mordit le pouce.

Allât hurla :

— « A toi aussi, un jour, Uddusnamir, je t'infligerai la grande pénitence.

« Que le ciment des murs soit ton pain, l'ombre des murs ta couverture, l'angle des murs ton seuil, le suint des murs ta boisson. »

Uddusnamir dit le mot de Merodack, le mot auquel on ne réplique pas, le mot auquel on ne désobéit pas, le mot qui est Dieu, et Allât, vaincue, dit :

— « Fixateur des destinées, Namtar, voile les tables de l'avenir qui forment la clé de voûte ; délivre le dieu Annunaki. assieds-le sur un trône: abreuve Istar des yeux de la vie; et rends-la aux grands dieux, puisqu'ils ne peuvent se passer d'elle, le sourire de leur cœur. »

Namtar obéit et, à la première porte, il lui restitua le voile qui couvre sa pudeur.

— « Sors, déesse, avec le voile qui couvre ta pudeur, car tu n'es plus femme, mais androgyne céleste. »

A la seconde porte, il lui restitua les anneaux de ses pieds et de ses mains.

— « Sors, déesse, avec les anneaux aux pieds et aux mains, car tes pieds marcheront fermes à ton but, et tes mains se rempliront des fruits de la volonté. >>

A la troisième porte, il lui restitua la ceinture de pierres précieuses de ses reins.

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— Sors, déesse, ear tes reins sont glorieux el satisfaits comme ton esprit.

A la quatrième porte, il lui restitua les tuniques do son corps.

— « Sors, déesse, avec tes tuniques, afin que le Destin te reconnaisse et te respecte. »

A la cinquième, il lui restitua les opales de son cou.

— « Sors, déesse, avec les opales à ton COU, car tu vas le faire au second collier des bras du céleste Tanmuz. »

A la sixième pinte, il lui restitua ses boucles d'oreilles.

— i Sors, déesse, avec tes boucles, c;ir tes Oreilles

remplies de L'harmonie éternelle, n'entendront plus les paroles menteuses el villes.

A la septième porte, il lui restitua la grande tiare de sa tète.

— « Sors, déesse, avec la grande tiare, car ton entendement commande aux Normes, désormais. »

Istar consentit à retourner dans le ciel.

Elle remplit de pierres voyantes ses genoux et elle découvrit ainsi où était Tammuz, et elle marcha vers l'endroit, elle marcha et rompit les charmes, et parut devant son époux et dit :

— « Aimé, j'ai revoilé le secret des héros », et il lui lui ouvrit les bras, et elle s'y jeta.

Alors, pendant cette étreinte, il y eut une joie qui monta au ciel et, derechef, descendit jusqu'à terre.

Merodack, incontinent, baisa Zarpanit ; Nebo parcourut l'éther comme une comète joyeuse, les daïmons firent des rondes frénétiques , et , parmi les grands dieux, entre les grands dieux, la vivacité d'un doux commerce.

LA DECADENCE LATINE

ÉTHOPI I

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