ARIOSO
Libre el jeune, belle el riche, en ces quatre nuits. toute l,i joie de la terre esl incluse. Bonheur cubique et orienté, il<--iin complet, magnifique patrimoine, <imidruple force.
< Toi <i"' es libre, voici les routes : choisis du vaisseau qui te portera vers le vieil Orient, ou <!e cel byppogrtue <|ui, en quatre jours, te mènera de la Seine au Volga.
Toi qui es jeune, voici l'amour; choisis du péché changeant, de la \i< Donjuane el de la passion unique et belle qui sera en son unité une Divine Comédie.
Toi t|ni es belle, voici les yeux, portes des cœurs; parais el choisis, Heine, tes sujets, ou Chrétienne, t<>n époux, ou coquette, tes victimes.
Toi qui es riche, voici le monde el ses âmes, et ses cerveaux; choisis et achète : tout se vend, même la gloire, même l'immortalité ; !<• baiser seul, tu ne saurais l'obtenir ; el peut-être, à force d'or, séduirais-tu l'Amour même.
Une ombré au tableau, cherche-la ; un oubli dans le don parfait de toutes les fées, tu ne le trouveras pas 1 Libre, tu ne le serais pas sans or ; il faut sans cesse se défendre de Nahash, le vertige destructeur, et l'or est bouclier ;- il faut sans cesse lutter contre l'humanité ennemie et l'affreux collectif, hydre acharnée à l'exception, et l'or est I'épée.
Jeune, sans beauté, serais-tu jeune? Aussi les deux couples, le double bige heureux, tu le rênes et il te porte.
Vertu se lit-elle sur ta bague ? Alors femme collaboratrice de toute la pensée de ton siècle, sème le secours parmi les grands harassés de l'œuvre ; donne un théâtre à Wagner, paye les dettes de Balzac, dresse une statue à Delacroix ; sois la Providence visible. Ton secret dessein est-il noir? de l'or sur ce noir, il disparaîtra ; de l'or sur linnocence, et elle chancelle ; aux balances de justice, de l'or, et elles trébucheront comme ivres ; de l'or à Paris le prostitué, et Paris sera le souteneur de ton ignominie. Mais hâte-toi ; hésiter c'est déjà dépendre d'un avis ; attendre c'est vieillir ; et tarder enlaidit et l'or s'ennuie aux coffres. Essème, essème tes pas, essème les roses, essème les baisers, essème les ors, essème. »
Telle chante la voix incitatrice, la hâtive nécessité, tandis que l'idéal splendide conseille avec lumière. La liberté, c'est le droit de monter vers l'idée, ô libre que voici ; la jeunesse, c'est le devoir de chercher la clarté pure, ô jeune que tu es !
La beauté répandue sur ton corps, fais-la passer en ton âme et l'orne et la parfume d'atours spirituels, ô belle !
La richesse ne vaut que pour aider le Beau et soulager le Bien et fonder pour le vrai des musées ou des cloîtres, ô riche !
Toi qui es libre, marche en l'unique voie très étroite des intransigeantes fiertés et des constances mystiques,
Toi qui es jeune, écoute ton cœur et choisis, parmi ses battements, celui qui bleuit vers l'abstrait.
i \ CCCUR KN PEINE I 17
Toi qui es belle, regarde Les limes el choisis Roi, choisis jeune el demi-dieu le Iront où plisser en un moment tes lèvres.
Toi qui as l'or partage avec l'esprit, épouse, maîtresse, ilôs la terre, un maître qui t'ouvre le ciel.
Chacune des hésitations <le ta pensée scia une ombre a ce tableau : *
Un jour il.- beauté c'esl beaucoup, car tu ignores le compte de tes jours, el la Fatalité qui foudroie le chêne peut frapper sur t<>i aussi.
Un jour, c'esl le temps de mille baisers, la matière a un éternel souvenir; un jour c'est — qui jurerait non ? — tout ce qui te reste avant finir.
Libre, demain te jettera des entraves ; demain sera trop tard <•! L'occasion passée.
Pâte, bâte, Bélit ; à l'Amour comme on dil à l'assaul : à l'Amour comme on dit à la mer!
JÏ21'