‹ La Queste du GraalChapitre 45 sur 62 · I N C A N I A I I 0 N V L A MIS È I". I · texte numérisé non relu

I N C A N I A I I 0 N V L A MIS È I". I

ÉPITAPIIE

LE CANTIQUE DE L'OR

Symbole du parfait, synthèse des sciences, ù métal absolu, concrétion de soleil, densité de lumière, or glorieux, or tout puissant, or Dien !

Vainement les Mosché iront sur les hauts lieux recevoir la divine parole : toujours. Veau d'or, tu seras l'invoque, et ta loi courbera comme un joug adoré les âmes de ce monde.

Talisman du désir, matière incorruptible ô seul fruit de la terre; tu donnais la santé aux époques magiques, or potable ; les sages mêmes t'ont cherché, pierre philosophai. Les arts et les métiers sont des chemins vers toi.

La charité du saint, l'égoïsme du mal ensemble te convoitent ; mobile de tous crimes, moyen de la bonté, élément de la paix, instrument de ténèbres, complice indifférent des hontes et des gloires, docile à Satan comme à l'ange, or Panthée.

Ce souffleur qui courbe sa vieillesse sur l'athanor a consumé sa vie à tïncanter. Vois: sa liévreuse recherche avive encore son œil que la mort, demain, va vitrer.

Ce vaisseau qui s'en va aux rives incertaines, défiera les cyclones et les raz et les vents ; car, un soir de veillée, un naute raconta qu'il a croisé jadis aux abords d'une terre où tu te caches encore ; pour un rayon de toi, évoqué, ces chrétiens abandonnent pays, foyer, famille, et frètent un Argo afin de te ravir, multiple Toison d'or.

C'est toi le Don Juan de toute Elvire, et le lit de l'amour n'est qu'un des autels, ô maître de la vie et maître de la femme, séducteur sans défaite, raisonneur sans réplique, matière qui subjugue lame, idéal de tout être, or fatal.

Il faut te posséder d'abord, quel que soit le dessein où l'on s'efforce ; nul ne saurait vivre un amour ou faire une œuvre si tu n'y entres luxe ou corps, silence à l'esprit, ingrédient le premier de toute joie.

Or ! Or! puissance sur le puissant, qui forces les forts, réducteur de l'irréductibilité, réalisateur d'impossible.

Il PANTHÉE 193

Or, rançon qui libère de tout dam, si demain tu étais aux mains pures, l'univers transformé nous ôterait le goût du ciel «'i l<- désir du nimbe.

Or, épée du désir, bouclier que la vie ne prête jamais qu'aux mains rustres , serait-ce que Dieu veut la douleur chez les forts, et qu'en te bannissant d'un destin. déjà il prédestine.

A te chanter, une pensée me trouble. Pourquoi ne viens-tu pas à l'appel du génie? toujours absent des giandes vies. Corneille sans souliers, Wagner vendant son chien, Balzac rongé de dettes, Spinosa lunetier. Sigalon sans couleurs, Lamartine sans pain, t'accusent.

Pourquoi es-tu fidèle aux. imbéciles et aux bandits? Aucun héros jamais ne t'a connu. Tu te plais aux grossiers, ô loi qui lais le riche, serais-tu le bon génie des sots, et tutélaire aux seules brutes ".'

Ta gloire déconcerte, métal mystérieux,. chose suprême pantocrate qui semblés sur le monde de l'âme, être un autre soleil plus précieux et plus fécond. Ta gloire commencée à l'aube humaine jamais ne pâlit; ta gloire est

consentie par tous. Si Dieu n'existait pas, c'est toi qui serais Dieu.

Pourtant, Or qui enfermes tout, tu n'es rien partoi-

même qu'une convention! Tu simplifies l'achat, l'échange, et rien de plus ; impersonnel objet, or, chose neutre.

Le bronze mal frappé se brise, et l'eau garde sa volonté menaçante et fantasque ; la terre a des crises et parfois se dérobe ; l'air n'obéit pas au naute ; toi, tu es le valet du valet même ; or vil, toute main te manie, tu es le grand niveau, et si tu as une âme, or brillant, or puissant, or néant, qu'en fais-tu ?

Or ! je te plains ; serais-tu cette part de lumière qui suivit Lucifer en son péché. Serais-tu pas la forme expiatoire de l'archée qui se révolta ?

Ta beauté nous révèle une auguste origine, et ton rôle ici bas de complice à tout vœu m'inspire une pitié profonde : ton éclat te destine à l'œuvre de lumière, de bonté et d'amour, or prodigieux et doux.

Tu as péché, sans doute aveuglé par tes propres rayons, métal de clarté, tu expies passant aux mains des plus vils de la terre.

Au grand Dieu qui te fît, j'adresse ma prière afin que tu sois pardonné. Et ceux qui t'ont vainement appelé, les génies et les pauvres, prieront aussitôt pour toi.

I i PANTHÉE I!»'»

Mors, la céleste pitié pardonnera comme t'ont pardonné

et les héros et les artistes; or, néant d'aujourd'hui.

Dans la vallée dé Josaphat, c'est toi, or pardonné, or repentant, or pur. c'est toi qui, sublimé, redevenu lumière, seras le jour vermeil du dernier jugement.

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