INCANTATION A LA MORT
Lorsque tout a menti au cœur de l'homme ; qu'il ne croit plus en lui et qu'il doute de Dieu ; au confin du malheur ou des satiétés, à celui las du faix ou bien de la couronne, à celui qui fut grand comme au petit, dénouement uniforme de tout drame, poncif indémenti, final invariable, tu parais, égalité sinistre, épilogue de toute vie. Pale, ô Pâle Mort.
En un vol prodigieux et balançant ta faux, l'Orcagna t'a montrée au-dessus d'un bosquet où des couples charmants de jeunes hommes et de femmes parées devisent de plaisir, d'amour jet d'art ; tandis qu'un chœur étrange t'importune de ses impatiences : ceux-là sont les perclus, les pauvres, les souffrants, ceux-là t "appellent; Tu as donc deux visages ; effrayante aux heureux, aux infortunés consolante. O Mort bis-frons, ô Mort.
Holbein cependant aux murs de Bàle fait trembler devant toi l'homme entier, même juste. Les saints t'ont
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redoutée et les génies Be bâtent a ton seul nom. On n'a jamais cité un trait de ta clémence : l'implacabilité de ta ronction terrible ne connall i »« »i n t de cesse, ni d'adoucissement. Niveau que nul ne passe, joug du plus grandi tu défies la rébellion etla plainte, toi seule es l'évidence J <» Mort, inéluctable Mort.
Tu règnes par l'effroi sur le commun : car certains te confondent avec leur espérance : tu fermes le rideau sur le pantin moi tel. m souilles les quinquets île l'humaine tragi-comédie. Amen de toute ^esie. dernier répons a l'exécration et aux landes; monotone tu accomplis ton office sans nom, bourrelé sans justice fléau perpétuel, calamité de tous les lieux, Reine des épouvantes. Ananke et Moire, Mort !
Pourtant, ô Mort, que ce soit le néant ou bien l'éternité qui nous reçoive, quand tu nous touches, tu n'es qu'un magnétisme étrange quifroidit. Knnous poussant d'un coup si rude, serais-tu la bourrue bienveillante qui bouscule le pas sur un passa- e de vertige. Si on t'avait calomniée, comme on lit pour Sathan, si tu n'étais que l'initiatrice au sublime mystère du devenir ? 0 Mort, bonne Mort.
Seuil du mystère, prônaos d'infini, macabre porte clé, c'est loi qui rends la liberté à l'âme prisonnière du corps : mais elle accoutumée à sa geôle recule devant la pénombre éclatante de l'au-delà : puérile et timide, et nullement prudente sans toi elle s'obstinerait, préférant végéterait mode d'habitude que se risquer dans le noble inconnu. Ton horreur grimaçante, ô caricaturée, est l'œuvre de notre lâcheté qui se révolte contre un taon salutaire. O Mort, sublime porte, Mort, porte du mystère.
Ta faux d'un seul éclair poudroie sceptre et béquille ; et tu sauves tous ceux qui gémissent ici. Par toi cessent la faim, le froid et la rancœur; par toi le martyr atteint la palme et l'errant le repos. Tu passes : le malade guérit, l'halluciné se calme, l'esclave libéré ne connaît plus le fouet : en séparant les cœurs tu les défends de lassitude, serais-tu la grande sœur aînée du monde qui surveille la vie et l'arrête à propos. O Mort, thérapeute et salvatrice Mort.
Si la douleur est le seul diadème qu'on puisse dès la terre préparer pour les deux, et que les maux seuls