‹ La question agraire en BelgiqueChapitre 6 sur 14 · LUS · texte numérisé non relu

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sont imparfaites, à combien de propriétaires appartiennent les 41,200,000 hectares cultivés en location. Le recensement agricole nous renseigne sur le nombre des exploitants ; il ne nous apprend rien sur le nombre des explouteurs. Or, pelite culture ne veut nullement dire petite propriété. L’Irlande, par exemple, où 741 per-

sonnes (1.68 0/0 de l’ensembie des propriétaires) pos-

sèdent 46 0/0 du sol, est un pays de petite culture : les landlords trouvent intérêt à diviser leur domaine en un grand nombre de petites exploitalions. Même phénomène dans nos Flandres : tel propriétaire — et nous en connaissons — possède la plus grande partie, voire même la totalité des terres d’un village; mais il les divise en plusieurs fermes, parce qu’il tire plus de rente de douze petits fermiers que d'un seul gros, qui saurait lui Lenir la dragée haute.

Le nombre des fermiers est donc connu, mais les propriélaires sont enveloppés d’un impénétrable nuage; le Dieu-capital reste invisible, accroupi dans son tabernacle.

Une enquête qui mettrait ces choses au clair, serait du plus puissant intérêt, mais on peut être assuré que le gouvernement ne là fera pas : il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire.

Tout au plus, pouvons-nous é‘aluer, avec une grossière approximalion, la charge que l’état actuel des choses fait peser, directement sur les fermiers, indi-

rectement sur tous les travailleurs agricoles. À raison

de 107 francs lhectare — moyenne fixée par le dernier recensement (1880) —, et en multipliant par le

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nombre d'hectares donnés en location, on arrive, chitfres ronds, à 135 millions de francs annuellement. Seulement, on est en droit d’objecter que les fermages ont diminué depuis lors. C’est incontestable; mais en prenant une moyenne de 100 francs à l’hectare, il reste une charge qui dépasse notablement cent millions, sans compter les intérêts des créances hypothécaires, qui peuvent être évaluées à plus de 35 millions.

Que ce prélèvement capitaliste, grossi de tous Îles frais d’entrelien de l'État, soit la cause principale de la misère qui règne dans nos campagnes, c’esi ce qui apparaît, clair comme le jour, quand on compare deux régions — l’Ardenne et la Flandre — dont la première conserve, à peu près intactes, les formes archaïques de la propriété, tandis que l’autre est presque compietement envahie par la propriété capitaliste.

Le tableau suivant montre, en effet, que le faire valoir direct recule et que le nombre des fermiers-locataires augmente, à mesure que l'on va du sud-est au nord-ouest de la Belgique :

Pour cent hectares : En propriété in location. Luxembourg 69 39 Limbourg ae 42 Anvers 41 D9 Liège 39 61 Namur 33 62 Hainaut 39 0) Brabant 2) 14 Flandre orientale 25 74 Flandre occidentale 16 4

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Cette réduction du faire valoir direct et ces progrès de l’appropriation capitaliste coïncident d'ailleurs avec le perfectionnement et l'intensification des cultures. À

Nulle part, peut-être, — ainsi que l’a montré Emile à de Laveleye — on ne saisit, mieux qu’en Belgique, les rapports de cause à effet qui existent entre la nature des terrains, les modes de culture et les formes de la propriété foncière.

Si l’on fait abstract'on du Bas-Luxembourg et de la région des polders, qui occupent une portion fort restreinte du territoire, an retrouve dans les autres régions agricoles — Ardennes, Condroz, Hesbaye, Flandre et Campine — toute l’histoire de lappropriation du sol dans notre pays.

1° Sur les hauts plateaux de l’Ardenne, terrains soulevés de l’époque primaire, couverts en grande partie de bois et de pâtis, la pratique de l’essartage est encore en vigueur : comme des mouchoirs perdus sur la montagne, on y voit, au printemps, les sais, emblavés | d'avoine, se détacher en vert pâle, sur les côles couvertes de genêts et de bruyères. Une grande-partie du sol appartient encore aux communes; le gros de la po- È pulation se compose de petits propriélaires indépen- | dants, produisant surtout des valeurs d'usage, et protégés contre la concurrence du dehors par l'insuffisance des moyens de communication.

En un mot, le régime Ardennais a conservé le caractère que présentait, à un moment donné, le pays tout 4 entier ; mais, à mesure que nous descendons des hautes 1 fagnes vers les bords de la mer, cette situation se mo-

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difie : ies procédés de culture s’améliorent, les communaux disparaissent et l’on voit augmenter le nombre des propriétaires sans travail et des travailleurs sans propriélé.

20 Dans la région Condrusienne — terrains de formation secondaire, entre l'Ardenne et les bassins houillers — l’essartage fait place aux jachères et à l'assolement triennal; l’épeautre est la céréale dominante; les communaux sont fortement réduits. Chaque village a son château; la majeure partie des terres — divisées le plus souvent en grandes fermes — appartiennent à des hobereaux, qui perpétuent dans cette contrée les traditions féodales.

30 La Hesbaye, plus moderne et plus capitaliste, couvre de son argile grasse presque tout le territoire des provinces de Hainaut, du Brabant et de Liège. C’est la Beauce de la Belgique, le pays du froment et des fabriques de sucre. On y trouve encore beaucoup

de grandes et de moyennes fermes. Néanmoins, le

morcellement de la culture y a fait des progrès dans ces derniîres années. |

4° Enfin, dans les sables des Flandres — terrains de formation moderne — merveilleusement fertilisés par l’incessant travail de vingt générations, les procédés de culture atteignent leur maximum de variété et de perfection.

Du haut des clochers de la plaine FH la campagne tout entière s'étale, comme un tapis merveilleux, où se marient harmonieusement les corolles jaunes du colza, l’incarnat des trèfles, le bleu si doux

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