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des fleurs de lin et les opulentes pétales violettes des pavots. C’est le jardin de la Belgique; suivant un vieux proverbe local, la bêche du paysan y a découvert des mines d’or. Seulement, rous avons vu que, dans la Flandre occidentale, quatre-vingt-quatre hectares sur cent n’appartiennent pas au fermier qui les cultive. La terre donne des fruits magnifiques, mais ceux qui les produisent n’en ont que la plus maigre part.
Sic vos, non vobis, mellificatis, apes.
En Ardenne, au contraire, où les procédés de culture sont encore si primitifs, la plus grande partie des terres — 85 0/0 —: sont exploitées en faire valoir direct et chaque paysan peut prendre son bois, envoyer son porc à la glandée, sa vache à la paisson, dans la forêt communale. Il n’y a guère de riches, mais il n'y a pas de misérables. Nulle part, en Belgique, le budget de la bienfaisance n’est moins chargé, la proportion des secourus plus insignifiante. Les habitations, dans leur ceinture de fumier, sont sales et de triste apparence, mais 1l n’est pas de chaumière ardennaise, si pauvre qu’elle paraisse, où vous ne trouviez aux solives du plafond un jambon magnifique, nourriture quotidienne 4 dn paysan; tandis que, dans la maison des fermiers flamands, proprette et fleurie, il n’y a généralement \ que du pain sec dans des bahuts, et du petit lait dans les écuelles. | Nous nous retrouvons en présence de cette antinomie redoutable qu’un économiste du commencement de ce
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siècle caractérisait en disant que les pays riches sont ceux où la masse de la population est pauvre, les pays pauvres, ceux où la masse de Ia population se trouve dans une aisance relative. Le développement du paupérisme est en raison directe du développement de Ia propriété capitaliste, et, d'autre part, le développement de celle-ci — ou d’une autre forme, équivalente, ou supérieure, au point de vue de la productivité — est la condition nécessaire des progrès de la culture.
La propriété ardennaise, cultivèe personnellement et isolément par le paysan-propriélaire, assure à ce dernier le produit intégral de son travail. Seulement, elle exige, pour se maintenir, un ensemble de conditions que le développement des moyens de communication fera nécessairement disparaître : quand toute cette région sera sillonnée par des chemins de fer vicinaux, la population deviendra plus dense, les communaux seront défrichés, partagés ou vendus, la production de valeurs d'usage fera place à la production de valeurs d'échange, la concurrence étrangère se fera sentir, et la propriété fondée sur le travail personnel devra èlre remplacée par d’autres formes d’appropriation.
Par contre, la propriété capitaliste, telle qu’elle existe dans la Hesbaye ou dans les Flandres, est incontestablement supérieure, au point de vue du rendement et de la perfection des procédés de culture, mais elle a pour conséquences fatales la paupérisalion des travailleurs agricoles et la formation d'une classe de propriétaires parasites, dont la plupart ne mettent jamais les pieds dans leur domaine,