‹ La question agraire en Irlande au commencement du XXe siècleChapitre 12 sur 44 · ROYAUME- UNI · texte numérisé non relu

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Plus de la moitié des terres cultivées, en Angleterre, n'est plus sous la charrue. En Irlande, la proportion de la terre pastorale à la terre arable est de 79.3 à 20.7; en Ecosse, elle est de 28.3 à 7i.7. Les caractéristiques géographiques du pays de Galles expliquent la très forte proportion de ses terres en pâture, qui lui permet de pro-

(1) Coyne, op. cit., p. 306.

duire par 1.000 acres près de 100 moutons de plus que l'Irlande et l'Ecosse réunies.

Il est remarquable, si nous voulons ici comparer l'Irlande avec un pays étranger, que la terre pastorale y est de plus de 11 fois celle de la Belgique, et que pourtant le nombre de ses têtes de bétail est seulement d'un peu plus de 3 fois plus élevé. Sans doute, il est à peu près certain qu'on peut, avec un système de petites fermes, tel qu'il prédomine en Belgique, obtenir plus de bétail grâce au labour et à l'engraissage à domicile ; mais cette différence importante mène à cette conclusion que la culture pastorale, — qui signifie, en ce qui concerne l'Irlande, la production de la viande, du beurre, de la laine, — si étendue qu'elle soit, n'y a pas été développée en proportion des ressources du pays.

Un trait évident, — partie cause et partie effet, — du continuel rétrécissement de la terre arable d'un pays, est un grand déplacement de population. L'exode des districts ruraux vers les districts industriels, en Angleterre, et l'émigration irlandaise sont deux manifestations de cette tendance. Le remarquable développement de centres industriels et commerciaux, comme Belfast et Londonderry, offre quelque preuve que si l'industrie fleurissait partout en Irlande, l'exode rural prendrait, dans une certaine mesure, la forme qu'il a eue en Grande-Bretagne, l'immigration dans les villes plutôt que l'émigration.

Voyons une dernière série de chiffres : par province et comté, la superficie de la terre arable et de la terre pastorale en Irlande, en 1903 (1) :

(1) Agricutural Stattstics of Ireland, 1903, p. 3.

Comtés Arable Pastoral

Carlow 53.404 140.854

Dublin 35.841 156.733

Kildare 58.648 298.260

Kilkenny 98.379 355.598

King's ", 74.464 276.851

Longford 28.017 178.271

Louth 68.141 104.488

Meath 48.941 482.867

gueen's 89.041 261.455

Westmealh 35.037 333.962

Wexford 169.876 343.337

Wicklow 52.640 293.430

Total du Leinster .... 812.429 3.226.106

Clare 44.538 584.431

Cork 292.894 1.109.435

Kerry 68.019 615.883

Limerick 40.026 550.801

Tipperary 138.113 742.373

Waterford 71.618 251.168

Total du Munster .... 655.208 3.854.091

Antrim 171.680 411.630

Armagh 110.874 164.135

Gavan 79.349 315.202

Donegal 167.445 455.196

Down 239.790 274.518

Fermanagh 37.991 307.251

Londonderry 156.178 239.593

Monaghan 94.080 187.720

Tyrone 187.988 381.521

Total de rUlster i. 245. 375 2.736.766

Galway 11^.742 834.060

Leitrim . • 24.575 265.995

Mayo 106.585 570.001

Roscommon 50.321 434.592

Sligo 40.559 273.016

Total du Connaught . . . 334.782 2.377.664

Total de rirlande 3.047.794 12.194.627

De tous ces chiffres donc le même résultat apparaît toujours, et toujours se pose ce problème d'une extrême complexité et d'une grande importance pour l'avenir économique de l'Irlande.

Il est clair qu'une simple analyse de chiffres ne peut solutionner la question de savoir si les ressources de la terre irlandaise sont utilisées de la façon la plus judicieuse et la plus efficace, ou si le développement de l'industrie du bétail, — si grand et si important que chacun reconnaisse qu'il ait été, — ne l'a pas été aux dépens de systèmes de culture mixte qui auraient distribué plus de richesses par tout le pays, sans diminuer le revenu net des cultivateurs. Ce qui est indéniable, c'est que l'agriculture irlandaise a été plus ou moins dirigée dans une voie unique par un concours inaccoutumé de causes : la concurrence étrangère, en matière de céréales surtout, et la demande toujours croissante des éleveurs anglais et écossais, sont les principales causes externes, tandis que l'agitation agraire et le manque de sécurité qu'elle a engendrée sont les principales causes intérieures.

Les premières sont agricoles, les secondes agraires î le rachat de la terre, la création d'une propriété paysanne aideront à combattre victorieusement les unes, à détruire complètement les autres.

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