‹ La question agraire en Irlande au commencement du XXe siècleChapitre 14 sur 44 · PREMIERS EFFETS J)E LACHAT DES TERRES 1J · texte numérisé non relu

PREMIERS EFFETS J)E LACHAT DES TERRES 1J

tentent de ce qu'ils ont et n'ont pas le moindre désir de sortir de leur misérable condition. A vrai dire, le sol est de la plus mauvaise qualité, et le rendement est minime en proportion des efforts donnés. Prises en moyenne, les habitations sont inférieures: quatre ou cinq tenanciers logent dans de misérables maisons dont les toits transpercés laissent passer la pluie et la neige. Ces pauvres gens et leurs enfants mal vêtus et mal nourris font pitié (1). »

La vente d'une tenure non économique, où que ce soit, dans rUIster, le Connaught, le Leinster ou le Munster, fait courir de gros risques à l'Etat et, somme toute, ne profite ni à l'acquéreur ni à la communauté. Les domaines qui se composent en majeure partie de tenures de ce genre doivent être traités par des méthodes spéciales, celles par exemple qu'emploie le Bureau des districts surpeuplés (2) : ces domaines sont des domaines malades qu'il faut guérir. Et c'est pour cela que dans la loi de 1903 la Commission agraire a reçu dans ce but certains pouvoirs: elle peut redistribuer les tenures, les amalgamer, agrandir celles qui ne sont pas économiques.

Les tenures qui ont en effet le plus bénéficié de l'achat sont celles dont l'étendue est nécessaire et suffisante pour le plein emploi de l'occupant et de sa famille, sans qu'il doive recourir à du travail étranger. Une tenure qui est trop petite ou de telle nature que la famille n'y trouve point l'emploi suffisant, ne permet pas à son occupant de progresser. D'autre part, une tenure pour l'exploitation de laquelle il faut des ouvriers agricoles ne donne pas beaucoup de profit dans les circonstances actuelles : les occu-

(1) Cité par \V. Bailev, op. cit., p. 17.

(2) Cf. p. 166.

pants de ces lenures plus grandes se plaignent du prix et de la difficulté de trouver des ouvriers, et cela partout, mais spécialement dans l'Ulster, où la nature du sol impose le labour. Un fermier nous disait : « 11 n'est pas un fermier sur cinquante, qui puisse faire quelque argent ou économiser, s'il est obligé de recoudra du travail étranger. » Le coût du travail agricole est la seconde cause pour laquelle les tenanciers acheteurs ne réussissent point. Nous avons recueilli dans toute l'Irlande les plaintes des fermiers à ce sujet: le coût du travail, tant il est élevé, menace sérieusement la situation de ceux qui doivent y recourir. Non seulement les salaires de ce travail ont haussé, mais son efficacité a diminué. Un vieux fermier nous affirmait que les salaires et la nourriture réclamés par les ouvriers et la diminution du travail fourni rendaient plus facile le paiement des hautes rentes des anciens jours que celui des rentes réduites d'aujx)urd'hui : peut-êlre était-il un peu trop laudalor temporis acli ! « 11 y a quarante ans, disait un fermier du Waterford, les salaires d'un jeune valet de ferme variaient de 3 livres à 31. 10 s., il se nourrissait de porridge à farine d'avoine, de lait et de tout ce que vous lui donniez. Son salaire est maintenant de 9 à 10 livres, et sa nourriture doit être celle de la famille, sinon meilleure. » Pour un autre fermier du Kilkenny, le coût du travail a doublé dans les quinze dernières années, et sa qualité est inversement proportionnelle. Sur un grand domaine du Fermanagh, il n'y a en fait aucune amélioration agricole à cause des difficultés de trouver du travail, sauf quand les membres de la famille peuvent travailler. Les gens nous disaient que la différence entre leur ancienne rente et l'annuité de remboursement était plus qu'absorbée par les salaires des

Page 1