PREMIERS EFFETS DE LACHAT DES TERRES
tenancier dont les récoltes avaient doublé depuis l'achat : il avait employé la différence entre sa rente et son annuité à drainer toute une partie de sa tenure. De même un fermier du comté Cavan qui disait en montrant deux acres de terrain qu'il avait arrachés à un grand étang : « Je n'aurais pas entrepris ce travail sans la sécurité que m'a donnée l'achat : j'y ai employé chaque année la réduction de ma rente. » Sur un domaine du comté Armagh, lors de l'achat, 8 des 21 tenanciers n'avaient pas de vache, tous en ont maintenant et tous ont amélioré leurs tenures qui d'ailleurs ne sont pas de grande importance: 4 paient une annuité de plus de cinq livres, 11 paient moins de trois livres. Le chef de gare d'un village du comté Kerry disait que Tannée qui avait suivi la vente du gros domaine voisin, il avait délivré plus d'engrais chimiques que pendant les quinze années précédentes.
Dans quelques domaines des comtés Antrim et Down, où fleurissait d'ailleurs la coutume du tenant right, les terres au moment de l'achat étaient en si bonnes conditions qu'il était difficile de les améliorer. Ces cas sont très rares. Moins rares malheureusement sont ceux où les améliorations les plus nécessaires n'ont pas été faites, oii l'achat n'a pas été le point de départ d'une ère de prospérité.
Différentes causes semblent contribuer à cet état de stagnation. Parfois ce sont les gens eux-mêmes qui sont responsables : leur caractère est tel qu'ils semblent n'avoir aucun désir de changer, ils vivaient dans la plus complète indifférence, l'achat n'a pu secouer leur torpeur. D'autres fois, c'est le coût trop élevé du travail qui empêche le fermier de faire les améliorations qu'il voudrait. Le plus souvent c'est un accident imprévu : une maladie dans la famille, la mort d'un fils qui travaillait, une épidémie dans
le bétail. Telle une famille du Mayo, qui depuis l'entrée du père à Tasile d'aliénés de Gastlebar, n'a pu se ressaisir malgré le travail acharné de la mère et des trois enfants, et la tenure était trop petite pour constituer un gage suffisant, s'ils avaient voulu emprunter : l'achat de la tonurc n'a amélioré ni la condition générale ni le crédit de cette famille.
Ce cas est exceptionnel cependant, car la règle est que l'achat a eu sur la solvabilité et le crédit du tenancier acheteur la meilleure répercussion. C'est l'opinion des directeurs de banques, des commerçants locaux, des ministres du culte, et d'autres « autorités sociales )^ que nous avons consultées. Cette amélioration de la situation financière est peut-être le plus marquée dans les localités oii la population se trouvait auparavant dans le plus misérable état.
L'explication est que les acheteurs ont débuté dans cette nouvelle période de leur existence, délivrés d'un poids énorme d'arriérés de rente et mis à même de dévouer toutes leurs énergies et de donner tous leurs soins à fortifier leur position, sans ce sentiment déprimant que tout ce qu'ils pourraient faire ne les soulagerait jamais d'une façon appréciable du fardeau qui pesait sur leurs épaules. L'opinion générale est que si le crédit et la solvabilité des occupants ont été améliorés, c'est à cause de l'achat : on le voit à ce que toutes les anciennes dettes ont été payées et à ce qu'ils trouvent plus facilement à emprunter.
Une preuve notoire de l'amélioration de la situation financière des tenanciers acheteurs est l'hésitation évidente avec laquelle ils acceptent un prêt. Ils sont bien plus prudents qu'auparavant dans l'emploi de leur crédit. L'homme insolvable emprunte où et quand il peut. Celui