PRFMIRRS EFFETS DE LACHAT DES TERRES
qui a une propriété responsable et sait qu'il doit rembourser, agit avec bien plus de circonspection. Un petit acheteur du comté Roscommon à qui l'on demandait pourquoi il n'avait pas emprunté au Bureau des travaux publics pour réparer son habitation : « Si j'empruntais comme vous dites, la terre ne produit pas assez pour payer les intérêts et l'amortissement, je serais embourbé. » Souvent les fermiers, désireux d'emprunter pour faire l'uneou l'autre amélioration, nous informaient qu'ils n'aimeiaient pas emprunter plus qu'ils n'étaient sûrs de pouvoir rendre et que pour cette raison ils n'empruntaient pas, au Bureau des travaux publics du moins, dont les prix minima sont trop élevés : 35 livres est en effet le minimum fixé par la loi agraire de 1881. Quelques-uns refusent d'emprunter, tel ce tenancier dans le comté Westmeath, « parce qu'il serait grevé d'une nouvelle rente » ; son éducation financière n'est pas encore faite ! Il y a une évidente disposition parmi les tenanciers acheteurs, qui obtiennent un prêt du Bureau des travaux publics, d'emprunter seulementcomme complément de ce dont ils disposent. « J'ai besoin de 100 livres pour faire telle amélioration, disait un fermier du comtéKildare,j'en emprunterai 50 et fournirai le reste, w Nous avons rencontré un groupe de tenanciers dans le comté Cork, qui ne voulaient pas entendre parler d'emprunt, pour quoi que ce soit : ils avaient peur de courir des risques, ne voyant pas clairement comment ils trouveraient l'argent pour rembourser; de tels fermiers limitent en conséquence leurs dépenses d'amélioration aux fonds qu'ils peuvent avoir eux-mêmes.
Contrairement à ce que l'on pouvait attendre et, en fait, à ce qui s'est passé dans d'autres pays, le système d'achat a été jusqu'à présent sans fruit aucun pour l'usurier, le
gombeen man : en certains districts ses affaires ont diminué, dans d'autres elles ont complètement cessé. Tel est le cas dans un domaine du comté Mayo où un usurier faisait sur une grande échelle de petits bénéfices, et a disparu sans laisser de successeur. Il ne faut pas croire cependant que les gens n'ont pas besoin d'argent ou n'en désirent point. Beaucoup de petits acheteurs qui font tout ce qu'ils peuvent ne parviennent pas à mettre de côté les sommes nécessaires à de coûteuses améliorations ; ils disent que s'ils pouvaient emprunter à un taux peu élevé et à des conditions faciles, ce serait pour eux un grand avantage et leur permettrait d'effectuer telles améliorations nécessaires.
C'est une plainte générale que nous avons recueillie : le taux des prêts est trop élevé, les termes désavantageux. « Il y a là un grand danger, nous disait un curé du comté Mayo, si on ne veut pas prêter à nos fermiers raisonnablement, sur leur crédit personnel ; comme dans certains cas il leur faut de l'argent à tout prix, ils empruntent sur hypothèque, et alors leur nouvelle propriété se trouve immédiatement obérée ; à quoi leur a servi l'achat ? « Nous verrons, en étudiant la loi de 1903^ qu'elle ne permet pas au nouveau propriétaire d'hypothéquer sa tenure au delà de certaines limites, mais ce n'est là qu'une solution négative ; nous verrons qu'il appartient aux banques coopératives ou autres de s'adapter aux nouvelles conditions qu'a créées l'extension de la propriété paysanne (1).
Jusqu'ici nous n'avons envisagé, pour ainsi dire, que les effets économiques de l'achat des terres. Dans un pays
{<) Cf. liv. IV, chap. H.