PREMIERS EFFETS DE L ACHAT DES TERRES
où la question agraire est une question historique, il ne serait pas possible de ne point parler de la répercussion que ce transfert de la terre a sur la vie sociale et politique du peuple irlandais. Le jour de l'achat de sa terre est pour le paysan irlandais le plus important de sa vie ; comme à Rome on datait de la fondation de la ville, ab Urbe condita, l'Irlandais place tous les événement de son existence <( avant ou depuis l'achat ».
Contentement ! c'est le sentiment qui prévaut par toute l'Irlande, parmi les tenanciers acheteurs ; on peut ne pas être heureux, on est content. « Vous me demandez, nous écrivait un prêtre du comté Leitrim, s'il y a un changement notoire dans la paroisse depuis que les tenanciers sont devenus propriétaires, sans hésitation,je réponds oui. Il n'y a pourtant que quatre ans que l'achat a eu lieu, et c'est plutôt une courte période pour une grande transformation. Mais si cela continue, dans vingt ans nous aurons une paroisse entièrement différente : population, habitations, fermes auront changé du tout au tout. » Et le curé d'Emly, comté Limerick : « Mes paroissiens acheteurs, disait-il, sont les plus prospères : ils sont contents, parce qu'ils ont plus de sécurité ; ils sont plus industrieux, plus respectables, beaucoup plus sobres; ils trouvent leur bonheur at home. »
C'est là, certes, une des plus heureuses conséquences de l'achat. Le régime agraire antérieur détruisait chez le paysan irlandais toute velléité qu'il aurait pu avoir d'améliorer ou d'embellir son home^ son chez soi. Maintenant les esprits sont plus à l'aise. L'appréhension de l'avenir, qui auparavant déprimait le paysan, a disparu. Si des malheurs surviennent et qu'il ressente la dure étreinte de la pauvreté, il n'a plus à rejeter la faute sur personne, il ne
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se plaint pas, ii pense que dans quelques années il se retrouvera en bonne voie, et il ajoute toujours que sa condition serait pire s'il n'avait pas acheté.
Dans quelques districts reculés, l'amélioration n'est pas apparente, la population vit toujours pauvrement, ils ont pourtant de l'espoir. « S'ils ne vivent pus mieux, ils vivent moins mal », disait un vieux curé de l'Ouest. Et surtout il ne règne plus cette crainte perpétuelle et justifiée que le moindre signe extérieur d'une certaine aisance aura pour résultat immédiat l'augmentation de la rente. Sur un domaine du comté Galway oii les tenanciers sont paimi les plus pauvres de toute l'Irlande, le caractère des gens a été amélioré par ce sentiment de slabilité qui est né depuis l'achat et a remplacé l'insécurité paralysante et le doute qui avaient prévalu pendant plusieurs générations. Dans le comté Mayo, un pauvre tenancier venait, nous disait-il, de faire « deux bonnes affaires » : il s'était marié et avait acheté sa tenure ; lorsque nous l'avons surpris, il ramassait des pierres pour construire une étable : une \achc et son veau couchent dans l'unique chambre de l'habitation. Dans le Fermanagh, un curé dit que sa paroisse est maintenant plus industrieuse et que la consommation du whiskey a diminué d'un tiers. « Dans le comté Wexford, nous disait un industriel de New Ross, il est évident qu'un esprit de contentement et d'intérêt règne partout ; presque tous nos tenanciers avaient acheté avant la loi de 1903, » Dans la partie montagneuse du comté Cavan, où 90 0/0 des tenures achetées sont évaluées à moins de 15 livres, les nouveaux propriétaires sont dans de bonnes conditions et contents ; selon le curé, « l'achat a apporté la paix, la population est plus travailleuse, plus sobre », et la police ajoute qu'avant l'achat le pays était toujours en efferves-