‹ La question agraire en Irlande au commencement du XXe siècleChapitre 21 sur 44 · EN · texte numérisé non relu

EN

Leinster

Munster

Ulster

Gonnaught

Ces statistiques, que nous empruntons à M. Richard J. Kelly dans un article de la New IrelandReview, révèlent un état de choses qui nécessite les plus sérieuses considérations. Si excellents que soient les eiïorts de l'autorité locale pour faire face à ce terrible problème de l'habitation, il est évident qu'il reste beaucoup à faire et que l'Etat seul pourra surmonter adéquatement ces difficultés : nous sommes ici dans un cas où l'initiative privée se montre impuissante. Quand en dépit de plus de 3 millions de livres (1), il reste encore tant de maisons qui ne valent pas beaucoup mieux que des étables, où souvent, — nous l'avons vu, — hommes et animaux couchent dans la même chambre, l'urgence de la question est évidente.

(1) 3.047.704 est le chiffre donné par le rapport annuel du Local Government Board pour l'année finissant au 31 mars 1904, p. 240. Pari. Pap., 1905 (Gd. 2320).

« Nous trouvons, selon le dernier recensement, qu'il y avait en 1901 en Irlande 9.875 habitations d'une seule chambre et d'une seule fenêtre, la nécessité d'une amélioration est donc bien prouvée : sérieuse dans son caractère et d'importance nationale (1). »

Supposons que ces 9.875 habitations donnent abri à des familles de 6 membres, les parents et quatre enfants, nous trouvons 59.250 êtres humains vivant dans des conditions qui chez nous ne conviendraient pas à des animaux, source inévitable de la tuberculose et de la fièvre typhoïde qui affligent tant la population irlandaise.

D'après un rapport présenté au Parlement, il y avait, en mars 1904, 17.411 cottages ou maisons construites en application des lois sur les ouvriers et 2.063 en construction, ainsi répartis (2) :

Provinces Cottages construits Cottages

en construction

Ulster 905 255

Munster 9.254 1.149

Leinster 7.005 583

Gonnaught 247 76

Le rapport annuel du Local Government Board, pour l'année finissant au 31 mars 1902, montre la moyenne des loyers des habitations bâties en application des lois sur les ouvriers agricoles, dans chaque district rural. Sur cette base, la moyenne pour toute l'Irlande est de 1 0 pence 1/2 à la semaine (3).

(1) New Ireland Review , ianvler 1904, p. 300.

(2) Wilson Fox, Agricultural Labourer s in the United Kingdom. Pari. Pap. 1905 (Cd. 2376), p. 119.

(3) W. Fox, op. cit., p. 119.

Un avoué de Cork nous disait à ce sujet : « Je suis l'avoué d'une commune des environs, cette commune achète des terrains et construit des logements pour les ouvriers agricoles ; le terrain lui coûte 750 francs, la maison 3.000, et l'ouvrier paie 1 fr. 25. Ne trouvez-vous pas que cela soit du socialisme d'Etat ? »

Les cottages sont généralement accompagnés de terre dont l'étendue varie de 20 à 40 ares. Environ 65 0/0 de ces jardins sont de 20 ares, c'est-à-dire un demi-acre.

Il est presque impossible de classer les ouvriers agricoles selon leur travail : les fermes qui emploient de la main-d'œuvre étrangère ne sont presque jamais assez grandes pour qu'un travail séparé soit assigné à ces ouvriers : la quantité de travail n'est pas suffisante pour qu'il y ait division du travail. C'est seulement dans les fermes plus importantes qu'on trouve des ouvriers agricoles, chargés exclusivement des chevaux, du bétail, de la basse-cour, du labour.

Bien plus, il y a des districts dans les comtés Mayo, Roscommon, Galway, Kerry, Cork et Donegal, où les ouvriers agricoles, comme classe, existent h peine, sauf dans les très grandes exploitations, parce que le travail demandé par les fermiers plus grands est entrepris par les fils de plus petits fermiers, parce qu'aussi ce sont ces comtés qui fournissent presque exclusivement les ouvriers émigrants.

Dans les comtés où les fermes sont assez grandes et dont les champs labourés réclament des ouvriers, les termes des engagements sont très différents selon les districts. Ceux qui ont le soin des animaux sont d'habitude engagés pour les plus longues périodes et ont un travail continu.

DansTUlster, le plus grand nombre des ouvriers agricoles sont engagés pour six mois ; ceux qui ne sont pas mariés sont logés et nourris dans les fermes, les autres vivent dans des cottages situés sur la ferme. Le plus grand nombre des ouvriers mariés de l'Ulster sont engagés pour six mois et payés à la semaine. Dans certains cas cependant, les paiements à la semaine ne sont qu'une partie des salaires totaux, le reste étant payé à la fin des six mois. Aux ouvriers non mariés sont données les sommes qu'ils peuvent désirer de temps à autre pour des congés et d'autres besoins spéciaux, et le reste leur est payé h la fin des six mois, déduction faite du prix des vêtements et des diverses choses qui ont pu leur être fournies.

Il y a aussi dans l'Ulster des engagements à l'année et à la semaine. Dans quelques districts, sur les fermes qui ont des cottages, les engagements sont à l'année, mais sur celles qui n'en ont pas, les engagements sont semestriels, les hommes étant payés à la semaine, dormant chez eux, mais nourris à la ferme.

Dans la partie ouest de l'Ulster où les fermes sont petites et les district pauvres, on emploie très peu de travail régulier. Dans certaines parties du sud et de l'ouest de l'Ulster, dans les comtés Donegal, Fermanagh, GavanetMonaghan, le travail de la ferme est fait généralement par les membres de la famille, et s'il y a des ouvriers étrangers, ils vivent dans la ferme. Dans ces districts on ne trouve pas d'habitude des ouvriers agricoles « ordinaires », c'està-dire régulièrement attachés à la ferme ; quand du travail étranger est nécessaire, il est fourni par des fils de petits fermiers qui n'ont pas assez d'emploi dans la ferme du père.

Dans les autres parties de l'Irlande, les termes d'enga-

gement ne sont généralement pas si longs. On peut dire qu'en général pour des ouvriers ordinaires, l'engagement est à la semaine. Il y a cependant beaucoup d'exceptions. Dans des cas nombreux l'engagement est à la journée ; dans certains districts on en trouve au mois, au semestre ou à l'année ; quelquefois, dans la même localité il y a un système mixte : ainsi dans les riches terres laitières des environs de Kilmallock (comté Limerick), des hommes et des femmes pour la crémerie sont engagés depuis la Saint- Patrick (17 mars) jusqu'à Noël.

Les ouvriers « accidentels » sont presque tous engagés à la journée. Dans un bon nombre de districts, surtout dans l'Ouest, il n'y a pas assez de travail accidentel toute l'année pour permettre d'y trouver un moyen de subsistance, et le travail est en général fourni par les fils de petits fermiers. C'est dans ces districts que beaucoup de petits fermiers et leurs fils sont ouvriers émigrants, pendant certaines saisons de l'année. Mais dans d'autres parties de l'Irlande, des fermiers se plaignent de la rareté de ces ouvriers accidentels, c'est-à-dire qui gagnent leur vie à travailler successivement pour différents fermiers. Au moment de la fenaison et de la moisson les ouvriers accidentels sont difficiles à trou ver,et d'un autre côté, en hiver, les mômes ouvriers trouvent difficilement du travail. Cette rareté de la main-d'œuvre est une des causes de la diminution des terres labourées et de l'augmentation des pâtures. Tel industriel de New-Ross (comté Wexford) nous disait : « Heureusement que dans mon comté, les terres sont admirablement propres au labour, et cette propriété des terres compense la cherté de la main-d'œuvre; sinon nous serions obligés de changer nos champs en vastes pâturages : ce qui ne nous permettrait plus de nourrir une population aussi dense. »

Quels sont les salaires de ces ouvriers agricoles ?

A l'exception des ouvriers qui acceptent d'être nourris dans les fermes les jours où ils travaillent au lieu de recevoir un salaire plus élevé, les ouvriers ordinaires ne reçoivent pas en général de salaire en nature, mais quand il y en a, il consiste le plus souvent en lait ou en tourbe. Dans quelques districts on leur donne libre pâture pour un animal ; quelques fermiers même donnent un petit champ de pommes de terre, mais presque toujours contre une légère rétribution.

Il n'est point dans la coutume de donner aux ouvriers de « libres » cottages, c'est-à-dire gratuits, exempts de redevance, cela se voit pourtant et plus fréquemment dans rUlster et le Leinster que dans le Munster et le Gonnaught. Dans quelques districts du comté Limerick, ceux qui ont de libres cottages acceptent de travailler pour toute l'année, à un prix fixe. Dans certaines parties du comté Clare, on trouve la coutume suivante : les ouvriers obtiennent de libres cottages, mais en retour ils s'engagent à donner quand ils en sont requis, un certain nombre de journées qui montent en général à trente par an ; ils ont aussi 20 acres de terre environ et parfois droit de pâture pour une vache, mais dans ces cas les salaires tombent souvent à 0 fr. 60, par semaine, nourriture non comprise.

Les bergers sont généralement pourvus de libres cottages ; elles hommes mariés, chargés des chevaux et du bétail, le sont aussi, mais pas aussi souvent que les bergers. Ceux-ci reçoivent souvent en plus de leurs libres cottages d'autres salaires en nature : un petit champ ou une petite pâture, de la tourbe, du foin, du lait, le droit

de pâture pour un certain nombre d'animaux. Dans quelques districts du Gonnaught, et aussi du comté Clare (province de Munster), leurs salaires sont totalement ou presque totalement en nature.

Lorsqu'ils ne sont pas pourvus de libres cottages, les ouvriers agricoles dans la plupart des districts, paient à la semaine un loyer qui varie de 0 fr. 60 à 1 fr. 8S, en moyenne 4 fr. 25, mais dans le voisinage des villes il monte parfois jusqu'à 2 fr. 50 : nous parlons ici de cottages fournis par les particuliers, nous avons vu que pour ceux qui sont construits en application des lois sur les ouvriers la moyenne est de 1 fr. 05.

Grâce au rapport que nous avons déjà cité, nous avons sur les salaires des ouvriers agricoles les renseignements les plus intéressants.

Le tableau suivant (1) donne par comté les salaires hebdomadaires maximum et minimum en espèces, gagnés, pendant l'hiver et l'été de 1902, par des ouvriers ordinaires, attachés d'une façon permanente à l'exploitation d'une ferme, et qui n'y sont pas nourris. Dans la dernière colonne, nous avons la moyenne des salaires par comté, mais y compris la valeur de ce qui a pu être distribué en nature. Nous donnons ces salaires en shillings (s.) et en pence (d.).

(1) W. Fox, op. cit., p. 121.

COMTE

Ulsler :

Antrim

Armagh

Cavan

Donegal

Down

Fermanagh. ..

Londonderry..

Monaghan. . . .

Tyrone

Munster :

Clare

Cork

Kerry

Limerick

Tipperary

Waterford

Leinster :

Garlow

Dublin

Kildare

Kilkenny. .. , .

King's

Longford

Loulh

Meath

Queens

VVestmeath . . .

Wexford

Wicklow

Connaught :

Gahvay

Leitrim

Mayo [

Roscommon .

Sligo

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