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Les sociétés agricoles correspondent un peu à nos syndicats agricoles. Elles ont pour objet : l'achat des articles agricoles, l'écoulement des produits et la vente du bétail, l'amélioration de celui-ci et de l'agriculture en général.
Les sociétés agricoles sont coopératives : leur constitution est démocratique, chaque membre ayant une voix dans l'élection du comité de direction, quel que soit son nombre de parts. Les parts sont prises par les membres en proportion de l'évaluation de la loi des pauvres, de leurs impôts, pourrait-on presque dire. Il faut à la société un certain capital et il est naturel qu'un fermier, s'il veut en obtenir les avantages, ait aussi quelque responsabilité. Selon ses moyens, il soutient le groupe dont il profite et ajoute son crédit à la valeur de ses parts pour créer et fortifier le crédit de ce groupe. Les parts sont d'une livre, mais cela ne veut pas dire qu'il y ait immédiatement à payer 20 shillings : une petite portion seulement, environ 2 shillings 6 pence, constitue d'habitude le premier versement, et si le comité remplit consciencieusement son devoir, il est peu probable, — l'expérience Ta prouvé, — qu'un nouvel appel de fonds sera fait, d'où l'importance énorme du choix d'un bon comité et d'un bon secrétaire : ils doivent être élus parce qu'ils sont les meilleurs membres de la société et non simplement eu égard k leurs opinions politiques ; encore moins le secrétaire doit-il être choisi parce qu'il a dans la société plus de parents et d'amis. « Si un homme n'est pas prêt à renoncer à ses préférences politiques ou privées, lorsqu'il agit comme membre de la société, il vaut mieux qu'il la quitte (1). » (t) Report of the J. A, 0. S., 1898, p. 67.
Un bon comité ne suffit pas pour que la société prospère, il faut un capital. Or les banques sont en général toujours disposées à prêter aux sociétés à un taux modéré, si les meilleurs hommes sont placés dans les comités, et cela est pour elles de la plus haute importance. Quoique pour la plupart, elles fonctionnent avec un très faible capital, — le montant moyen des parts versées n'est pas de plus de 50 livres, — elles sont à même d'acheter au comptant la plus grande partie de ce dont elles ont besoin, grâce à leur crédit auprès des Banques. Les banques, en effet, lorsqu'elles ont confiance, leur prêtent à 4 et 4 1/2 0/0, tandis qu'elles ne le font pas aux fermiers à moins de 6 0/0. Les sociétés peuvent ainsi acheter aux conditions les plus avantageuses et en même temps donner crédit à leurs membres lorsque c'est nécessaire, et ce l'est souvent: en Irlande comme partout ailleurs, le cultivateur ne dispose de monnaie qu'à certaines saisons de l'année. Quand un crédit lui est accordé de la part de la société, une date est fixée pour le paiement et le temps donné dépasse rarement six mois, sans jamais en excéder dix. La ponctualité du fermier irlandais à payer ses dettes à la société est la règle : sur un chiffre d'affaires de 112.574 livres durant l'année 1901 par exemple, le total des mauvaises dettes n'était pas de 150 livres (1).
Obtenir des capitaux des banques, tel est donc le grand problème : il faut pour cela, avons-nous dit, que les banques aient confiance. Aussi pour la leur donner, les sociétés se sont-elles en général fondées sur les principes suivants :
1" L'étendue des opérations de la société est limitée à
(1) Report of the J. A. 0. S., 1901, p. 22.
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une paroisse ou au plus à un district, afin que le caractère et la réputation de chaque membre soient connus du comité et que les membres puissent assister aux réunions générales et prendre une part active aux affaires de la société.
2° Aucun membre n'est admis dont Thonnêteté ou l'aptitude aux affaires laisse des doutes ;
3° Les membres du comité, autant qu'il est possible, sont élus de façon que tous les coins de la paroisse ou du district soient représentés, afin que tous les intérêts le soient et qu'on puisse obtenir les informations les plus complètes sur les besoins, la situation et la réputation des membres.
Voyons le fonctionnement de ces sociétés agricoles sous différents aspects.
S'il s'agit d'achat d'articles agricoles, les ordres des membres sont certifiés par le secrétaire de la société qui les centralise tous, à mesure qu'ils lui parviennent et comme ils se présentent, grands ou petits. Ces ordres sont ensuite envoyés aux maisons qui sont en relation avec la société, parfois à la Fédération des sociétés agricoles, nous en reparlerons. Quand les articles demandés sont reçus par la société, ils sont distribués en telles quantités que de commande et au prix du gros augmenté de o 0/0 pour subvenir aux différents frais de la société : intérêt des capitaux, émoluments du secrétaire, poste, voiturage. Une fois payé ces dépenses, tous les bénéfices sont répartis entre les membres en proportion de leur chiffre d'affaires avec la société, sauf une certaine somme mise en réserve pour faire face aux circonstances critiques. 11 peut être utile de dire ici que les sociétés — surtout les plus récemment fondées — ne cherchent pas à vendre à meilleur marché
que les commerçants locaux. Elles trouvent plus sage et de plus saine politique d'agir ainsi : fournir des articles de la meilleure qualité au prix courant et répartir les bénéfices à la fin de l'année plutôt qu'entrer dans une concurrence qui exaspérerait le petit commerce, susciterait une opposition inutile et tendrait à rendre leurs membres égoïstes et avides de gains immédiats : le mouvement coopératif perdrait ainsi de sa valeur éducative.
Bon nombre de sociétés se sont livrées à un enseignement pratique: elles possèdent des expérimental plots ^ carrés modèles où elles démontrent expérimentalement par exemple la valeur respective des différents engrais, des différentes semences. L'importance de cette œuvre expérimentale est énorme, vu qu'il n'y a pas de meilleure manière de convaincre rapidement et irréfutablement un fermier qu'il a mal dirigé sa culture que de lui montrer la même récolte florissante, grâce à un traitement différent, sur un autre coin de sa propre terre ou de son district. Et non seulement il sera instruit, mais il pourra, grâce encore à la société, mettre en application l'enseignement reçu. La société, en effet, achète les matières premières nécessaires à la fabrication des engrais, et les fermiers peuvent faire telle composition que bon leur semble suivant la qualité de leur sol ou les récoltes qu'ils désirent. C'est là un très grand avantage : le fermier ne supprime pas seulement l'intermédiaire, mais il devient le fabricant.
Les sociétés agricoles acquièrent aussi des animaux reproducteurs de toutes races, dont seul peuvent profiter leurs membres et qu'individuellement ils n'auraientjamais pu se procurer. Elles achètent des machines agricoles et non pas pour les revendre seulement, mais pour les
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louer: des fermiers qui n'ont que trois ou quatre acres de terre labourée ne peuvent naturellement pas acheter de coûteuses machines et nous savons que les ouvriers agricoles sont chers. Un fait regrettable est que presque toutes les machines agricoles viennent d'au delà des mers, les fabriques irlandaises boycottent plus ou moins les sociétés en refusant de leur fournir à des conditions raisonnables. Ainsi l'importante société agricole d'Enniscorthy devait ces années dernières passer une série de grandes commandes avec une maison américaine, tandis que Wexford, à quelques lieues de là, est une des places les meilleures au point de vue des machines agricoles.
Il n'en est pas des sociétés agricoles comme des laiteries coopératives: aucune n'existait avant la fondation de la Société d'organisation agricole, il y en a aujourd'hui plus de160.
1904 (jusqu'au 30 juin).
Voici par province les chiffres de 1902 et 1903 (1)
PROVINCES
Sociétës
Membres
Sociétés
Membres
Ulster
Munster
Leinstcr
Connaught
Total
(1) ncporl nf ihe J. A. 0. S., 1903-190 i, p. C9 cl 111