CHAPITRE II
Le dernier rapport de la Société d'organisation agricole publie (1) des statistiques intéressantes sur le fonctionnement des sociétés agricoles, mais il est à remarquer que ces statistiques sont incomplètes, car plusieurs sociétés n'envoient pas tous les renseignements qui leur sont demandés. Nous croyons cependant ces statistiques instructives, surtout en réunissant celles des deux dernières années : elles indiquent le développement des sociétés d'une façon assez exacte, car on peut supposer que le nombre des sociétés qui n'envoient pas de renseignements ne varie pas grandement d'une année à l'autre.
CaDital versé . .
Capital emprunté
Réserve et profits
mules ....
accu-
Valeur des bâtiments et biens .
Affaires
Dépenses
Profit net
Que conclure de ces chiffres, sinon au progrès constant des sociétés coopératives agricoles? progrès qui serait plus grand encore, dit le rapport de la Société d'organisation agricole, si leurs relations avec leur fédération commerciale étaient plus étroites et plus suivies.
(1) Report ofthe J. A. 0. S., p. 49 et 87.
Sociétés agricoles coopératives et crémeries coopératives ne sont en effet que le premier degré de l'organisation agricole, le second est constitué par la fédération de ces sociétés locales dans le but d'étendre leur commerce. C'est ainsi que ïlrish Coopérative Agency Society entreprend la vente du beurre, de la volaille, des œufs, pour ses membres qui sont presque tous des crémeries coopératives, tandis que Y Agricultural Wholesale Society fournit à ses membres, les sociétés agricoles, ce dont elles ont besoin et cherche des débouchés pour leurs produits.
L'histoire de l'Irish Coopérative Agency Society, que nous appellerons plus simplement l'Agence, est d'autant plus intéressante qu'elle n'a point comme les autres sociétés réussi sans lutte, et que, si elle a survécu à de premiers échecs, c'est grâce à la persévérance de ses fondateurs. 11 y a douze ans, lorsque les sociétés crémières n'étaient que trente et que leur chiffre d'affaires était relativement insignifiant, de 150.000 livres, elles crurent le temps venu de créer une fédération. L'Agence fut établie par seize d'entre elles qui souscrivirent des parts en proportion de leur importance. Le capital versé monta à près de 140 livres. Les sociétés s'engageaient à vendre tout leur beurre par l'Agence, moyennant une commission de 2 1/2 0/0 qui l'indemniserait des mauvaises dettes. Elles élurent un comité de direction et établirent le principal comptoir de rx\gence à Manchester, le plus grand centre de distribution de beurre dans le nord-ouest de l'Angleterre. Une série de malheurs survint: la direction fut mauvaise, il en résulta deux gros procès oii l'Agence perdit tout son capital ; les sociétés chancelèrent dans leur
fidélité à leur fédération, quelques-unes rompirent leurs engagements et refusèrent de lui livrer leurs produits. L'avenir paraissait plutôt sombre, mais le comité tintferme, ayant derrière lui pour le soutenir quelques sociétés loyales qui reconnaissaient la valeur d'une fédération et voyaient dans l'Agence le moyen d'atteindre en définitive leur but. L'Agence vécut au jour le jour pendant quelques années, mais jamais la foi de ses directeurs ne vacilla. Les sociétés, par leur refus de livrer, changèrent sa position originaire d'agence de commission et l'obligèrent à acheter dans les bons marchés tout comme une autre maison de marchands de beurre, et seulement lorsque ses prix étaient égaux ou supérieurs à ceux qui étaient ofl'erts ailleurs, l'Agence obtenait la préférence. Dans les marchés peu importants, les crémeries la chargeaient du beurre qu'elles ne pourraient vendre autrement: fréquemment le beurre refusé par ses concurrents était livré à l'Agence, et en telles quantités et parfois aussi de si mauvaise qualité qu'il lui fallait accepter de bas prix, dont on se servait pour montrer son infériorité vis-à-vis do quelques sociétés qui en réalisaient de plus élevés. Si jamais une affaire fut montée avec difficulté, ce fut l'Agence, et pourtant, en dépit de son manque de capital et de soutien, et malgré l'apathie des sociétés, elle marcha son chemin, gagna le respect des crémeries et des consommateurs et elle est aujourd'hui en Irlande l'une des plus grosses expéditrices de beurre.
Son capital consiste toujours en parts d'une livre, qui rapportent un intérêt de o 0/0 : plus de 450 livres ont été versées par les sociétés qui sont ses membres. Chaque société doit prendre au moins vingt parts, dontun quart doit ôtre versé : elle acquiert ainsi le droit d'être représentée
aux assemblées générales et indirectement d'administrer la fédération, puisque le comité de direction est nommé en assemblée générale. Les bénéfices sont ainsi répartis : en première ligne 5 0/0 sur le capital versé, le reste, jusqu'à concurrence de 1 .000 livres, est servi au fonds de réserve, et au delà des 1.000 livres est réparti entre les sociétés membres au prorata de leurs affaires avec l'Agence.
Le siège social est 13, William Street, à Limerick ; des dépôts ont été établis à Londres, Glascow, Belfast, Liverpool, Manchester, Cardiff, Birmingham, Edinbourg, Bristol, Sheffield, etc.
Chaque année l'Agence se développe, comme le montrent les chiffres suivants :
1893 45.574 livres
Ce dernier chiffre n'est pas officiel ; il nous a été donné comme représentant approximativement les affaires de TAgence l'année dernière, par le secrétaire M. D. L. Roche. Les sociétés fédérées n'ont pas perdu un penny par suite de créances irrecouvrables ; le total de ces créances irrecouvrables pendant les 10 premières années monta à
256 livres, pour 1.229.620 livres, et le fonds (Je réserve y a rapidement pourvu.
Si de tels progrès ont été possibles malgré la position désavantageuse des premières années, quel succès plus grand encore ne peut-on attendre de l'Agence, surtout si plus de sociétés se fédéraient. Le but de la fédération est en elTet d'établir une marque de beurre irlandais, et pour cela de centraliser les produits de toutes les crémeries coopératives dans des ports commodes où le beurre est inspecté, classifié, marqué, et delà dirigé sur les plus grands centres du Royaume-Uni. Il n'y a malheureusement que 48 sociétés qui soient fédérées. » Si nos 287 sociétés Tétaient, nous disait un directeur de crémerie, en deux ou trois ans l'Agence deviendrait une fédération si puissante que, pratiquement, elle établirait un corner dans l'industrie du beurre irlandais et contrôlerait le marché. »
C'est en 1893 que les crémeries avaient fondé l'Irish Coopérative Agency Society, c'est en 1897 que les sociétés agricoles se fédérèrent pour acheter en commun ce dont elles auraient besoin, pour vendre en commun aussi leurs produits: cette Fédération porte le nom de Irish Agricultural Wholesale Society. Son capital se compose de deux sortes de parts : les unes de 5 livres dont la souscription fut ouverte au public, les autres de 5 shillings qui ne pouvaient être souscrites que par les sociétés agricoles qui constituaient ainsi la fédération; un shilling seulement devait être versé immédiatement, le reste serait comblé par une partie des profits que la fédération ferait sur ses achats et ventes. Une société faisant partie de la fédération peut élire les représentants au comité de direction et proposer tous amendements utiles.
Durant les premières années, comme l'Agence, elle eut
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à faire face à nombre de difficultés, mais ses fondateurs avaient confiance que, comme TAgence, lorsqu'elle aurait acheté son expérience, elle surmonterait ces difficultés et finirait par occuper dans le développement commercial de l'industrie agricole la place qu'elle méritait. Le rapport de la Société d'organisation agricole, pour l'année 1900, marquait avec satisfaction que la fédération commençait à sortir d'embarras, voyait augmenter ses affaires et regagnait le temps perdu : elle croissait en effet en faveur parmi les sociétés agricoles et rendait à toutes les services les plus appréciés, mais surtout à celles que leur position isolée et éloignée empêchait de faire leurs achats sur les grands marchés. Nos sociétés agricoles doivent supporter la fédération, nous disait le directeur d'une d'entre elles, parce que, — je résume sa conversation :