‹ La question agraire en Irlande au commencement du XXe siècleChapitre 42 sur 44 · Elle nous garantit de toute fraude · texte numérisé non relu

Elle nous garantit de toute fraude

6. En groupant notre commerce, elle lui donne une véritable puissance et nous met à même d'influencer le marché, de peser sur les compagnies de transport pour faire abaisser les tarifs ;

7. Elle offre enfin un bon et sûr placement à nos membres et à nos sociétés.

Voici, en livres, le chiffre d'affaires de la fédération relativement peu élevé, quoiqu'elle ait fait de constants progrès depuis sa fondation, mais il faut songer qu'un peu

plus de la moitié seulement des sociétés agricoles en l'ont partie.

C'est le secrétaire, M. R. M. Smith, qui nous donnait ces chiffres et il attirait notre attention sur ce qu'il considère comme les deux plus importants services rendus aux sociétés par la fédération. La branche la plus étendue de ses affaires est la fourniture des fertilisants, elle monte annuellement à environ 35.000 livres et se fait par voie de commission : la société rassemble les commandes, les passe aux fabricants, tient les comptes, recueille les sommes à payer ; elle reçoit pour ces services une commission de 2 1/2 0/0, mais est déliée de toute responsabilité pour créances irrecouvrables. Tous les engrais sont livrés après analyse et garantie. Une autre branche importante est l'approvisionnement de semences propres et pures, de germination garantie. Avant que la coopération se répandît, l'agriculture irlandaise souffrait beaucoup de ce que les fermiers, spécialement dans l'Ouest et le Sud, semaient des graines à bon marché mais sans valeur, et pour différentes raisons. D'abord, l'Irlande semble avoir été un marché toujours ouvert aux graines hors d'usage importées d'Angleterre et du continent ; ensuite, nombre des marchands n'ont pas les connaissances techniques suffisantes et ne peuvent ni découvrir les défauts ni éprouver la pureté et la germination des semeiices qu'ils achètent ; enfin les fermiers eux-mêmes sont blâmables de vouloir toujours les semences de trop bon marché. La fédération,

elle, ne fournit qu'une qualité de semences, la meilleure ; lorsqu'elle fait ses achats elle s'efforce d'obtenir le meilleur échantillon et achète après analyse ; elle fournit aux sociétés les semences telles qu'elle les a reçues, et loin de les altérer, emploie certaines machines perfectionnées à les purifier.

Gomme l'Irish Coopérative Agency Society, l'irish Agricultural Wholesale Society réussira d'autant mieux que plus de sociétés agricoles se seront fédérées : or il semble que les sociétés agricoles marchandent à la fédération leur confiance ; le dernier rapport de la Société d'organisation agricole se plaint, mais il croit à une affiliation en masse dans un 1res prochain avenir (1).

« L'objet d'une banque agricole est de procurer à ses membres des capitaux, de leur enseigner les vrais emplois du crédit, de développer en eux l'esprit de secours mutuel et de coopération. » C'est ainsi que définit la banque agricole un rappoit de la Société d'organisation agricole (2).

Procurer aux fermiers irlandais des capitaux, les procurer surtout au tenancier devenu propriétaire, tel est le grand problème qui se pose aujourd'hui en Irlande, surtout au lendemain du vote d'une loi qui, comme le Wyndham Act, veut, en dix à quinze années, révolutionner complètement le régime de la propriété foncière. Jusqu'ici le tenancier avait moins besoin de capitaux, parce qu'il n'améliorait pas sa tenure, et s'il ne l'améliorait pas, c'était parce que les améliorations qu'il ferait, ne lui pro-

(1) Report of the I. A. 0. S., 1903, p. 24.

(2) Ibid,, 1899, p. 77.

fiteraient pas, lui nuiraient même, puisque sa rente serait élevée. Mais devenir propriétaire d'une terre sans avoir de capital pour l'exploiter n'est pas être vraiment propriétaire.

La différence entre la rente que le tenancier acheteur payait hier et son annuité d'aujourd'hui ne peut suffire, et il est étonnant que, lors de la discussion de la loi de 1903 aucun memhre du Parlement n'ait songé à ce problème fondamental. Un très haut fonctionnaire du Département de l'agriculture nous disait : a Lu législation est faite de pièces et de morceaux, peu ou point d'enquête préalable, pas de politique suivie, pas de direction: on tâtonne. Voulez-vous un exemple? Par le Wyndham Act on rend le tenancier propriétaire de sa tenure, mais s'eston occupé de lui avancer les capitaux nécessaires à l'exploitation de cette tenure ? Supposons que pour sa propriété de ?)0 acres il paie une annuité de 25 livres ; il lui faut pour la bien exploiter, et vu l'épuisement du sol, au moins 5 livres par acre. Les coopératives et banques populaires peuvent prêter 10, 20, 30, mais jamais 250 livres. Alors quoi? Un projet est que PEtat avance ces 250 livres; parfait, mais ce sera une addition de 10 livres à l'annuité. Le tenancier sera-t-il capable de les payer ? »

En attendant cette mesure législative, dont il n'est pas question, il faut que le fermier irlandais trouve de quoi exploiter sa ferme. S'il n'obtient pas le capital nécessaire en monnaie, il faut qu'il l'obtienne sous forme de crédit. Le fermier irlandais, comme tous fermiers, a rarement de l'argent dispouible, mais s'il est honnête et solvable, il est toujours en possession de crédit. Ses affaires souvent le forcent à changer ce capital- crédit en monnaie, et il doit désirer que ce changement s'effectue au moins de frais

possibles et de la maDière qui lui est le plus commode ; c'est l'un de ses plus grands besoins : une méthode qui lui permette d'obtenir de l'argent à bon marché, le prêteur n'ayant diantre gage que le crédit personnel de l'emprunteur. Car il n'y a pas à songer en Irlande au crédit foncier, ni pour le tenancier locataire hien entendu, ni pour le tenancier acheteur : il ne peut hypothéquer ses biens que d'une façon très limitée, nous l'avons vu.

Le fermier généralement reçoit la rémunération de son travail à une certaine époque, et pendant le reste de l'année, à moins qu'il n'ait de l'argent disponible, il doit acheter à crédit ou emprunter pour payer ses semences, ses engrais, etc. Son fermage, d'autre paît, est souvent dû à une époque où la vente de ses produits se traduirait par une certaine perte, tandis que s'il pouvait obtenir de l'argent et attendre deux ou trois mois, il vendrait à un prix plus avantageux. Enfin il y a des améliorations sans nombre qui certainement couvriraient leurs frais, mais il n'a pas d'argent pour les entreprendre. Si, il en a aujourd'hui grâce aux coopératives agricoles ; il en avait, avant leur fondation, chez le gombeen 7nan, l'usurier qui le menait en général à la ruine ; il en avait aussi dans les banques, mais à quelles conditions ?

1 à 1 7-2 0/0 est l'intérêt habituel servi en Irlande pour les dépôts, tandis que l'intérêt des prêts varie de 5 à 10 0/0, suivant le montant du prêt. Ce taux est vraiment trop élevé, surtout pour les prêts de minime importance. Nous avons vu que beaucoup de fermes sont de moins de o acres, les tenanciers de ces petites fermes ont le plus grand besoin de capital à bon marché, et ce sont eux qui trouvent la plus grande difficulté à emprunter les petites sommes dont ils ont besoin. Un prêt de 5 livres à 3 ou 4 mois n©

peut être obtenu d'uue banque à moins de 10 0/0. Un autre inconvénient est le court terme des prêts : les fermiers en règle générale ne peuvent faire profiler l'argent emprunté dans les 3 ou 4 mois qui sont les termes usuels, et par conséquent sont acculés à des renouvellements et aux frais qui s'ensuivent. Le manque de flexibilité dans la méthodede remboursement est un troisième inconvénient: souvent un fermier trouverait plus commode de rembourser le prêt par acomptes mensuels et verrait ainsi s'amoindrir progressivement ce qu'il doit pour les intérêts, puisqu'il ne les paierait plus que sur la somme en sa possession ; les banques d'Irlande n'admettent pas cela. Enfin, peu ou point d'effort est fait pour promouvoir la prospérité en servant un juste intérêt sur les dépôts ; la différence entre l'intérêt payé et l'intérêt reçu est vraiment trop énorme.

Ce sont ces desiderata qui ont rendu relativement facile et plein de succès le mouvement du crédit coopératif.

La première banque coopérative fut fondée en février 1894 à Doneraile, comté Cork. Deux autres suivirent bientôt : en 1895, à Ballaghmore dans le Queen's Gounty, en 1896 à BelmuUet, comté Mayo. Elles étaient donc 3 en 1897; 15 en 1898; 48 en 1899; 75 en 1900 ; 102 en 1901 ; 145 en 1902; 201 en 1903. Ces chiffres extraordinaires (une augmentation de près de cent en deux ans) prouvent que les banques coopératives agricoles répondent à de véritables besoins.

Toutes sont établies sur le système Raiffeisen, sauf trois dans le comté Wexford qui diffèrent de toutes les autres dont nous allons exclusivement parler, en deux points surtout : elles limitent la responsabilité de leurs membres au montant de leurs parts^ tandis que les mem-

bres des autres sociétés sont responsables d'une façon illimitée pour toutes les dettes ; elles acceptent les garanties du mobilier d'un emprunteur, tandis que les autres ne sont que des sociétés de crédit personnel.

Voici les règles générales qui ont présidé à l'organisation et au fonctionnement des coopératives de crédit en Irlande ; inutile de dire qu'elles sont toutes rurales.

Un certain nombre de fermiers se réunissent pour obtenir collectivement les avantages qu'ils ne pourraient obtenir séparément : c'est l'application au crédit du principe coopératif, tel que nous l'avons vu dans les crémeries ou les sociétés agricoles. En se formant en société, ces fermiers peuvent, par leur engagement solidaire illimité de répondre des dettes du groupe, obtenir l'argent nécessaire à leurs besoins. Cet argent ils se le prêtent à nouveau entre eux à un taux un peu plus élevé. La différence entre l'intérêt payé et l'intérêt reçu couvrira les dépenses et aidera à la formation d'un fonds de réserve. Les coopératives ont généralement trouvé à emprunter à 4 et 5 0/0, et elles prêtent à 6 0/0. Quand elles deviennent plus connues, elles arrivent à emprunter et prêter à des conditions meilleures encore. Partout où elles ont fonctionnes depuis un certain temps, l'usure a disparu. Elles sont basées sur un régime démocratique : chaque membre a une voix seulement, il concourt à l'administration de la société par l'élection du comité. Ce comité, qui doit être composé des hommes les plus importants et les plus intelligents de la société, prononce l'admission de nouveaux membres, accorde les prêts, fixe le taux de l'intérêt des dépôts et des emprunts.

Il est de règle qu'on n'admet pas comme membre un fermier dont riiounctelé et le bon caractère sont douteux,

et cela va de soi puisque c'est la plus grande, sinon la seule garantie que la banque puisse offrir : l'honorabilité de ses membres. Pour rendre le comité à même de juger en toute exactitude, la circonscription d'une banque est limitée à une paroisse ou à un district, de façon que le comité puisse se rendre compte de la situation du demandeur. Aller au delà et admettre des étrangers serait risqué, et la banque, vu les conditions de son organisation, ne doit pas courir de risques sans nécessité. En général, un droit d'entrée de six pence est perçu pour couvrir les frais initiaux.

Pour les prêts, chaque demandeur doit dire ce qu'il se propose de faire de l'argent emprunté : la période de remboursement est déterminée par le but en conséquence. Jamais argent n'est prêté que son emploi ne soit productif ou profitable. L'emprunteur s'engage à consacrer le prêt au but dans lequel il est fait ; il doit garantir aussi que les profits qu'il en retirera lui permettront de faire le remboursement. Mais quant au temps et au mode de remboursement, la société accepte les conditions de l'emprunteur. S'il rembourse par acomptes, l'intérêt porte seulement sur l'argent actuellement en sa possession. Par exemple, si un membre emprunte 5 livres et rembourse à mesure qu'il n'en a plus besoin une livre chaque mois, l'intérêt ne portera sur le montant total de l'emprunt que pendant un mois, sur 4 livres pendant 2 mois, sur 3 livres pendant 3 mois, sur 2 livres pendant 4 mois, sur une livre seulement pendant tout le temps de l'emprunt. L'intérêt est en général de un penny par livre et par mois, soit 5 0/0.

La société reçoit aussi des dépôts de ses membres et leur alloue un intérêt de 4 0/0 ; c'est plus que les caisses d'épargne postale [Posl Office Savin(/s Banks) qui donnent

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2 3/4 0/0. La garantie offerte est la responsabilité solidaire illimitée des membres : ces membres sont les voisins du déposant, choisis pour leur honorabilité. Le déposant a toujours l'argent sous sa surveillance, car il peut examiner les comptes chaque mois et connaître ainsi l'état de la banque : les comptes sont d'ailleurs vérifiés chaque année officiellement en application de la loi. En plaçant le fruit de ses économies dans la banque coopérative, chaque membre aide son voisin : il garde dans la paroisse l'argent de la paroisse, où il est toujours en circulation, et par conséquent productif.

Gomme la banque veut prêter à tout homme honnête, même pauvre , il a semblé absurde de lui demander de souscrire une action quand déjàil a besoin d'argent.N'ayant pas d'actions, la banque ne distrait aucun de ses bénéfices au paiement d'intérêts aux actionnaires ; tout profit que réalise la société est mis au fonds de réserve dont l'accroissement est le but de toute société : ce fonds, en effet, doit donner confiance à ceux avec qui la banque aura à traiter. C'est ainsi qu'une société bien administrée peut obtenir des grandes banques des prêts à 4 0/0, un taux raisonnable et très avantageux si nous le comparons au 6 à 10 0/0 dont nous parlions.

Jl est très important pour les coopératives de crédit qu'elles puissent emprunter pour étendre leur chiffre d'affaires,puisqu'elles ont peu ou point de capital : les membres peuvent ainsi emprunter indirectement — grâce au crédit de la société — à des taux inespérés. Ces relations aimables entre les grandes banques et les coopératives de crédit n'existent que depuis très peu de temps, le rapport de la Société d'organisation agricole pour l'année 1902 les trouvait très peu satisfaisantes.

Il n'y a pas en effet de politique uniforme vis-à-vis des coopératives de la part des différentes banques, ni même de la part des succursales d'une même banque. Dans quelques districts il y a de la sympathie pour les coopératives et un réel désir de les aider ; dans d'autres, oîj les commerçants ont fait de l'opposition au mouvement coopératif, on voit les banques mettre des bâtons dans les roues : ces commerçants locaux seraient incapables d'exercer cette néfaste influence par la menace de retirer à telle banque leur clientèle, si toutes les banques s'entendaient sur les mesures à adopter. L'intérêt des prêts est dans nombre de cas trop élevé : 5 à 6 0/0 ; un taux uniforme de 4 0/0 serait juste et suffisant, la preuve en est que certaines banques l'ont adopté. Les directeurs des grandes banques et de leurs succursales se rendent difficilement compte de ce fait que la révolution qui a lieu dans l'agriculture en Irlande nécessite un changement total dans le crédit agricole. Il est tout à fait possible que dans cinq ou six ans la plus grande partie des affaires agricoles seront faites par des sociétés coopératives de fermiers et non plus par les fermiers individuellement ; il y aura une énorme diminution des petites transactions et des petits comptes ; la garantie offerte sera meilleure par conséquent ; les opérations de crédit se feront plus économiquement. C'est donc aux banques de s'adapter à la situation nouvelle, sinon la création d'une banque coopérative centrale deviendra inévitable.

Cette création est très discutée en Irlande, et quoiqu'il n'y ait aucun doute que la fédération n'ait lieu un jour, son opportunité tout au moins est l'objet de vives controverses. Les uns disent : il y a deux fonctions d'une banque coopérali\e centrale : recevoir le surplus des dépôts

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que les coopératives ne peuvent employer avec profit dans leur circonscription ; aider les coopératives qui n'ont pas assez de capital. 11 y a actuellement en Irlande peu de coopératives de crédit qui ne requièrent pas tout l'argent dont elles disposent si elles n'en requièrent pas davantage, et une banque centrale n'a pas à espérer de fonds de cette provenance. D'un autre côté, une banque centrale qui pourrait se procurer des capitaux à meilleur marché serait à même de placer en toute sécurité des millions de livres et à aider ainsi les coopératives qui meurent faute de ressources. Les autres répondent : si une banque centrale obtient facilement des fonds soit de l'Etat, soit de capitalistes privés, cela tendra à créer parmi les coopératives une classe de sociétés dont la seule fonction sera de prêter plutôt que de servir de caisse d'épargne. A l'étranger, les banques subsidiées par rEtat,qui traitent avec les banques locales, ont amené la création de beaucoup de sociétés coopératives de crédit qui ne le sont que de nom, et ont entraîné comme conséquence la diminution de l'intérêt local, quand l'argent local n'est pas déposé, et aussi la perte des avantages éducatifs qu'offrent les coopératives. Il nous semble que présentement une fédération des sociétés coopératives de crédit serait prématurée ou que s'il s'en fondait, elle se développerait sur des lignes très modestes et servirait seulement de clearing house pour compenser les offres elles demandes des sociétés fédérées. Gela ne veut pas dire que dans l'avenir une banque coopérative centrale ne sera pas créée, mais, étant donné les deux fonctions assignées à cette banque centrale par ses partisans, dont l'une n'existe pas en Irlande et l'autre est annihilée parles facilités que les grandes banques offrent

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