‹ La question agraire en Italie, le latifundium romainChapitre 16 sur 41 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

LE LATIFUNDIUM DANS LE VITERBOIS

Le lieu. — Nous venons d'étudier le latifundium dans une région où les conditions du lieu n'ont pas permis jusqu'ici le développement d'une population stable. Mais le latifundium n'est pas un produit exclusif de la Campagne romaine ; on le retrouve dans d'autres parties de la province de Rome. Il est donc intéressant de l'étudier maintenant dans une région où existe une population fixe groupée en villages. Pour cela nous ferons porter notre enquête sur le Yiterbois, c'està-dire sur la partie septentrionale de la province qui, à l'exclusion du littoral, s'étend des confins de la Toscane jusqu'à 20 kilomètres au Nord de Rome. Au centre du pays se trouve Viterbe à peu près à égale distance entre les deux grands lacs de Bracciano et de Bolsena.

L'altitude de cette région varie de 150 à 500 mètres ; une ligne de hauteurs allant du lac de Bracciano au lac de Bolsena, en passant par les monts Cimini dont un sommet s'élève jusqu'à 905 mètres, sépare le versant du Tibre du versant tyrrhénien. Tandis que l'Agro romano est une.

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sorte de plaine basse coupée de ravins et bosselée de mamelons, où l'eau peut facilement stagner, le Vilerbois est une région élevée présentant des pentes générales suffisantes pour permettre l'écoulement facile des eaux et l'assainissement naturel du pays. La malaria existe bien dans nombre de villages, surtout par l'incurie des habitants qui laissent s'établir des mares et des flaques d'eau, mais en raison de l'altitude et de l'absence de marécages elle n'a jamais été un obstacle absolu au peuplement du pays.

C'est là la grande diff'érence qui existe entre le latifundium du Viterbois et le latifundium de l'Agro romano : ia présence d'une population stable groupée en villages. C'est l'action de ce facteur nouveau sur l'organisation du travail et de la propriété qu'il s'agit d'étudier, Nous n'aurons rien de particulier à signaler au sujet des services publics, puisque ces villages forment des communes régulièrement constituées, ce qui prouve bien que la crise des services publics dans l'Agro romano n'a pas pour cause exclusive le latifundium en soi.

Dans le "Viterbois, comme dans la Campagne romaine, le pâturage est de beaucoup le mode d'exploitation dominant; on constate que, depuis quelques années, il gagne chaque jour du terrain aux dépens de la culture. Mais celle-ci résiste mieux que dans l'Agro romano, à cause de la présence de la population qui a besoin de céréales pour se nourrir : c'est même là la principale cause du conflit entre propriétaires et paysans, c'est le nœud de la question agraire. Cette culture est d'ailleurs

extensive comme l'est le pâturage lui-même. Il en résulte qu'en dépit des apparences l'appropriation du sol est incomplète, le droit de propriété incertain ou limité par des usages publics, et que des contestations et des conflits au sujet de la terre surgissent entre latifundistes et villageois.

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