‹ La question agraireChapitre 10 sur 189 · II. — LE PAYSAN ET L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

II. — LE PAYSAN ET L'INDUSTRIE

l’héritage familial devient toujours plus exclusivement la propriété du chef de famille.

L’ancienne société de la famille paysanne, exploitant exclusivement par son propre travail son propre bien, est remplacée dans les grandes exploitations paysannes par une troupe d’ouvriers embauchés, qui, sous le commandement du propriétaire, travaillent pour lui ses champs, gardent son bétail, engrangent sa récolte.

L’antagonisme de classe existant entre l’exploiteur et l'exploité, entre le possédant et le prolétaire, pénètre dans le village, dans le ménage paysan lui-même, et détruit l’ancienne harmonie et l’ancienne communauté d’intérêts.

Tout ce processus a commencé, comme nous l’avons déjà dit, pendant le Moyen Age, mais seul le mode de production capitaliste Ta accéléré au point de faire partout dépendre de lui la condition dè la population rurale. Il n’est pourtant pas encore arrivé à sa fin et il se poursuit aujourd’hui encore, embrassant toujours de nouvelles régions, transformant toujours de nouveaux domaines de la production paysanne pour l’usage personnel en domaines de production de marchandises, accroissant des façons les plus différentes le besoin d’argent du paysan, substituant le travail salarié au travail de famille. Et ainsi le développement du mode de production capitaliste dans la ville seule suffit déjà à transformer complètement l’existence du paysan prise sous sa forme ancienne, même sans que le capital fasse son entrée dans la production agricole et sans que se forme l’antagonisme de la grande et de la petite exploitation.

Mais le capital ne restreint pas son action à l’industrie. Dès qu’il a pris assez de forces, il s’empare aussi de l’agriculture.

l’agriculture sous la féodalité

a) La culture à trois assolements

Ce n’est pas ici le lieu de rechercher les origines de la propriété paysanne. Pour notre but il suffit de déterminer les formes de propriété et d’exploitation paysanne qui se développèrent, après la tourmente de la migration des peuples, dans les pays occupés par les Germains, et s’y maintinrent à peu d’exceptions près — la plus importante d'entre elles est l’Angleterre — jusqu’à une période avancée du xvm° siècle, en certains lieux jusqu’à notre temps. C’était un compromis entre la propriété commune du sol, telle que l'exigeait l’exploitation paysanne des pâturages, et la propriété privée de la terre, qui naquit des besoins de l’exploitation paysanne des champs.

De même que chaque famille de paysans formait une société domestique se suffisant à elle-même, chaque village formait au point de vue économique une société fermée, se suffisant à elle-même, la société de territoire ( Markgenossenschaft ) . . ^

Nous faisons ici abstraction de la forme d’occupation consistant en biens 'particuliers disséminés, et non en villages compacts, forme qui a longtemps été considérée comme la forme originale, mais qui, ainsi qu’il est établi

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