‹ La question agraireChapitre 105 sur 189 · IX. — DIFFICULTES DE L AGRICULTURE INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

IX. — DIFFICULTES DE L AGRICULTURE INDUSTRIELLE

grande partie va à la ville, et cette fraction augmente de jour en jour.

Tant que la situation est arriérée, le paysan cherche, dans son voisinage immédiat, des gens qui puissent lui prêter de l’argent. Ses créanciers ne sont pas seulement des Juifs de village, marchands de blé ou de bétail, boutiquiers ou aubergistes, mais aussi de gros paysans, excellents chrétiens, qui s’entendent aussi bien à l’écorcher que les autres.

Mais au cours de l’évolution, à mesure que l’endettement cesse d'être un fait fortuit, causé par une exploitation défectueuse ou des accidents imprévus, un fait que l’on dissimule le plus possible, parce qu’il dénote toujours un état de détresse ; à mesure qu’il devient un phénomène nécessaire de la production, que le commerce se développe entre la ville et la campagne, l’usure primitive et secrète disparaît devant des institutions spéciales où les opérations de crédit se font au grand jour, sont un acte normal et non un acte désespéré, et par suite comportent des intérêts normaux et non des intérêts usuraires. Mais ou bien ces institutions se trouvent à la ville (banques, sociétés de crédit mutuel, etc.), ou bien elles empruntent les capitaux dont elles ont besoin à des capitalistes de la ville. Cette transformation du crédit est une évolution nécessaire. Mais si utile qu’elle soit pour le paysan, isolé en somme, ce n’est encore là qu’un surcroît d’assujettissement de la campagne à la ville. Une partie de plus en plus considérable des valeurs employées à la campagne afflue à la ville sans être compensée par des valeurs équivalentes.

Il en est de même de la rente foncière. Plus révolution capitaliste fait de progrès, plus les différences de culture s’accentuent entre la ville et la campagne, plus celle-ci reste en arrière, et plus grandes sont les jouissances et les distractions que la ville offre en opposition avec la campagne. En même temps les rela-

tions entre la ville etla campagne deviennent plus faciles.

Rien d’étonnant, dès lors, que tous ceux dont les propriétés sont assez grandes pour pouvoir être affermées ou administrées par des salariés et qui ont des rentes foncières suffisantes, préfèrent passer un temps plus ou moins long, chaque année, dans la grande ville et y manger leurs rentes, ce qui, en certains cas extrêmes, conduit a l’absentéisme, à la vie du propriétaire loin de ses terres comme cela arrive en Irlande et en Sicile, où une mauvaise exploitation séculaire d’immenses latifundia a engendré une telle barbarie que le séjour même passager du propriétaire dans ses terres n’est plus un plaisir pour lui, — et cette espèce de propriétaire ne connaît pas d’autre but à l’existence que le plaisir. La culture en Irlande et en Sicile montre les suites funestes des latifundia garantis par le fidéicommis là oùla grande exploitation capitaliste moderne ne s’est pas encore développée et où elle n’est pas en état d’en combattreles effets.

Là même où l’absentéisme ne règne pas absolument, les absences temporaires du grand propriétaire deviennent la règle, et en même temps une partie de sa rente foncière s’en va de la campagne à la ville. Et tandis que son luxe à la campagne, avec ses chasses, ses châteaux de plaisance, diminue l’étendue des terres cultivées, amène l’expulsion d’un certain nombre de paysans ou d’ouvriers agricoles, et nuit ainsi à l’agriculture, son luxe à la ville favorise l’industrie et le commerce, donne de l’essor aux affaires, attire les ouvriers et favorise l’accumulation des capitaux.

Les impôts en argent qui augmentent de plus en plus et qui pèsent le plus lourdement sur les paysans conduisent au même résultat. La production des villes est avant tout une production marchande et son développement fait croître les impôts en argent. A la campagne la production, surtout celle des petites exploitations, même aujourd’hui, est encore en grande partie une production pour

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