IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
pays si l’on a recours à des ouvriers étrangers, mais il ne peut pas fournir en général à l’agriculture de nouvelles forces productives. Ce que le travail étranger apporte ici est enlevé là; si l’Ouest gagne des ouvriers, l’Est en est privé, et le manque de bras se fait sentir même là ou l’influence de l’industrie ne s’était pas encore exercée directement et prépare par l’abandon momentané du sol son abandon définitif. Les ouvriers étrangers ne remplaceront presque jamais complètement les indigènes attirés parla ville. Ce sont, comme nous l’avons déjà remarqué, précisément les plus énergiques,les plus intelligents, qui sont les premiers à abandonner la campagne. En revanche, les ouvriers qui le£ remplacent viennent decontrées arriérées au point de vue économique où l’instruction primaire est insuffisante, et où le plus souvent l’agriculture elle-même est négligée. Le résultat n’est pas seulement une diminution de la capacité de travail de la classe des travailleurs agricoles, mais aussi très souvent un recul au point de vue des méthodes de culture.
« Ce qui caractérise d’une façon générale la situation des ouvriers, écrit Kàrger au sujet des districts miniers de Westphalie, c’est l’absence presque totale d’ouvriers agricoles indigènes et l’emploi presque général des enfants d’ouvriers dans la mine immédiatement après la confirmation. Presque tous les ouvriers agricoles viennent donc du dehors ; on fait venir les domestiques de la Prusse Orientale et Occidentale, delaHesse, du Hanovre, du Waldeck et de la Hollande. Mais c’est toujours à recommencer, parce que, le plus souvent, ils ne restentpas plus d’un ou de deux ans à s'occuper de travaux agricoles; ils partent dès qu’ils ont pu voir que, avec beaucoup moins de peine, ils peuvent obtenir un salaire bien plus élevé dans la mine. Pour la moisson, des ouvriers nomades viennent spontanément, en particulier du district de Minden. Quand on peut s’en passer, on n’engage pas volontiers cette catégorie de travailleurs qu’il faut
(1) Kærger, Verhciltnisse der Landarbeiter , I, p. 133,
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payer très cher, et on tâche de se tirer d’affaire avec les domestiques. Aussi viennent-ils moins fréquemment du coté de Schwelm et de Hagen, où les propriétés sont plus petites en général ; ils se montrent à peine dans le district de Schwelm, où la petite propriété domine.
« D’après certains rapports, les ouvriers agricoles ne font pas défaut, à proprement parler, dans ces régions, surtout quand l’industrie languit, mais ce qui manque, ce sont des ouvriers stables et surtout de bons ouvriers agricoles. Mais d'après la plupart des rapports, il est généralement difficile de se procurer des ouvriers, quels qu’ils soient, et un rapporteur général soutient que le manque d’ouvriers, surtout de bons ouvriers, est tel, que la plupart des paysans sont dégoûtés de l’exploitation de leurs terres. » {Situation des ouvriers agricoles , I, p. 133) (1).
Un rapporteur du grand-duché de Hesse (Hesse Supérieure) écrit : « Autrefois, il y avait de véritables journaliers, qui, d’un bout de l’année à l’autre, exerçaient leur métier et prouvaient, par l’exécution de leurs travaux, qu’ils en avaient fait l'apprentissage, qu’ils en avaient l’expérience et qu’on pouvait compter sur eux. Mais ils ont disparu; les batteuses s’emparèrent du travail des fermes en hiver ; les districts industriels fournissaient du travail toute l’année, et ainsi commença, vers 1875, l’émigration en Westphalie, en Belgique, à Paris, et ensuite surtout en Amérique, en Australie, dans la République Argentine ; on partait, on allait « tenter la fortune. » Et à la vérité, beaucoup ont réussi. Et ceux-ci engageaient les bons éléments qu’ils connaissaient au pays à les rejoindre. Les domestiques mariés les ont remplacés, un salmigondis de toutes les nationalités, des Suisses, des Prussiens Orientaux et Occidentaux, des Polonais, des gens de la Haute Silésie et même des Suédois,