IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
etc., les uns venant à la suite de contrats, les autres spontanément ; et c’est une cohue de dégénérés qui vivent en concubinage avec la lie des ouvrières nomades, sont adonnés à la boisson et servent sans habileté professionnelle, sans intelligence, sans fidélité, comme valets d’écurie dans les fermes, ou comme suisses... chargés de l’entretien du gros bétail et de la laiterie, et tout cela contre des salaires élevés... En outre, les ouvriers établis ici ne suffisent pas dans les exploitations où l’on cultive beaucoup de raves, et, dès le commencement du printemps, arrivent de Riiôm, d’Eiclisfeld, de Bavière, de la Forêt Noire, de la haute Silésie, du Duché de Posen, et de la Prusse Occidentale, un grand nombre d’ouvriers nomades des deux sexes qu’on conserve, grâce à de hauts salaires, jusqu’en automne, précisément parce que les indigènes de la Hesse Supérieure ne veulent pas travailler plus longtemps dans les fermes (1).
Enfin donnons un troisième exemple de nature à montrer combien l’agriculture souffre des progrès de l’industrie.
Le Docteur Rud. Meyer cite dans un article {Nette Zeit, XI, 2, p. 284), des faits relatés par le régisseur d’un domaine de Bohème occupant quelques milliers d’hectares plantés de betteraves et de céréales. Il dit entre autres : « Auparavant nous avions l'habitude de houer le blé semé en ligne à plusieurs reprises avec la houe achevai, mais cela ne nous est plus possible parce que, lorsque l’ouvrier qui dirige la houe est maladroit, il abîme le blé ; nous n’avons presque pas d’ouvriers adroits occupés aux attelages et les rares domestiques qui ont qu elqu e habileté n e restent pas longtemps en place. Quand les jeunes gens ont appris au régiment à connaître le monde, ils ne veulent plus du long et pénible travail qu’il faut faire chez nous pour un maigre salaire, et ils s’en vont ailleurs, n’importe
(1) Zustünd der Landarbeiter, II, p. 230, 231.
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où, ainsi nous ne conservons de la population indigène que les vieillards, les enfants et les femmes, et nous engageons des domestiques du pays tchèque de Tabor. Ceuxci sont très ignorants, grossiers, et ne savent pas se servir des machines. C’est pourquoi nous laissons se rouiller dans les magasins les houes à cheval. »
Ces détails nous montrent déjà combien il est difficile, dans l’agriculture actuelle, d’employer, pour parer au manque d’ouvriers, la machine, ce moyen qui semble tout indiqué dans ce siècle de vapeur et d’électricité. L’agriculteur ne trouve pas partout des ouvriers sachant se servir de la machine, et ceux qui le sauraient abandonnent de plus en plus l’agriculture. Malgré cela la machine fait encore aujourd’hui à la campagne de très grands progrès, mais ces progrès sont loin d’être ce qu’il faudrait qu’ils fussent pour remédier à la disette d’ouvriers. Nous n’avons trouvé que quelques cas isolés dans lesquels les machines avaient vraiment permis à l’agriculteur de remédier au mal. Nous faisons abstraction ici de ce fait que les machines agricoles économisent toujours du travail en proportion de la quantité des produits fournis, mais pas toujours en proportion de l’étendue cultivée. Une série de machines, à la campagne, exige un plus grand nombre d’ouvriers, à surface égale, que les instruments ordinaires : « Dans bien des cas le manque de bras au lieu d'être atténué est aggravé par l’emploi de machines plus nombreuses ou meilleures. Le semoir à drill exige, pour ensemencer des surfaces égales, plus de travail que le semoir en ligne ou l'ensemencement à la main, etc. (1).
Enfin on a encore conseillé un quatrième moyen pour remédier au manque d’ouvriers ; ce serait de leur donner un salaire plus élevé, de les mieux traiter, les mieux loger, les mieux nourrir. C'est certes le moyen le plus efficace
(1) Th. y. cle Goltz, Die lündliche Arbeiterklasse, p. 168.