IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
des quatre, et cependant il semble insuffisant pour assurer à l’agriculture les bras qui lui sont nécessaires. Ce ne sont pas seulement les salaires élevés qui attirent à la ville l’ouvrier de la campagne ; il y a en outre la perspective de trouver du travail en hiver, une plus grande indépendance, une plus grande facilité de fonder une famille, et la supériorité de la ville au point de vue de la civilisation : tout cela ne pourrait être compensé que par une élévation de salaire tout à fait considérable.
F. Grossmann écrit (« Situation des travailleurs agricoles », II, p. 419) (1) que « dans les pays bas de l’Elbe on se plaint surtout du départ des domestiques femmes vers les villes. Le rapporteur trouve ce phénomène d’autant plus surprenant que celles qui prenaient du service dans les petites bourgades voisines gagnaient à peine la moitié de ce qu’elles gagnaient à la campagne. À Hambourg même, la moyenne des gages n’est pas plus élevée, mais en revanche les dépenses le sont. » Même de meilleurs traitements ne retiennent pas longtemps les ouvriers à la campagne. « Les cas sont nombreux, dit un rapporteur, où les maîtres considèrent et estiment leurs domestiques à peine comme des hommes. Que de fois les domestiques ne doivent-ils pas se contenter d’une nourriture médiocre, souvent mal apprêtée. Le plus souvent ils ne disposent pas d’une chambre convenable, suffisamment chauffée, où ils puissent passer leurs moments de liberté ; et bien des fois ils n'ont pour coucher qu’une chambre de débarras dans un coin écarté de la maison, le plus souvent sans plancher, sans chaises, à plus forte raison sans table. Au contraire, quand on considère les domestiques comme faisant partie de la famille, si l’on s’entretient avec eux de ses propres affaires et des leurs, s’ils mangent à la même table comme c’est souvent le cas dans ces régions, si on leur permet de passer leurs heures
(1) Zustünde der Landarbeiter, II, p. 419.
de liberté avec la famille dans ]a chambre commune, ou si on leur donne quelque autre chambre convenable bien chauffée, si on leur donne les journaux à lire, les bons domestiques seront contents de leur sort. Mais dans ces cas mêmes ils songent en général à devenir facteurs, employés de chemins de fer, couturières, bonnes d’enfants, etc., ou à trouver un emploi dans les grandes villes, parce que la vie y est bien plus agréable que dans un petit village écarté, tranquille, qui souvent n’a pas meme d'auberge. Des domestiques rangés peuvent, avec les gages élevés qu’ils touchent aujourd’hui, en supposant toutefois qu'ils ne se marient pas trop tôt comme c’est le plus souvent le cas ici, faire assez d’économies pour acquérir une petite ferme une fois âgés de plus de trente ans, surtout maintenant que les prix ont tellement diminué, et y élever quatre vaches et quelques moutons » (op. cit., p. 423.)
Ni le taux élevé des salaires, ni les bons traitements, ni la perspective d'une petite propriété ne peuvent fixer au sol la masse des travailleurs agricoles.
Et d’ailleurs, comment les ouvriers agricoles peuventils arriver à des salaires plus élevés et à de meilleurs traitements ? Il n’y a point de classe de patrons qui se décide volontairement à élever les salaires ; il faut qu'ils y soient contraints, mais les salariés agricoles sont aujourd’hui encore trop faibles pour pouvoir les y'forcer par la puissance de leur organisation. Une élévation des salaires à la campagne est toujours la conséquence du manque croissant de'bras. Un salaire élevé et une offre abondante de bras sont deux phénomènes qui jusqu’à présent du moins s'excluent à la campagne.
Quelque bon que seraitle conseil, on ne saurait attendre d’une élévation de salaires un arrêt de l’émigration vers la ville. Celle-ci augmente sans cesse sans qu'aucun obstacle puisse l’arrêter.
Anderson Graliam dit à ce sujet dans son ouvrage