IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
«L’exode rural» (1), cité par Goldstein, Statistique des professions (p. 39) (2) : « Quand ils ont de faibles salaires comme dans le Wiltshire, ils émigrent ; quand ils ont des salaires élevés comme dans le Northumberland, ils s’en vont également. Quand les fermes sont petites, comme dans le district de Sleaford (Lincoln), ils s’en vont, et dans le Norfolk, où en général les fermes sont plus grandes, l’émigration progresse toujours. Le campagnard semble comme pénétré de cette idée désespérante qu’à la campagne il n’y a pas de bonheur possible pour lui, et tout tranquillement il dépose sa bêche et sa pioche et s’en va. »
Comme l’initiative privée est impuissante, on veut que l’Etat intervienne. On cherche à maintenir les domestiques chez l'agriculteur en rendant plus rigoureux les règlements qui les concernent, en punissant les délits, et en rendant plus difficiles les mariages. On cherche encore à retenir les populations dans leurs foyers en supprimant ou en limitant la liberté d’établissement par des interdictions de déplacement, en empêchant les villes d'accorder le droit de cité aux nouveaux arrivants, en élevant les tarifs de chemins de fer, etc.
Mais les mesures de la première catégorie contribueraient simplement à rendre encore plus insupportable la vie à la campagne aux domestiques et aux ouvriers embauchés, et augmenteraient ainsi leur désertion de la campagne. Quant à la suppression de la liberté d’établissement, même si la population industrielle s’en accommodait, même si elle pouvait se réaliser, elle tirerait d’embarras quelques agriculteurs, mais ne serait d’aucun secours pour l’agriculture en général. Elle enlèverait à un très grand nombre de petits paysans l’unique possibilité qui leur reste de faire quelques profits accessoires,
(1) Rural Eocodus.
(2) Berufsgliederung.
l’agriculture dans la société capitaliste
et les jetterait ainsi dans la misëre la plus profonde ; elle rendrait aussi impossible dans les régions industrielles toute agriculture exploitée au moyen de salariés, car là, comme nous l’avons vu, elle ne peut pas se tirer d’affaire sans un appoint de bras étrangers. Elle retarderait la banqueroute de l’agriculture dans les régions arriérées au point de vue économique, mais la hâterait dans les régions avancées.
Contre le manque de bras en agriculture il n’y a point de remède dans la société capitaliste. Comme l’agriculture féodale à la fin du xvme siècle, l’agriculture capitaliste à la fin du xix® est dans une impasse, impasse dont elle ne peut sortir par sa propre force, étant donné l’état social actuel.
On croirait entendre une description du siècle dernier quand on lit : « Les ouvriers manquent, et ce manque se fait principalement sentir dans les exploitations des grands propriétaires fonciers et des grands paysans. Le résultat, c’est que des biens assez importants et même des propriétés paysannes sont affermés, d’où ce désavantage qu’il n’y a plus d’améliorations et qu’il se produit une sorte d’exploitation par grappillage, parce que le bétail est insuffisant et que les vidanges et les engrais chimiques sont seuls employés. Cela nuit naturellement à la conservation de la fertilité du sol. 11 arrive aussi que les champs sablonneux qui auparavant étaient cultivés avec profit restent en friche pendant de longues années, et cela, même quand ils appartiennent à des ouvriers, ceux-ci gagnant plus par leur travail salarié, les salaires étant élevés, qu’en cultivant leurs champs (4). » Voilà ce que nous dit un rapport provenant de la Hesse. Un autre, de Bavière, nous dit: « Comme les rapports généraux le constatent, le manque d’ouvriers dans mainte région n’y trouble pas seulement la régularité de
(1) Verhültnisse der Landarbeitet \ II, 206.