IX. — DIFFICULTÉS DE L’AGRICULTURE INDUSTRIELLE
part de l’ordre établi. — Elle ne tourne pas, elle ne se meut pas, elle, c’est-à-dire l’agriculture, s’écrient-ils avec enthousiasme ; la doctrine du Galilée du socialisme est fausse !
En fait, les tendances centralisatrices et décentralisatrices, dont on a pu constater l’action partout dans le courant du siècle jusque vers 1880, ne se manifestent pas dâns ces chiffres; il semble que les paysans voient naître une nouvelle ère de prospérité propre à ruiner toutes les tendances socialistes de l’industrie.
Mais cette prospérité ne repose sur rien de réel, elle ne résulte pas du bien-être des paysans, mais de l’état de détresse où se trouve toute ragriculture tout entière. Elle procède des mêmes causes qui font que des machines déjà introduites dans l'agriculture, et qui y ont fait leurs preuves, sont abandonnées, que des formes féodales du contrat de travail renaissent, que des terres de labour deviennent des pâturages, et que des champs cessent d’être cultivés. Le jour où ragriculture arriverait à résoudre, d’une manière satisfaisante, sa question ouvrière , et où elle prendrait par suite un nouvel essor, les tendances jusqu’alors favorables à la moyenne exploitation cesseraient de l’être.
On ne doit non plus espérer que la décadence de l’agriculture ferait disparaître, en se prolongeant, la grande exploitation et l’exploitation naine, et donnerait la suprématie en agriculture à la classe des moyens paysans que Sismondi dépeignait avec tant d’enthousiasme au commencement de ce siècle, et les rendrait capables d’opposer à toute l’évolution sociale un : Tu n’iras pas plus loin.
Si de toutes les classes de la population agricole qui produisent des marchandises, celle des moyens paysans est la moins atteinte par le manque de travailleurs saiariés, c’est elle qui souffre le plus des autres charges qui accablent l’agricullure moyenne. C’est le moyen
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paysan qui est le plus exploité par l’usurier et l'intermédiaire, cest sur lui que pèsent les impôts les plus lourds, c’est pour lui que le service militaire est le plus dur, c’est son sol qui s’appauvrit et s’épuise le plus facilement. Et comme ces exploitations sont parmi les plus irrationnelles de celles qui produisent des marchandises, ce sont elles qui le plus souvent essayent de soutenir la concurrence par un travail excessif et une nourriture insuffisante. Rappelons-nous ce mot qui montre que les petits paysans se trouvent relativement heureux tant qu’ils restent petits paysans. « C’est quand on a un attelage à soi, que la vie devient difficile. »
Leur propriété relativement importante retient encore ces paysans à la glèbe ; eux, mais plus leurs enfants. Comme les salariés et les petits paysans, les enfants des moyens paysans ont commencé à être atteints par l’émigration, et cela d’autant plus qu’ils se familiarisent plus avec l'industrie. C’est d’une des provinces où les paysans se sont maintenus avec toute leur force, c'est du Schleswig-Holstein qu’on fait le rapport suivant : « Les valets, même les fils de paysans, qui jusqu’à leur entrée au régiment travaillaient dans la ferme paternelle, quand ils ont fini leur service militaire et qu’ils n’apprennent pas de métier, ne retournent pas pour longtemps à la campagne ; ils vont à la ville, parce que la vie à la campagne n’est plus de leur goût (1).
Mais plus tôt les enfants du moyen paysan se lassent d’être ses ouvriers les plus mal traités et les plus mal payés, plus ils tâchent de se soustraire à la barbarie paysanne, et plus les familles des moyens paysans diminuent, moins elles suffisent aux exigences les plus strictes de l’exploitation, plus grand devient le rôle que sont appelés à jouer les salariés aussi dans les exploitations paysannes, et plus la question ouvrière passe à l’ordre du
(1) Vevhiiltnisse der Landarbeiter , II, p. 426.