III. — l’agriculture sous la féodalité
C’est ce dont témoignent encore les douze articles des paysans de 1525. Nous lisons dans le quatrième : « En quatrième lieu, jusqu’ici l’usage défendit atout homme pauvre de prendre du gibier, ou du poisson dans l'eau courante, ce qui ne nous paraît nullement convenable et nullement fraternel, et ce qui ne nous semble pas conforme à la parole de Dieu. En outre dans quelques lieux l’autorité publique favorise le gibier malgré nous et pour notre grand dommage, parce que nous devons souffrir que nos récoltes que Dieu a fait croître pour l’utilité des hommes, soient inutilement mangées par des bêtes sans raison, et parce que nous devons assister à cela silencieusement, ce qui est contre Dieu et contre le prochain. »
Mais dans les siècles suivants cela devint bien pire encore. Seule la Révolution française mit fin en France à cette situation. Mais en Allemagne, cent ans après la Révolution française, des hobereaux prussiens pouvaient encore oser, au Reichstag, formuler cette revendication, que le paysan fût obligé à engraisser leurs lièvres de ses choux, sans que cette revendication rencontrât seulement une résistance sérieuse.
Si là où s’était formé un marché pour le bois, il était facile et assez simple de transformer la forêt en une propriété privée, administrée selon des principes capitalistes, bien qu’encore sous des formes féodales, il n’était guère moins facile et moins simple, là où s’était formé un grand marché pour un produit de l’exploitation des pâtuturage (la laine en particulier) et où le sol et le climat permettaient cette exploitation, de passer à l’exploitation capitaliste des pâturages, qui, aussi bien que la silviculture, ne réclame ni un prolétariat salarié étendu ni de grands placements de capitaux, et dont l’économie est extrêmement simple. Ainsique l’exploitation capitaliste des forêts, la forme extensive de l’exploitation capitaliste des pâturages ne réclame guère que la propriété
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privée de vastes étendues de pâturages, et les seigneurs fonciers se sont donné grand’peine pour créer cela, là où les circonstances mentionnées plus haut les y poussèrent, au xv° et au xvie siècle en Angleterre et en Espagne, plus tard dans mainte contrée de l’Allemagne du Nord offrant des conditions favorables à l’élève des bêtes ovines. La forme la plus douce fut la monopolisation par le seigneur du droit de bergerie, ùu droit de mener des brebis sur le pâturage commun. Les plaintes sur ce point ne commencent en Allemagne qu’après la guerre des paysans. Mais souvent le profit de l’élève des moutons poussa les seigneurs à transformer le pâturage commun en propriété privée, parfois aussi à supprimer des biens de paysans afin de transformer la terre arable en pâturage.
Là où se forma un marché pour les produits de la culture du sol, les seigneurs féodaux voulurent produire aussi ces produits dans leurs propres domaines. Cela était assurément moins simple que l’exploitation des forêts et fies pâturages. 11 y fallait moins de terres supplémentaires, mais il y fallait au contraire plus de bras supplémentaires, et certains capitaux.
Au moyen âge chaque seigneur ne cultivait dans la règle, soit directement, soit par l’intermédiaire d’un intendant, qu’une partie de ses terres. Le reste de son domaine, il l’avait livré à des censiers qui devaient en partie lui fournir des prestations en nature, en partie effectuer des corvées dans sa propre exploitation, dans le domaine seigneurial. Nous avons vu comment l’apparition du marché urbain pour les denrées de première nécessité développa d’une part la possibilité, d’autre part le désir de transformer ces prestations en prestations en argent. Mais cette tendance, là où le domaine seigneurial commence à produire aussi pour la vente, est croisée par une autre: le travail salarié est encore peu développé, l’agriculture du domaine seigneurial doit recou-