X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
tous 'les pays de l’Europe occidentale. Les chemins de fer produisirent une augmentation rapide du nombre des propriétaires fonciers bénéficiant de la hausse de la rente. Ils ont prodigieusement accru la masse de la rente foncière qui revenait aux propriétaires d'exploitations éloignées des villes.
Mais les chemins de fer qui ont été construits dans des pays arriérés au point de vue économique exercent une tout autre action. Eux aussi ont à peine amené une surproduction de vivres. Dans la mesure où ils ont augmenté l’approvisionnement de vivres, ils ont développé le marché urbain, ils ont contribué au développement de la population industrielle qui n’aurait pas pu croître aussi vite sans l’importation en Europe des denrées alimentaires d’Outre-Mer. Ce n’est pas la quantité des denrées importées qui peut être menaçante pour l’agriculture européenne, mais les conditions de leur production. Elles n’avaient pas à supporter les charges qu’impose à l’agriculture le mode de production capitaliste ; en figurant sur le marché, elles rendaient impossible à l’agriculture européenne de rejeter sur la masse des consommateurs les charges que faisaient peser sur elle, en les augmentant rapidement, la propriété privée du sol et la production marchande d’ordre capitaliste. Elle est forcée de les supporter ellemême, et c’est en cela que consiste aujourd’hui la crise agraire.
c) Les domaines de la concurrence des denrées alimentaires .
On peut diviser en deux grandes catégories les pays dont l’ agriculture produit à plus petits frais que l’agriculture européenne : les domaines du despotisme oriental, et les libres colonies ou anciennes colonies, en spé-
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cifiant qu’on peut mettre au nombre des premiers des pays comme la Russie. Mais précisément au point de vue de la population rurale c’est encore, dans l’ensemble, tout à fait légitime.
Dans les premiers de ces pays, la population agricole est complètement abandonnée à l’arbitraire de l’Etat et des classes dirigeantes. Le capitalisme n’y a pas encore créé de vie politique nationale ; la nation y est encore, du moins à la campagne, un agrégat de communautés rurales, qui vivent chacune pour soi, et dont l’isolement est tel qu’elles ne peuvent résister à la puissance de l’Etat centralisé. Mais tant que cette dernière ne pénètre pas dans le domaine de la production marchande simple, la situation du paysan dans un tel Etat n’est pas en général trop mauvaise. Personnellement, il a peu de rapports avec l’autorité publique. La commune organisée démocratiquement le protège et le représente devant l’Etat, et l’autorité a peu de moyens de pressurer outre mesure la commune et s’y trouve peu disposée, puisqu’elle ne peut pas employer tous les produits naturels que lui fournit l’impôt. Les cruautés et les exactions du despotisme oriental se manifestent plutôt dans les villes, à l’égard des courtisans, des grands fonctionnaires, des riches marchands, que dans les campagnes.
Mais cela change complètement, quand l’autorité publique entre en rapport d’une façon quelconque avec le capitalisme européen. La civilisation européenne fait son entrée dans un pays sous la forme du militarisme, du bureaucratisme et de la dette d’Etat, et augmente subitement, en même temps que les besoins d’argent de l’Etat, sa force vis-à-vis des communautés rurales. Les impôts deviennent des impôts en argent, ou plutôt les minimes impôts en argent qui pouvaient exister déjà montent à des hauteurs exorbitantes. C’est l’agriculture qui constitue la branche de production la plus importante