X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
de ces Etats, c'est sur elle que pèsent presque toutes les charges des impôts, d’autant plus que la population agricole est incapable de résistance. C’en est fait de son bienêtre. Elle doit grappiller sur ses propres forces, et sur les ressources du sol, pour lui arracher tout ce qu'on peut lui arracher. C’en est fait du loisir, du temps consacré à des travaux d’un caractère artistique. Les belles sculptures sur bois et les belles broderies des paysans de la Russie méridionale ne sont plus qu’un souvenir; souvenir aussi l’abondance de jadis. On récolte beaucoup plus qu’autrefois ; on ne laisse pas le sol se reposer. Cependant tout ce qui n’est pas absolument indispensable aux besoins les plus stricts de la vie va au marché. Mais où trouver des acheteurs dans un pays dont presque tous les habitants sont des paysans qui veulent vendre des vivres et n’ont pas besoin d’en acheter? L’exportation des denrées alimentaires devient dès lors une question vitale ; la construction de chemins de fer allant de l’intérieur aux ports ou aux frontières est une nécessité pour le gouvernement, s’il veut percevoir les impôts en argent des paysans.
On peut à peine parler de la fixation des prix de ces vivres d’après les frais de production. Ils n’ont pas été produits d’une manière capitaliste, et ils sont vendus sous la pression de l’Etat, et de l’usurier, qu’attire la rentrée des impôts en argent. Plus les impôts et les intérêts usuraires sont élevés, plus la misère et la sujétion du paysan endetté est grande, et plus la nécessité s’impose à lui de se défaire de ses produits à n’importe quel prix, plus grande est la somme de travail qu’il doit fournir gratuitement au créancier, riche paysan, aubergiste ou propriétaire, pour éteindre sa dette, plus est grande la quantité de produits qu’il porte au marché, d’autant moindre sera le prix qu’il en tirera, d’autant meilleur marché seront les produits fournis par les terres de ses créanciers. Les charges croissantes que les impôts et
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l’usure foui peser sur les paysans ne renchérissent pas ses produits, au contraire, elles en font baisser le prix; elles abaissent jusqu’à sa dernière limite la rente foncière et les salaires des petits paysans, si l’on peut parler de rente foncière et de salaires des petits paysans.
Etant donnée une semblable concurrence il n’y a pas de prospérité possible pour une agriculture qui produit d’une manière capitaliste, et qui a à compter avec un standard of life donné de la populationagricole,avec des salaires donnés et des rentes foncières déterminées par le prix du sol et les dettes hypothécaires, qui n’use pas de l’exploitation par grapillage mais qui maintient la fertilité du sol et qui ne dispose que d’un nombre insuffisant de bras.
La concurrence des colonies, de l’Amérique et de l’Australie est tout autre que celle des pays de despotisme oriental, tels que la Russie, là Turquie et l’Inde, qui ont pris contact avec le capitalisme européen.- Nous trouvons là-bas une puissante démocratie de paysans libres, qui se tient à l’écart des querelles internationales, ignore le militarisme, et n’est pas écrasée d’impôts. D’immenses étendues de pays fertiles se trouvent là sans propriétaires, car leurs premiers possesseurs, quelques indigènes, ont été exterminés, ou refoulés dans quelques coins de terre. Il n’y a point encore là-bas de particuliers qui monopolisent le sol, il n’y a point de rente foncière, le sol n’a pas de prix. L’agriculteur n’a pas besoin, comme en Europe, de consacrer la plus grande partie de son capital à l’achat du sol ; il peut l’employer tout entier à l’exploitation de ses terres ; il peut donc, avec le meme capital et la même étendue de terrain, réaliser une culture beaucoup plus parfaite aux colonies qu’en Europe. Il le peut d’autant plus facilement que le colon, quand il vient d’Europe, trouve une situation tout à fait nouvelle, à laquelle il doit s’adapter, et où les traditions et les préjugés du passé, qui pèsent si lourdement