‹ La question agraireChapitre 135 sur 189 · X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D'OUTRE-MER, ETC · texte numérisé non relu

X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D'OUTRE-MER, ETC

par l’agriculture a diminué encore plus ; dans le même temps elle a passé de 46 385 632 acres à 42 338 024, c’està-dire qu'elle a perdu plus de 4 millions d’acres.

L’appétit qui porte les colons américains vers des terresnouvelles, étant donné cet épuisement rapide du sol, doit être encore plus grand que celui des anciens Germains ; et si l’Allemagne a été la vagina gentium, la mère toujours féconde du nombre incalculable de peuples qui, pendant les siècles des invasions, se sont portés jusqu’en Afrique, l’Est de l’Amérique est aussi devenu une vagina gentium , le point de départ des colons qui, dans le cours de quelques dizaines d’années, ont rempli le continent jusqu’au rivage de l’Océan Pacifique.

Cette marche en avant fut favorisée par la forte immigration des Européens. Car la perspective de pouvoir faire de la culture sur un sol fertile sans aucune des charges de la civilisation capitaliste : rente foncière, militarisme, impôts, était trop séduisante pour ne pas engager des troupes immenses d’agriculteurs à quitter la glèbe paternelle à laquelle nos poètes et nos politiques les croient si indissolublement attachés, pour chercher une nouvelle eyistence au delà de l'Océan.

Aujourd’hui, tout le sol fertile aux Etats-Unis est devenu propriété privée. L’accroissement du nombre des fermes se fait de plus en plus lentement. De 1870 à 1880 elles ont augmenté de 1348 922, c’est-à-dire de 51 0/0 ; de 1880 à 1890, seulement de 355 734, C'est-à-dire de 140/0. Le sol n’est plus libre, il produit une rente foncière, et il a un prix. En même temps commencent les charges de l'agriculture, en particulier celles de la propriété privée sous le régime capitaliste. Le paysan américain doit aujourd’hui acheter une terre, diminuer son capital d'exploitation du prix d’achat, exploiter une plus petite terre que celle qu’il aurait eue auparavant ou faire des dettes; ou bien il doit prendre à ferme une propriété.

Mais en même temps on exige de plus en plus de l’agri-

372 l’agriculture dans la société capitaliste

culteur. Le sol est épuisé, et on ne peut pas s’en procurer d’autre pour rien. La fumaison, l’assolement, l’élève de bétail deviennent nécessaires, mais tout cela exige plus d’ouvriers et plus d’argent. Depuis 1880, le cens a fait le relevé des prix du fumier artificiel employé dans les années précédentes ; il s’élevait en 1880 à 28 000 000 dollars, en 1890 à 38500 000 dollars. C’est là une nouvelle cause d’endettement et d’amoindrissement des propriétés.

Le système du fermage et l’endettement commencent à s’enraciner et à s’étendre : en 1880,25,56 0/0 des propriétés aux Etats-Unis, en 1890, 28,37 0/0 étaient affermées (Cf. p. 128). On fit en 1890, pour la première fois, l’évaluation de la dette des fermes dans l’ensemble de l’Union. Sur les fermes non affermées mais exploitées parleurs propriétaires, en 1890, 28,22 0/0 étaient endettées, la plupart d’entre elles se trouvaient dans les Etats où le capitalisme était développé. Sur les 886 957 fermes endettées, 177 508 se trouvaient dans les Etats nord-atlantiques (34,22 0/Odes fermes se trouvant là-bas), 618 429 (42,52 0/0) dans les Etats du Centre^Nord ; par contre seulement, 31 751 (23,09 0/0), dans les Etats de l’Ouest ; 31 080 (7,43 0/0), dans les Etats sud-atlantiques ; 28 189 (4,59 0/0) dans les Etats du Centre-Sud. L’endettement fut évalué à 1086 millions de dollars, 35,55 0/0 de la valeur des propriétés. Dans 88 0/0 des fermes endettées, l’endettement était causé par des acquisitions, des améliorations, rachat de machines et de bétail, etc.

Cette situation doitaussi tarir le courant de l’émigration, en meme temps que, par suite du passage de la culture extensive à la culture intensive, on a besoin d’un plus grand nombre de travailleurs.

En 1882 l’immigration atteignit aux Etat-Unis son chiffre maximum avec un nombre de 788 992 immigrants. Depuis, ce nombre a baissé constamment ; il n’était plus en 1895 que de 279948. 1/émigration allemande, qui comp-

Page 1