X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER. ETC
tait encore, en 1881, 220 902 individus, est tombée, en 1897, à 24,631.
En même temps l'industrie et le commerce se développent rapidement et absorbent une partie de plus en plus grande de la population. Le nombre des individus employés dans l’industrie a augmenté, de 1880 à 1890, de 49,1 0/0, celui des individus employés dans le commerce, de 78,2 0/0, dans l’agriculture (plus les mines), seulement de 12,6 0/0.
Le temps est donc proche ou l’agriculture américaine va manquer de bras. Le développement de l’industrie ne lui enlève pas seulement directement ses ouvriers, mais il encourage encore le militarisme. Elle devient une. industrie d’exportation qui veut conquérir le monde et entre en conflit avec les nations rivales. L’organisation militaire impose de plus grandes charges, la dette de l’Etat augmente, les impôts deviennent plus lourds, l’essor de l’industrie entraîne des crises qui ébranlent tout le pays ; le chômage prend des proportions menaçantes, les luttes de classes deviennent de plus en plus vives, les classes dominantes sont obligées de recourir à des moyens de plus en plus violents pour réprimer ou prévenir des agitations dangereuses. Gela aussi favorise le militarisme. Ajoutons que l’Etat devient de plus en plus la proie de la haute finance, qui, par ses monopoles, met la population au pillage.
Tout cela a pour résultat un accroissement des charges de l’agriculture des Etats-Unis, qui la rend moins apte à lutter sur le marché du monde.
La concurrence de la Russie d’Europe et des Indes perdra aussi de son acuité ; avec le temps, là-bas plus vite encore qu’aux Etats-Unis, l’exploitation par grapillage amènera la banqueroute de la méthode'd’agriculture dominante, puisqu’il y a moins de sol en réserve, que le sol, cultivé depuis longtemps, est déjà plus épuisé, et que les moyens de la transformer deviennent d’autant plus
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défectueux que le paysan devient plus pauvre, et que l’usurier etle collecteur d’impôts lui prennent davantage son bétail. Le résultat final, c’est la famine chronique, avec des aggravations périodiques.
L’exportation pourra malgré cela augmenter encore un certain temps, surtout à la suite des constructions incessantes de lignes de chemin de fer, qui ouvrent au commerce des régions nouvelles encore riches ; mais finalement cette culture aura pour résultat ou bien une complète stérilité du sol, ou le passage à l’exploitation capitaliste de grands propriétaires fonciers et de grands paysans, exploitation à laquelle la Russie semble déjà en bien des endroits tout à fait prédisposée.
La prolétarisation delà population agricole, qui jette sur le marché des masses d’ouvriers travaillant à bas prix et de grandes étendues de pays à vendre, et concurremment la naissance d’une classe nombreuse d’usuriers campagnards qui entassent des capitaux, créent toutes les conditions indispensables à la production capitaliste. Avec cela les conditions delà production en Russie deviennent de plus en plus analogues à celles de ^Europe, et sa concurrence produit de moins en moins une baisse des prix.
Mais grande est l’erreur de ceux qui en concluent qu’on triomphera bientôt de la crise agraire.
Le procès qui l’a provoquée se poursuit sans interruption et ouvre toujours de nouvelles régions, soit dans les colonies, soit dans les pays de despotisme oriental, au mode de production capitaliste. Au Canada, en Australie, dans l’Amérique du Sud, on peut encore trouver des terres non colonisées. Le Dr Rudolf Meyer écrivait en 1894 : « Dans « l’Economist » de Londres, du 9 septembre 1893, se trouve un extrait du rapport du consul anglais de la République Argentine, qui dit entre autres choses que pendant l'année courante 12 millions 1/2 d’acres seulement (5 millions d’hectares) sont cultivés, mais qu’il y a 240 millions d’acres, c’est-à-dire 96 millions