‹ La question agraireChapitre 137 sur 189 · X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC · texte numérisé non relu

X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

d’hectares cultivables. On peut ajouter que de très grandes surfaces dans les autres Etats de la Plata, dans le Venezuela et dans différentes parties du Brésil, présentent les mêmes conditions de culture, si bien qu’on peut évaluer dans l’Amérique du sud les surfaces cultivables où le blé peut réussir à 200 millions d’hectares. »

« On se rendra compte de l’importance de ce fait en observant qu’aux Etats-Unis environ 56 millions d'hectares, en Autriche-Hongrie 13, en Grande-Bretagne et en Irlande 4, en Allemagne 14, en France 15, soit un total de 102 millions d'hectares, ont été consacrés dans ces dernières années à la culture du blé, du seigle, de l’orge et de l’avoine (1). »

Le rapport final delà commission parlementaire agraire <L’ Angleterre (1897) s’exprime d’une façon analogue. La .Sibérie avec ses 100 millions d’hectares de sol à céréales sera ouverte au marché du monde par un chemin de fer; du nord, du sud, de l’est et de l'ouest, les chemins de fer se dirigent rapidement vers l’Afrique Centrale, et très prochainement sans doute, grâce aux chemins de fer, la Chine sera ouverte au commerce international. Dans ce dernier pays on S’attend toutefois plutôt à une augmentation de l’importation que de l’exportation des denrées alimentaires ; mais la vie économique de la Chine a trop d’affinités avec celle de l’Inde pour que nous n’attendions pas de la construction des chemins de fer les mêmes résultats dans ces deux contrées: la ruine de l’industrie à domicile, un rapide endettement des paysans, une lente éclosion des industries capitalistes, mais en outre, avec une aggravation de la famine et de la misère, l’augmentation de l’exportation des produits agricoles. Les Indes où la famine sévit constamment exportent généralement du blé et du riz,’ environ 20 millions de quintaux de blé et de 20 à 30 millions de quintaux de riz.

<1) Ber Kapitalismus fin de siècle, p. 469.

Il en est de meme en Russie. D’après les calculs les plus récents, les paysans y produisent annuellement environ 1387 millions de poudes de céréales (déduction faite des semailles). Il leur faudrait pour leur nourriture 1286 millions de poudes de seigle, et 477 millions pour le bétail. Il y aurait donc un déficit de 376 millions de poudes, que les paysans devraient acheter, s’ils voulaient, se nourrir convenablement, et bien nourrir leur bétail. Au lieu de cela, c’est un fait connu qu’ils vendent encore des céréales. Ils ont en effet les impôts et leurs dettes à payer, et ils n’ont rien d’autre à vendre. Ce sonl probablement les memes causes qui forceront les paysans chinois à vendre du blé et du riz, quelque besoin qu’ils en aient eux-mêmes.

Certes, tous les pays ne sont pas propres à la production du blé. Mais il n’est pas non plus absolument nécessaire de se nourrir de farine de blé. On a déjà fait des tentatives pour remplacer le blé et le seigle par d’autres céréales, telles que le maïs, le riz, le millet; les tentatives ne réussiront guère tant que l’importation de blé augmentera, tant que le besoin de le remplacer ne se fera pas sentir. Mais s’il devait arriver un jour que (out le sol propre au blé et au seigle’ soit cultivé, et que le prix de ces céréales ne cesse pas d’augmenter, l’esprit des inventeurs s’appliquerait immédiatement à les remplacer par des produits équivalents provenant des régions tropicales, et alors l’Amérique centrale, le nord du Brésil, de grandes régions de l’Afrique et des Indes, les îles de la Sonde qui ne sont pas propres à la culture du blé entreraient à leur tour en concurrence avec les producteurs européens de céréales.

Naturellement cette concurrence devra aussi finir un jour, perdre son caractère ruineux. La surface de la terre est limitée et le mode de production capitaliste s’étend avec une rapidité vertigineuse. Par suite, la crise agraire prendra fin un jour en tant qu’elle résulte de la concur-

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