‹ La question agraireChapitre 138 sur 189 · X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE MER, ETC · texte numérisé non relu

X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE MER, ETC

rencé de pays agricoles arriérés avec des pays d'industrie très avancés. Mais lorsque cette concurrence cessera, le mode de production capitaliste aura perdu toute possibilité de s'étendre davantage.. Cette extension continuelle est son principe vital car la révolution de la technique et raccumulation du capital progressent d'une manière continue, la production devient de plus en plus production de grandes masses, tandis que la part que les masses reçoivent de ces produits va toujours en diminuant. La crise agraire ne peut donc finir que dans une crise générale de toute la société capitaliste. Qu’on approche ou qu’on éloigne ce terme, ce qui est certain c’est que la crise agraire ne peut plus cesser dans la société capitaliste. Si les charges du capitalisme, qui jusqu’à présent n’écrasaient que l’agriculture de l’Europe occidentale, ont commencé aujourd’hui à écraser ses concurrents aux Etats-Unis et en Russie, etc., cela ne prouve nullement que la crise agraire approche de sa fin dans l’Europe occidentale, mais plutôt qu’elle étend de plus en plus son domaine. Depuis vingt ans, des économistes optimistes, surtout des libéraux, nous prophétisent la fin prochaine de la crise agraire ; depuis vingt ans elle s’aggrave et s’étend d’année en année. Nous ne devons pas voir là un phénomène passager, mais un phénomène constant, un phénomène qui révolutionne toute la vie économique et politique.

Il faut que nous renoncions ici à rechercher comment cette crise agraire réagit sur l’industrie. Remarquons seulement que son développement a été favorisé essentiellement par l’industrie. Les temps sont passés où s'appliquait ce proverbe : « Quand le paysan a de l'argent, tout le monde en a. » Notre tâche est simplement ici d’examiner les transformations de l’agriculture que la concurrence des denrées alimentaires des autres continents a en partie provoquées, en partie favorisées.

l’agriculture dans la société capitaliste

cl) La régression de la 'production des céréales .

Le premier moyen et le plus simple, pour les propriétaires fonciers et les agriculteurs, consistait à faire appel au concours de l’Etat, à se soulever contre le « triste manchestérianisme ». C’est-à-dire que, la propriété foncière d’Europe ayant perdu le pouvoir économique de rejeter sur la masse de la population le poids des charges déterminées par les conditions de la production capitaliste, la puissance politique devait y pourvoir par l’établissement de droits sur les céréales, par la diminution de la valeur du numéraire (bimétallisme), parles primes en argent et autres mesures du meme genre.

11 serait superflu de discuter encore une fois la justification théorique de. ces mesures, qui ont été discutées si souvent que l’on peut considérer comme universellement connus les divers points de vue auxquels on peut se placer pour envisager la question, et qu’il serait difficile de rien dire de nouveau. Cette discussion est d’autant plus superflue que les agrariens eux-mêmes commencent à comprendre que ces « petits moyens » ne les mènent pas loin. Leurs efforts pour introduire un renchérissement artificiel des subsistances se heurtent dans tous les pays civilisés à l’énergique résistance de la classe ouvrière, qui serait atteinte en première ligne. Jusqu’ici les droits de douane n’ont nullement servi à l’agriculture. Mais si des circonstances devaient un jour se produire, qui les mettraient à même d’avoir une action réelle et de faire hausser le prix des céréales, ils amèneraient pour la grande majorité de la population une situation si insupportable, qu’ils devraient céder devant son indignation. La mauvaise récolte de 1891 détermina en France un abaissement immédiat des droits sur les céréales (de juillet 1891 à juillet 1892) ; elle détermina aussi en Allemagne, non pas immédiatement il est

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