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X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

vrai, une réduction des droits, et une réduction permanente.

En Angleterre, il n’est pas un homme politique sérieux qui oserait prendre la parole pour demander un renchérissement artificiel des subsistances. La classe ouvrière y est trop puissante. Mais la concurrence avec l’Angleterre libre-échangiste ne permet pas non plus aux autres Etats industriels de hausser démesurément leurs taxes. La persistance de l’Angleterre à laisser libre l’importation des subsistances force les capitalistes du continent à se joindre aux ouvriers pour résister à toute tentative de porter les taxes douanières à une telle hauteur, qu’elles puissent paralyser rinfluence de la concurrence des denrées étrangères.

Si les droits protecteurs des produits agricoles, en Europe, n'atteignent pas une hauteur énorme, nous le devons en première ligne à la puissance des ouvriers anglais.

Que d'ailleurs, si une politique de protection agraire énergique était possible, ses résultats ne serviraient pas à l’agriculture, mais seulement à la propriété foncière, cest-à-dire que, en maintenant haut la rente foncière, ils maintiendraient haut le prix du sol, et prolongeraient ainsi la durée des charges qui pèsent sur l’agriculture ; c’est ce qui, après ce que nous avons exposé dans le chapitre précédent, n’a pas besoin de preuve particulière.

Les tentatives faites pour protéger l'agriculture européenne contre la concurrence étrangère par des droits de douane et autres « petits moyens » ne présentent aucune espèce de chance de succès ; elles ont ce seul résultat de ralentir l’adaptation de l’agriculture aux conditions nouvelles.

Toutefois cette adaptation se produit manifestement.

Un des principaux avantages delà concurrence d’outremer se trouve dans la surabondance de terres qui lui permet de ne cultiver que les meilleures, les mieux appropriées à l’agriculture.

380 l’agriculture dans la société capitaliste

Il en est autrement en Europe. Du temps où chaque exploitation rurale se suffisait, elle devait produire tout ce dont elle avait besoin, que le sol fût bon pour telle ou telle culture, ou non. Même sur des terrains stériles, pierreux, fortement inclinés, on cultivait des céréales. Le remplacement de la production pour l’usage personnel par la production de marchandises ne changea tout d’abord pas beaucoup à cela ; au contraire, l’accroissement du besoin de céréales par suite du rapide accroissement de la population rendit nécessaire la culture de terrains toujours plus inféconds.

Cela change aussitôt qu’arrive la concurrence d’outremer. La nécessité cesse d’étendre la culture des céréales à des terrains qui n’y sont pas appropriés, et, là où les circonstances sont favorables au changement, cette culture y est abandonnée et remplacée par d’autres genres de production agricole.

Cette tendance est renforcée encore par les circonstances suivantes. La concurrence d’outre-mer se produit d’abord, et de la manière la plus frappante, sur le marché des céréales. La culture des céréales est beaucoup plus simple et nécessite moins de travaux préparatoires et d’hommes, que par exemple l’élevage intensif, la culture des pommes de terre, raves, choux et autres légumes, la pomiculture. Les céréales sont aussi, parmi les denrées alimentaires, une des espèces de marchandises qui ont la plus grande valeur spécifique proportionnellement au poids et au volume. C’est ce qui apparaît dans un tableau de Settegast, mentionné plus haut, d’après lequel, pour un poids d’un quintal et une distance d’un mille, les frais de transport, comptés par rapport à la valeur de la marchandise, sont les suivants :

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