X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
Désignation des marchandises
Prix du marché par
quintal
Pfennigs
Frais de transport par grand chemin à 15 pfennigs par qmnlal et par mille
Frais de transport par voie ferrée à 2,5 pfennigs par quintal et par mille
Herbage ......
Betterave .
Paille .......
Pommes de terre . . .
Foiti .
Lait, fruits frais . . .
Froment .
Animaux vivants . . .
Le froment se trouve donc tout au premier rang. Les frais de transport des animaux vivants n’ont pas été diminués par l’emploi de la voie ferrée. La rapidité de leur transport s’est, il est vrai, puissamment accrue. Leurs frais de transport sont égaux à ceux du froment. Mais celui-ci supporte sans dommage le transport le plus lent, l’emmagasinage, les déchargements et rechargements, le voyage sur mer, tandis que les animaux vivants souffrent d’un long transport et surtout du voyage sur mer. Les emmagasiner est naturellement impossible. Mais par leur façon de résister à la durée et aux inconvénients du transport, les céréales sont aussi de beaucoup supérieures à la plupart des autres produits de masse de l’agriculture •—viande, lait, fruits, légumes, œufs.
Il est par suite aisé de concevoir que la concurrence étrangère se manifeste tout d’abord dans le domaine de la production des céréales, de sorte que les agriculteurs ‘européens qui ne se voient pas invités par la nature même du sol qu’ils possèdent à ce genre de production, cherchent leur salut dans la production d’autres marchandises, de celles qui viennent d’être mentionnées. Mais ce changement ne dépend pas de leur bon plaisir. Ils ne peuvent l’effectuer que là où ils trouvent un marché pour ces produits. Toutefois l’évolution économique leur est ici très favorable. Nous avons vu comment, par suite
382 l'agriculture dans la société capitaliste
d’un certain nombre de facteurs historiques et physiologiques, la consommation de la viande est devenue dans les villes bien plus importante que dans les campagnes. Comme la population urbaine croît beaucoup plus vite que l’ensemble de la population, la demande de viande doit aussi croître bien plus vite. D’autre part, jusqu’à une époque avancée de ce siècle, la production de lait, légumes, fruits, œufs, etc... pour le marché, resta limitée à quelques domaines voisins des villes. Au village et dans la petite ville de province, tout ménage, ménage de paysans ou non, fait assez d’agriculture pour produire lui-même ces produits en vue de son propre usage. Dans la grande ville, au contraire, cela est impossible. Par suite, aussitôt que les grandes villes commencent à comprendre une portion considérable de la population, la demande de ces produits devient forte, et leur production s’étend maintenant; en vue du marché, au profit de la bourse du paysan, non toujours au profit de sa santé : auparavant la famille du paysan consommait le lait et les œufs que produisait son exploitation; maintenant ils s’en vont au marché et sont remplacés par la décoction de café , X eau-de-vie et les pommes de terre. Même l’accroissement de la nourriture de viande peut avoir une action nuisible s’il est lié à un accroissement de nourriture de pommes de terre et à une diminution de la consommation de lait et de céréales (1). Ce qui n’empèche pas que le statisticien ne nous prouve, par l’accroissement de la consommation de ces « articles de luxe », l’accroissement du bien-être de la population»
Le même développement des moyens de transport qui fait que la culture des céréales cesse d’être lucrative a aussi pour conséquence de permettre en de fortes proportions, dans beaucoup de régions, la production de la viande, du lait, etc... pour la vente, le marché dont ces
(1). Cf Weber, 3e vol. des Verhaeltnisse der Landarbeiter, p. 777,