X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
produits avaient été exclus jusqu’à ce jour leur étant maintenant rendu accessible.
Là ou ces facteurs entrent en action, les tendances favorables à la petite exploitation s’en trouvent renforcées, celles qui sont favorables à la grande exploitation, affaiblies. Etcomme c’est dans le domaine de la production des céréales que la grande exploitation l’emporte le plus sur la petite, c’est elle qui se trouve le plus fortement atteinte par la concurrence d’outre-mer. Les domaines dans lesquels l’agriculteur, évincé du marché des céréales, cherche à se réfugier, sont précisément ceux dans lesquels la petite exploitation peut le plus facilement se défendre encore contre la grande.
Mais on ne doit pas exagérer l’influence de ces facteurs. Ils ne peuvent pas agir en tout lieu. 11 n’existe pas en tout lieu un marché pour le lait, les légumes, la viande, etc. Il faut en outre, par exemple pour un accroissement du nombre des bestiaux, des capitaux supplémentaires et des travailleurs supplémentaires, et tout agriculteur n’est pas en mesure de se procurer ce supplément de capitaux et de travailleurs.
Le pays où les facteurs en question ont agi avec le plus de force et le plus tôt est l’Angleterre, dont le climat est très favorable à l’exploitation des pâturages et dont la population urbaine fut de très bonne heure considérable. Déjà en 1851, dans la Grande-Bretagne, il y avait autant d’hommes dans les villes qu’à la campagne, alors qu’en Prusse, au contraire, en 1849, un peu plus du quart (28 0/0) seulement de la population demeurait dans les villes, et qu’aujourd’hui seulement la population urbaine de l’empire allemand est aussi forte que la population rurale.
En outre en Angleterre règne le système capitaliste des fermes, qui force l’agriculteur à payer ponctuellement son fermage tous les ans, qui le met dans l’impossibilité d’obtenir par l’endettement du sol les moyens
l'agriculture dans la société capitaliste
d’employer plus longtemps une forme d’exploitation qui a cessé d’èjre lucrative, qui force par suite immédiatement les agriculteurs à s’adapter aux conditions nouvelles.
Lors donc que se développa la concurrence des denrées alimentaires d’outre-mer, l’Angleterre fut, du fait de sa situation géographique et de l’activité de son commerce, la première et la plus exposée à cette concurrence. L’excédent (sur l’exportation) de l’importation de froment et de farine de froment en Angleterre s’éleva en moyenne
en 1873/75 à 21 191 005 Quarters = 50,50 °/0 en 1883/85 à 17 944 000 — = 64.20 »
en 1893/95 à 22 896 000 — = 76,92 »
de la quantité totale de froment mise à la disposition de l’Angleterre. Aussi il n’y a plus qu’un quart du froment consommé en Angleterre qui provienne du sol national.
Mais les agriculteurs anglais durent dès le début se rendre compte que les temps des droits sur les céréales étaient passés. L’Angleterre est déjà beaucoup trop démocratique, sa population rurale est trop faible, sa population industrielle trop forte, pour que l’on puisse oser renchérir artificiellement son pain.
L’agriculture se trouvait devant l’alternative suivante : ou une banqueroute prochaine ou une prompte transformation de ses conditions d’exploitation. Dans la majorité des cas ce fut la transformation qui eut lieu. Les landlords durent réduire leurs rentes foncières, — en Irlande sous la pression de la législation, en Angleterre sous la pression d’un puissant état de fermiers. Les fermages ont baissé ces dernières années, dans les meilleures régions, de 20 à 30 0/0, dans les mauvaises de 50 0/0 et plus. Mais en meme temps se sont élevées les dépenses auxquelles le propriétaire doit consentir pour des travaux de construction et d’amélioration. Le rapport, que nous avons déjà plusieurs fois mentionné, de la Commission agraire d’Angleterre, cite plusieurs exemples