X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
Mais d’ici peu de temps la concurrence des denrées d’outre-mer se manifestera aussi dans ces domaines. Dès maintenant elle se fait sentir par endroits, par exemple dans le domaine de la production des fruits, qui est déjà si menacé par l’Amérique que l’on a trouvé nécessaire, en Allemagne, de lui donner pour patron la cochenille de saint Joseph, appelée à tenir son bouclier protecteur sur la pomme allemande.
Mais il se pourrait que le temps de la concurrence vînt aussi pour les légumes frais d’outre-mer. La quantité d’oignons importés en Angleterre s’élevait, de 1876 à 1878, à une moyenne de 1 893 000 boisseaux anglais (1) paran ; il s’élève au contraire, de 1893 à 1895, à 5 232 000. L’Espagne seule importa dans la première période 41 000 boisseaux, dans la seconde au contraire 1300 000. L’essentiel de l’importation provenait en outre de Hollande, de France et d’Egypte.
D’autres légumes frais furent importés en Angleterre, en 1876-78, pour une valeur de 227 000 livres sterlings,en 1893-95 au contraire pour plus de 1 100 000 livres sterlings.
L’Angleterre fait venir des œufs de pays contenus dans une circonférence qui enveloppe l'Italie, la Hongrie et la Russie. Et dans ces dernières années on a fait des tentatives couronnées de succès pour importer du lait frais de Hollande et de Suède.
Les conditions techniques de l’intervention de la concurrence d’outre-mer dans le domaine de la production d’œufs, de légumes, de lait, etc., sont donc réalisées dès aujourd’hui, et les anciens pays d’exportation agricole entreprendront d’autant plus cette œuvre de concurrence que chez eux aussi bien qu’en Europe la production des céréales diminue du fait de l’apparition de nouveaux pays d’exportation: Jusqu’ici l’amélioration des moyens de transport pour ces produits de branches secondaires
(1) Le boisseau anglais contient 36,34 litres.
392 l’agriculture dans la société capitaliste
de l’agriculture n’a porté préjudice qu’aux agriculteurs d’Angleterre ; les agriculteurs des pays non industriels du reste de l’Europe y ont gagné, comme fournisseurs de l’Angleterre. Mais à la fin, dans ce domaine aussi, l’agriculture d’Europe cessera d’exporter et la concurrence d’outre-mer s’étendra, sauf dans les branches de production qui sont trop insignifiantes pour que l’agriculteur d’outre-mer s’en empare. Si cette concurrence a jusqu’ici atteint principalement les domaines de la grande exploitation, elle s’étendra alors aussi aux domaines dans lesquels prédomine la petite exploitation agricole.
A quel point la crise agraire en sera fatalement aggravée, c’est ce qui se.comprend sans plus d’explications.
Cependant l’agriculture européenne possède encore d’autres ressources pour se défendre contre l’ennemi d’outre-mer.
e ) Union de Industrie et de V Agriculture .
Nous avons jusqu’ici considéré principalement l’Angleterre. Pour illustrer le moyen de lutte contre la concurrence d’outre-mer dont nous allons parler maintenant nous prendrons nos exemples non de l’autre côté du canal, — car ce moyen n’a été jusqu’à ce jour, en Angleterre, que peu développé, — mais sur le continent, ou il a trouvé de meilleures conditions d’existence, et surtout dans l’Allemagne même.
Le système du fermage permet de rejeter les charges delà concurrence d’outre-mer tout d’abord surla propriété foncière. Là où le propriétaire foncier et l’agriculteur sont nominalement une seule personne, la fixation du prix du sol par les dettes hypothécaires empêche ce processus. Là les agriculteurs sont forcés, plus vile que dans le système du fermage, à chercher un autre moyen de réduire les frais de production, et ils en trouvent un qui est plus favorisé par le système de l’exploitation personnelle du