X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
Mais si certains y voient une étape sur la voie du socialisme clans le domaine de l’agriculture — on voit volontiers l’autre étape dans les restes des allmends et pâturages communs du Moyen Age — et si d’autres y voient le moyen de maintenir une classe de paysans indépendants, vigoureux, nous ne pouvons donner notre assentiment ni à ceux-ci, ni à ceux-là.
La caractéristique du socialisme moderne est la possession des moyens de production par la classe ouvrière, par suite dans une communauté socialiste parla collectivité. Une société coopérative de production, pour pouvoir être considérée comme une étape sur la route qui conduit à cel état, doit être une société de producteurs revêtus en même temps de la qualité de propriétaires des moyens de production. Une des objections les plus graves que l’on puisse faire à l’opinion selon laquelle les coopératives ouvrières de production qui existent aujourd’hui seraient des étapes vers le socialisme, consiste dans ce fait que, dans la société capitaliste, dans une coopérative de production florissante le moment arrive, tôt ou tard, où les coopérateurs commencent à employer des ouvriers salariés, des prolétaires qui n’ont aucune part à la propriété des moyens de production et qui sont exploités par les coopérateurs ; que par suite toute coopérative de production, dans la société moderne, développe la tendance, lorsqu’elle est prospère, c’est-à-dire lorsqu’elle s’étend, à devenir une entreprise capitaliste.
Ce qui, dans les coopératives de production fondées par des ouvriers salariés, n’est au commencement qu’une pure tendance, est, dans les coopératives de production des agriculteurs quisontici en question, une base donnée dès le début. Les ouvriers d’une fabrique de sucre, distillerie, laiterie, fabrique de conserves, meunerie coopérative, ne sont pas les coopérateurs, mais les ouvriers salariés, employés et exploités par eux. L’avantage que les agriculteurs tirent des coopératives consiste, indé-
l’agriculture dans la société capitaliste
pendamment des économies faites sur les frais de transport et de commerce, dans rencaissement du profit du capital . La coopérative de production agricole de ce genre — et il n’y en a pas d’autres jusqu’ici — est une étape vers le capitalisme et non vers le socialisme.
Que penser d’elle maintenant comme moyen de salut pour les petits paysans ? 11 faut tout d’abord remarquer qu’elle est, a, priori , inaccessible au propriétaire d’un petit lopin de terre, au paysan prolétarien, à celui qui a le plus besoin d’aide. Car une exploitation industrielle réclame de l’argent, et c’est précisément ce qui lui fait défaut. Mais ordinairement il ne sera pas non plus en situation de produire pour l’exploitation la qualité nécessaire des matières premières. C’est pour la classe moyenne que la coopérative de production peut être précieuse.
Mais ici encore la grande exploitation aura sur la petite des avantages considérables. Legrand propriétaire foncier, lorsqu’il a l’argent nécessaire, ne trouve pas d’obstacle à l’établissement d’une exploitation industrielle avantageuse ; que de difficultés ne présente pas au contraire la formation d’une coopérative î Chez le grand propriétaire foncier, l’adaptation de l’exploitation agricole aux besoins de l’exploitation industrielle va de soi; combien difficile il est, au contraire, d’amener les petils agriculteurs à livrer avec régularité des produits bruts uniformes.
La grande exploitation dans l’agriculture est celle qui convient le mieux aux besoins de la grande industrie agricole. Souvent celle-ci se crée une grande exploitation de ce genre, lorsqu’elle n’en a pas une à sa disposition. La fabrication du sucre, cet exemple classique de grande industrie agricole, a largement contribué au développement de la grande exploitation dans l’agriculture; d’autre part, Paasclie indique qu’une des raisons qui empêchent le développement de l’industrie du sucre dans l’Aile-