‹ La question agraireChapitre 15 sur 189 · III. — l’agriculture sous la féodalité · texte numérisé non relu

III. — l’agriculture sous la féodalité

sition physiologique universellement reconnue, que l’homme dans un pays froid a un plus grand besoin de carbone, c'est-à-dire de viande, que dans un pays chaud.

Mais cette différence n’est pas si grande qu’on l’admet habituellement. Même dans la zone polaire, l’homme cherche une nourriture végétale. « Indépendamment du poisson et de la viande, raconte Nordenskjœld, les Tchouktchis consomment une prodigieuse quantité de lé gumes et autres aliments de nature végétale ... Les auteurs qui représentent les Tchouktchis comme une population qui ne vit que de substances animales commettent donc une grave erreur. Les Tchouktchis me semblent être au contraire en certains temps de l’année plus végétariens qu’aucun autre peuple que je connaisse (1). » D’autre part, il n’est pas exact non plus que sous les tropiques « l’alimentation habituelle soit faite presque uniquement de fruits, de riz et autres substances végétales», comme le pense Buckle (p. 54), et le végétarianisme exclusif y est une exception. « Que l’on ait moins besoin de viande en Afrique, cela est une fable », dit Buchner (2), et les faits confirment son observation. Dans toute l’Afrique la nourriture animale est très recherchée. Particulièrement appétissante doit être la nourriture des nègres du Bongo, dont Schweinfurth raconte que, le chien et l’homme exceptés, ils ne dédaignent aucune substance animale, même pas les rats, les serpents, les pérénoptères, les hyènes, scorpions, fourmis et chenilles. Et de même on rapporte des Indiens de la Guyane anglaise, qui vivent sous l’équateur, que « le gibier et le poisson forment leur nourriture principale , bien qu’ils ne dédaignent pas non plus les rats, les singes, les caïmans, grenouilles, vers, chenilles, fourmis, larves et scarabées (3) ».

(1) Die Umseglung Asiens und Europas auf der VegaJI, 108, sqq,

(2) Kamerun, p. 153, cf. aussi p. 116.

(3) Appun chez Poschel, Volkerkunde, p. 163.

Bien loin de se nourrir seulement de fruits et de légumes, beaucoup de populations qui vivent sous les tropiques ont même fait entrer dans leur alimentation la chair humaine. Oui, il semble que le cannibalisme appartienne plus particulièrement aux tropiques.

Ce n’est qu’à un très haut degré de civilisation que l’homme parvient à dominer la nature au point de pouvoir choisir librement sa nourriture conformément à ses besoins. Plus bas est son niveau, et plus il doit se contenter de ce qu’il trouve, plus il doit, au lieu d'adapter sa nourriture à ses désirs, s’adapter lui-même à la nourriture dont il dispose. Si l’esquimau vit surtout de viande et d'huile de poisson, c’est moins 'parce que le climat lui prescrit cette nourriture, que parce qu’il n’en trouve pas d’autre. Il ne pourrait pas vivre de fruits pour cette simple raison qu’il n’y en a pas assez dans le Groenland. Que l’alimentation exclusivement animale n’ait pas été choisie par lui pour des raisons physiologiques, c'est ce que prouve le prix qu’il attache aux rares végétaux qui lui sont accessibles. Les esquimaux du sud réunissent en été quelques baies; ceux qui habitent dans le nord ne connaissent pour ainsi dire pas de végétaux, si l'on excepte cçux qu’ils trouvent à moitié digérés dans l’estomac des rennes, et ils les considèrent comme une friandise.

Cela est assurément un cas extrême ; la partie de beaucoup la plus considérable du globe nous présente en abondance les substances animales et végétales les plus différentes; l’homme n’est pas en tout lieu aussi limité dans le choix de sa nourriture que dans le voisinage du pôle. Mais nulle part il n’a la liberté de choisir à son gré sa nourriture. L’homme ne trouve la partie de beaucoup la plus importante de son alimentation qu’en quantité limitée, et non sans difficulté, non en tout temps. Quelles sont les denrées qui sont susceptibles d’assurer d’une façon suffisante et régulière sa subsistance, c’est ce qui ne

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