‹ La question agraireChapitre 151 sur 189 · X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC · texte numérisé non relu

X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

Les rapports existant entre le paysan et les grands moulins à vapeur s’éclairent à la lecture de la lettre suivante, écrite dans la région plantée de céréales de la Haute-Bavière, et qui fit pendant l’été 1897 le tour de la presse allemande.

« Deux moulins à vapeur, y est-il dit, dominent toute la région, jusqu’à une distance de sept heures. Les paysans leur appartiennent entièrement. Le samedic’estle marché aux grains dans la petite ville ; seulement on n’y charrie plus que de l’avoine, les paysans ne se risquent plus à porter du froment et du blé au marché, parce que les deux moulins sont les seuls acheteurs, et que quiconque prend la route du marché au lieu de prendre la leur est puni de 10 pfennigs de moindre offre par quintal. La vente libre des céréales a entièrement cessé ; le paysan doit apporter sa marchandise, ne pas ouvrir la bouche et attendre silencieusement qu’on lui dise ce qu’on lui donne. Refuse-t-il le prix offert? on lui dit: « Retourne chez toi, car nous venons de recevoir à l’instant mille quintaux de blé hongrois. »

Mais si dans le domaine de l’industrialisation de l’agriculture, comme dans d’autres domaines, la grande exploitation a une série d’avantages sur la petite, cela ne prouve naturellement pas que celle-ci ne puisse retirer divers avantages, et des avantages considérables, de la seule forme de grande industrie agricole qui lui soit accessible, de la coopérative de production agricole. Là où Ton réussit à l’appeler à la vie, elle fait du paysan un capitaliste et lui permet d’enrichir son exploitation agricole des fruits de son exploitation capitaliste, de lui donner une forme plus rationnelle et de la porter plus haut.

La seule question est de savoir combien de temps durera ce tour de force magique qui fait en un instant un capitaliste d’un paysan tombant dans le prolétariat.

La première conséquence de la coopérative est la même que l’on constate lorsque le paysan devient fournisseur

402 l’agriculture dans la société capitaliste

d’une fabrique étrangère : il doit adapter son exploitation à ses besoins. La fabrique de sucre prescrit à l’agriculteur la semence qu’il doit employer et la façon dont il doit fumer; la laiterie lui prescrit le fourrage qu’il doit employer, l’heure à laquelle il doit traire, parfois même l’espèce de vaches qu’il doit nourrir.

« Autrefois on redoutait tout fumage trop fort en azote, comme devant être préjudiciable au contenu en sucre de la betterave. Aussi les fabriques prescrivaientelles la plupart du temps un rapport entre l'azote et l’acide phosphorique tel que 4 : 2, et interdisaient-elles complètement le fumage par pied au salpêtre du Chili, ainsi que la culture des betteraves dans le fumier frais. De ces prescriptions, seules la défense du fumage par pied et ce]le de la culture dans le fumier qui est porté à la campagne après la Noël se sont maintenues. Au contraire, on a changé le rapport de l’azote à l'acide phosphorique d’une manière continue, et toujours en faveur du premier, si bien qu’aujourd’hui quelques fabriques réclament encore un rapport comme 2: 3 ou 3 : 4, mais le plus grand nombre réclament déjà le rapport de 1 : 1 (1) ».

Ces prescriptions deviennent indispensables là où l’agriculture s’est déjà complètement adaptée à l’industrie du sucre.

Stœckel, dans son écrit sur la Fondation , r organisation et V exploitation des laiteries coopératives (2), donne un modèle de règlement de débits coopératifs de laiterie. Il y est dit au § 4 : « Dans ce paragraphe doivent trouver place toutes les prescriptions concernant les fourrages donnés aux vaches. S’agit-il de vente de lait frais, ou en particulier de livraison de lait destiné aux petits enfants, des prescriptions sévères sur la nature des fourrages sont indispensables.

(1) Kærger, Die Sachsengœngerei, p. 14.

(2) Erriùhtung , Organisation und Betrieb der Molkereigenossenschaften .

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