X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
Quelque considérable que fut l’accroissement de la consommation et en particulier de l’exportation du sucre, elles restèrent dans ces dernières années bien au-dessous de la production. En 1896-97 la consommation et 1 exportation réunies s’élevaient en gros à 1640 000 tonnes, la production au contraire à 1 740 000 tonnes, par suite la surproduction était de 100 000 tonnes. Et il faut noter que la situation de l’industrie du sucre fut dans ces derniers temps, du fait de la guerre cubaine qui empêcha entièrement l’exportation de sucre de Cuba, tout particulièrement favorable. En 1894-95 l’excédent de la production de l’industrie allemande du sucre sur la consommation nationale et l’exportation dépassait 300 000 tonnes.
On ne peut pas s'attendre à une amélioration de la situation de l’industrie du sucre, mais plutôt à une aggravation. La pression delà concurrence d’outre-mer, qui détermine le développement d’industries agricoles, et l’accélération artificielle de ce développement parle système des primes qui fait des progrès chaque jour, existent aussi dans d’autres pays. En chiffres ronds, la production des betteraves, exprimée en tonnes de sucre brut (1), était :
Allemagne
Autriche
France
Russie
Belgique
et
Hollande
Autres
pays
européens
Total
Pendant une année un accroissement de l’offre de presque un million de tonnes , pendant que l’accroissement annuel de la demande de sucre sur le marché du monde s’élève à un quart , dans le cas le plus favorable à un tiers de cette somme !
(1) D’après Max Schippel, ZuckerkrisisfAusfuhrj?raemien und Zuckerring , dans la « Neue Zeit », XV, 1, p. 622.
408 l’agriculture dans la société capitaliste
A côté de l’Angleterre notre meilleur acheteur de sucre est l’Union de l’Amérique du Nord. L’exportation de l’Empire allemand en sucre brut, pains de sucre, etc. s’élevait en tonnes
'* En tout]
Pour
la Grande- Bretagne
Pour
les Etats- Unis
Cependant les Américains font actuellement de sérieux efforts pour se donner une industrie de sucre de betteraves. J. W. lime, le président de la Société Polytechnique de Chicago que nous avons déjà mentionné, invite, dans l’article qu’il a écrit dans la « Zukunft » de Berlin, V, p. 380, les fabriques allemandes de machines à profiter de l’occasion pour fonder des fabriques de sucre de betterave en Amérique. Combien cela est patriotique ! Les efforts des Américains deviendront d’autant plus intenses que la production des céréales sera moins lucrative. Mais l’industrie du sucre est capable de l’essor le plus rapide, comme le prouvent les chiffres cidessus, et les Américains sont bien les gens qu’il faut pour la porter rapidement très haut.
Mais dans les pays européens qui produisent du sucre on élève les primes à l’exportation, au lieu de les abaisser; en Allemagne, en 1896, la prime fut doublée (de 1 marck 1/4 elle fut portée à 2 marck 1/2): Il en est des primes exactement comme des droits protecteurs et du militarisme ; lorsqu’on a commencé on ne peut pas cesser quand on veut. On sait que le système des primes conduit à la surproduction, à une terrible crise; — mais chacun craint que la crise ne devienne encore plus terrible pour son pays s’il est seul