X. LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER ETC
de ces difficultés par un nouveau développement de l'idée coopérative, ou plutôtpar le même moyen qui transforme présentement d’une manière si considérable notre grande industrie, par les cartels. On fait de la propagande afin que les diverses laiteries s’annexent, plus nombreuses que .jusqu’à ce jour, aux grandes coopératives pour la vente du beurre, et s’obligent à ne , vendre une partie déterminée de leur production que par leur intermédiaire. Les fédérations de coopératives pour la vente du beune, agiandies et fortifiées, veulent alors se partager les débouchés et supprimer de cette manière la concurrence qui a jusqu’ici gâté’ les prix; les excédents doivent être expédiés, même à perte, à l’étranger», en Angleterre.
Mais ce fameux moyen, le professeur Sering le recommandait dans le meme discours où, un peu auparavant, il avait déclaré avec indignation : « Moins que jamais on peut se passer de coopératives d’achat en un temps de cartellisation progressive de l’industrie, car, contre l’abus de la puissance économique qui permet l’association des fabricants, il n’y a pas d’autre ressource que la coalition des consommateurs (1). »
Le cartel agraire est donc un « développement de l’idée coopérative », le cartel industriel « un abus de la puissance économique », que seul le développement de lidée coopérative peut arrêter. D une part la coopération est précieuse, parce qu’elle est le moyen de triompher du cartel, d autre part le cartel est précieux comme moyen de parer à la banqueroute, sans lui inévitable, de la coopérative. La logique de M. le professeur est à la hauteur de son indignation morale.
Mais cela n est pas ce qu'il y a de plus intéressant dans les idées qu il développe. Elles ont ceci de remarquable qu elles établissent l’état nécessiteux des laiteries et
(1) Thiels landw. Jahrbuch, 1897, Suppl., p. 223, 225.
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prônent le cartel comme unique moyen d’échapper à la crise, le cartel qui devient irréalisable du fait de l’accroissement constant du nombre de laiteries. Et c’est ce qu’est forcé d’avouer en un hymne de louanges sur les merveilles de la coopération une lumière de la science agraire.
Ce qui a lieu dans les industries mentionnées jusqu’ici se passe egalement dans les autres grandes industries agricoles, qui ont eu pourtant moins d’importance pour le mouvement coopératif.
La crise qui se produit n’amène naturellement pas nécessairement la ruine de l’industrie atteinte. Elle ne le fait que dans des cas très rares. Ordinairement elle a seulement pour résultat de révolutionner, dans le sens du capitalisme, les rapports de propriété existants, par suite de produire précisément ce que le rôle de la coopérative, dans l’esprit des avocats de la coopération, devrait être d’empêcher.
Pendant une crise, les petites exploitations, celles qui sont insuffisamment armées, qui ont trop peu de capitaux, succombent. Mais la ruine de l’exploitation d’une industrie agricole a des conséquences qui s’étendent plus loin qu’elle : elle a pour résultat de détruire ou du moins de saper de nombreuses existences d’agriculteurs, qui s’appuient sur elle. Plus grand était le concours que les exploitations industrielles assuraient aux agriculteurs, plus ceux-ci appuyaient leur exploitation agricole sur elles, et plus la banqueroute étend au loin ses ravages.
Les exploitations plus grandes, mieux organisées, pourront se maintenir pendant une pareille crise, mais elles aussi devront traverser des temps difficiles pendant lesquels les profits cesseront, pendant lesquels des versements supplémentaires permettront seuls de continuer la production. Les coopérateurs qui ne peuvent pas effectuer ces versements supplémentaires perdent leurs
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droits de coopérateurs. La déconfiture des coopérateurs est-elle générale, il ne reste plus qu’à vendre l’entreprise à un capitaliste; n’est-elle pas générale, le résultat de la ■crise est alors qu’elle devient la propriété privée de quelques rares coopérateurs riches, qui l’administrent d’une manière purement capitaliste.
Ce processus n'aboutit pas nécessairement à la prolétarisation des anciens coopérateurs; s'ils ont de la chance, ils peuvent conserver leur propriété paysanne. Mais là ou se produit ce cas favorable, leur dépendance économique vis-à-vis de l’ancienne exploitation agricole subsiste ; toutefois, de dépendance visrà-vis d’une société dont l’agriculteur fait partie comme membre ayant les mêmes droits et les mêmes intérêts que les autres membres, elle devient dépendance vis-à-vis d’un (ou de plusieurs) capitaliste qui lui est infiniment supérieur par sa puissance et a des intérêts opposés aux siens. Le collaborateur de la fabrique coopérative devient maintenant V ouvrier salarié de la fabrique capitaliste. La chose ne devient pas meilleure du fait que le travail salarié, ici comme dans l’industrie domestique, est dissimulé. Cela est la fin inévitable des coopératives agricoles de production.
Comme partout dans la société capitaliste, l’industrie finit ici encore par triompher de Y agriculture, et le capital de la coopérative de production isolée.
Les coopératives agricoles de production, en raison des avantages momentanés qu’elles laissent entrevoir aux agriculteurs, servent puissamment à faire avancer l’industrialisation de l’agriculture ; mais en même temps ■elles servent puissamment aussi à frayer la voie à la domination du capital, qui rencontrerait sans cela de bien plus grandes difficultés.
Nous n apprécions aussurément pas l’importance de ces coopératives moins qu’il ne convient. Elles sont importantes en tant que révolutionnant l’agriculture ; mais elles ne sont pas le moyen de sauver le paysan.
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D’ailleurs les coopératives ont aussi leurs limites.
Les industries agricoles ont les mêmes lois que les autres industries. La concentration et la centralisation des exploitations, qui trouve dans l’agriculture de si fortes contre-tendances, fait ici de rapides progrès ; dans les industries agricoles, comme dans toutes les autres, règne la tendance à la grande exploitation.
C’est ce que montre, de la manière la plus nette, la fabrication du sucre, qui est artificiellement stimulée il est vrai par les mesures prises par TEtat. On comptait dans l’Empire allemand :
Fabrii|ucs
de
sucre
Quantité de tonnes de betleraves travaillées
Quantité de tonnes de betterave?
travaillées en moyenne dan? chaque industrie
Ainsi la moyenne delà quantité de betteraves travaillées en une fabrique se trouve presque quintuplée en 25 ans !
Dans la fabrication de l’eau-de-vie de pommes de terre on peut suivre la même tendance, quoique sous une forme moins saisissante, jusqu’au temps des nouvelles lois fiscales tendant à limiter le développement de la production. Dans les Annales de statistique de l’Empire allemand nous lisons que le nombre des distilleries travaillant les pommes de terre, les grains ou la mélasse s’élève, de 1872 à 1881-82, de 7011 à 7280. Mais le nombre des distilleries payant moins de 45 000 marks d’impôt sur l’eau-de-vie tombe de 6222 à 5788, tandis que le nombre de celles qui payaient plus de 15 000 marks s’élève de 789 à 1492.