X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
Partout nous voyons un accroissement continu des exploitations ; dans toutes les industries agricoles le nombre des ouvriers salariés croit beaucoup plus vite que celui des patrons et des directeurs d’entreprise ; dans la fabrication du sucre de betterave, dans la laiterie, etc , et dans la brasserie l'accroissement relatif s’élève à plus de cent pour cent, dans la fabrication des conserves végétales à presque cent pour cent.
Quelle extension ont prise certaines exploitations d’industrie agricole? C’est ce que nous montrent par exemple les entreprises de la maison Nestlé. Elle possède en Suisse deux grandes usines pour la fabrication de lait condensé et une usine " pour la fabrication de farine lactée. Cette dernière, établie à Vevey, travaille chaque jours 100 000 litres de lait, produit de 12 000 vaches, provenant de 180 villages. 180 villages ont perdu leur autonomie économique et. sont devenus des sujets de la maison Nestlé. Leurs habitants sont encore, extérieurement, propriétaires de leur terre, mais ils ne sont plus de libres paysans.
A mesure que cette évolution avance et que croît la somme de capital qui est nécessaire pour fonder une entreprise capable de concurrence, le cercle se rétrécit des agriculteurs qui sont en mesure de fonder des coopéraratives de production. Les nouvelles fondations dans ce domaine deviennent désormais de plus en plus des entreprises capitalistes, comme cela apparaît clairement aujourd’hui déjà dans la fabrication du sucre de betteraves et dans celle de l’eau-de-vie de pommes de terre. Là où l’on peut encore parier de fabriques coopératives de ces branches d’industrie, il ne s’agit pour ainsi dire que de coopératives de gros paysans et de propriétaires de terres nobles.
Si désormais toute coopérative rurale de production est menacée, à chaque crise, de tomber en des mains capitalistes, tôt ou tard le moment arrive, pour chaque
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espèce d’industrie agricole, oii elle cesse d’être -accessible aux petits agriculteurs et devient un monopole des capitalistes et des grands propriétaires fonciers. Ordinairement cette évolution conduit aussi à la substitution de la grande agriculture à la petite. Nous trouvons encore les meilleures preuves de ce fait dans l’industrie du sucre. Les avantages de l’exploitation au moyen de machines dans l’agriculture atteignent leur plus grande importance là ou la force motrice nécessaire aux machines ne doit pas être produite spécialement pour elles, mais est fournie par une exploitation industrielle établie sur le bien.
Là oii elle ne conduit pas à la régression de la petite exploitation, l’industrialisation de l’agriculture resserre les liens qui enchaînent le petit agriculteur à la fabrique, seule acheteuse de ses produits, et fait entièrement de lui un serf du capital industriel selon les besoins duquel il doit exploiter sa terre.
Voilà le salut que l’industrie agricole apporte au paysan.
f) Substitution de t industrie à V agriculture.
Si le développement de l’industrie agricole fournit à l’agriculteur au moins d’une manière passagère un nouvel appui, le progrès de la technique produit aussi d’autre part des résultats qui jettent l’agriculteur dans le désarroi, ruinent diverses branches de l'agriculture. Ceci provient, d’une part, de ce qu’on arrive à mieux utiliser les matières premières de sorte qu’avec la même quantité de matière première on obtient une quantité de produits plus considérable, ce qui a naturellement pour résultat que, la consommation du produit restant la même, la demande de matière première baisse, et que, la consommation croissant, la demande de matière première ne