‹ La question agraireChapitre 162 sur 189 · X. LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC · texte numérisé non relu

X. LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

monte pas aussi vite que la consommation. Ensuite le progrès industriel aboutit à ce résultat de substituer aux matières premières de grande valeur des matières premières de moindre valeur, en particulier par l’emploi des déchets et par la production d’équivalents. Enfin l’industrie réussit même à fabriquer elle-même des produits que fournissait autrefois l’agriculture, ou à les remplacer de manière à ce que ceux de l’agriculture deviennent superflus.

Expliquons cela par quelques exemples. On sait la grande quantité d’éléments nutritifs qui est perdue du fait que le grain est imparfaitement moulu. Les progrès de la meunerie réduisent toujours davantage ces pertes. « Au xvne siècle, Vauban évaluait la consommation annuelle d’un homme environ à 712 livres de froment, une quantité qui suffit presque maintenant pour deux hommes, et aujourd’hui, grâce aux perfectionnements qui ont été apportés à nos moulins, l’homme gagne d’immenses quantités de substances nutritives, représentant chaque année plusieurs centaines de millions, qui ne servaient auparavant qu’aux animaux pour lesquels elles peuvent être remplacées avec une infinie facilité par d’autres substances nutritives qui ne conviennent nullement à la consommation de l’homme... Le froment ne contient pas plus de 2 0/0 de substance de bois non digérable, et un moulin parfait au sens le plus étendu ne devrait pas donner une quantité de son plus considérable; mais nos meilleurs moulins donnent toujours de 12 à 20 0/0 de son, les moulins ordinaires jusqu’à 25 0/0, qui contiennent 60 à 70 0/0 des éléments les plus nutritifs de la farine (1) ».

En 1877, le meunier technicien V. Till affirmait avoir découvert un procédé de moûture donnant 92,6 0/0 de farine et seulement 7,4 0/0 de son et de déchet (2) ; nous

(1) J. V. Liebig, Chemische Briefe, p. 334.

(2) V. Till, Die Losung der Brotfrage.

426 l’agriculture dams la société capitaliste

n’avons pas vu mentionner jusqu’ici une réduction de la quantité de son allant plus loin. Par contre, on fait actuellement des essais pour rendre digé râbles, par voie chimique, les éléments nutritifs du son, en particulier la matière albuminoïde.

Il est clair que, la consommation de la farine restant la même, tout progrès de la meunerie dans l’utilisation du grain entraînera une diminution dans la demande de céréales. Mais le même résultat se produira aussi, la consommation de farine croissant, si la quantité de céréales portée au marché croît aussi vite ou même plus vite encore que la consommation de farine. Le remplacement des moulins primitifs par les moulins perfectionnés doit donc accentuer les effets de la crise sur le marché.

Les essais que nous venons de mentionner, tendant à rendre les éléments nutritifs du son digérables par l’estomac humain, entrent déjà dans le domaine de la mise à profit des déchets et de la production d’équivalents.

La mise à profit de plus en plus importante des déchets est une des particularités les plus essentielles du mode de production moderne. Elle est le résultat naturel de la grande production, qui amoncelle les détritus en quantités considérables sur certains points, crée par là la nécessité de les faire disparaître, provoque des tentatives pour les employer en vue de buts d’ordre industriel et faire ainsi d’une source d’embarras et de dépenses improductives une source de profit.

Pour l’agriculture ces déchets sont devenus de la plus haute importance. D’un côté, les déchets de la grande industrie fournissent à l’agriculture du fourrage et de l’engrais — tels les déchets des distilleries, sucreries, brasseries, huileries, telles la scorie Thomas, la cendre de bois, etc., — et ils deviennent ainsi un puissant moyen d’enchaîner l’agriculture à l’industrie. Mais de l'autre côté, l’industrie s’empare des déchets des produits

Page 1