X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE MER, ETC
agricoles, pour faire, en les exploitant, concurrence à l'agriculture même.
On trouve un exemple de semblable mise à profit des déchets dans la fabrication d’huile au moyen de graines de coton, autrefois rejetées comme ne pouvant plus servir à rien, ou tout au plus employées comme engrais dans les plantations de coton. Aujourd'hui, on sait fabriquer avec ces graines une huile qui fait aux huiles provenant des plantes oléagineuses d’Europe une concurrence très sensible et rapidement croissante. On eut dans l’Empire allemand, comme importation :
Huile de graines de coton
Huile de lin
En 1886 .
8 067 tonnes
39 743 tonnes
L’huile de graines de coton est employée surtout à frelater l’huile d’olive et à fabriquer le beurre artificiel, la margarine, qui est faite avec de la graisse de bœuf , du lait et des huiles bon marché, particulièrement de l’huile de graines de coton, et qui se distingue à peine, au point de vue du goût et de faction physiologique, du beurre naturel. En 1872, fut fondée en Allemagne la première fabrique de beurre artificiel, il y en a aujourd’hui environ soixante.
Que cette concurrence n’améliore pas la situation déjà critique du marché du beurre, c’est ce qui est clair. Les vives plaintes des agrariens, demandant et obtenant, en d 896, que l’on mît denouvelles entraves à l’industrie delà margarine, sont sûrement exagérées, mais il n’y a pas moins d’exagération dans l’affirmation opposée, suivant laquelle le beurre artificiel ne porte aux agriculteurs aucun
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préjudice. C’est une mince consolation pour ces derniers d’apprendre que la production de beurre artificiel se trouve aussi dans une situation difficile. Ceci apparaît moins dans les déficits de quelques fabriques — il se produit des déficits, même dans les industries florissantes, dans les exploitations dont la direction est mauvaise, l’emplacement défavorable, ou l’outillage insuffisant — que dans la statistique du pays dans lequel la margarine et le beurre pouvaient se faire concurrence de la manière la plus libre. Dans la Grande-Bretagne l’importation de beurre et de margarine fut la suivante :
Années
Beurre
Provenance
d’Australie
Margarine
1 452 000 quintaux
870 000 quintaux
La concurrence du beurre australien bon marché atteint non seulement les producteurs de beurre naturel* mais aussi les producteurs de beurre artificiel. Mais cela ne conduira naturellement pas à la ruine de la fabrication du beurre artificiel, mais à l’amélioration de ses méthodes de production. Les producteurs de beurre naturel n’ont rien à y gagner.
Mais si nous ne contestons pas que la fabrication de margarine soit préjudiciable à l’industrie laitière, nous ne voulons nullement par là approuver les efforts faits pour exercer une coercition sur la première au profit de la seconde. Nous accordons volontiers qu’il est triste que la faillite d’une laiterie coopérative jette dans le prolétariat un grand nombre de paysans laborieux, mais il n’est pas moins triste de voir une machine nouvelle ôter leur pain à des prolétaires laborieux. C’est de cette façon que se fait le progrès technique dans la société présente. Qui veut sup-