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X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC

Ainsi pense un socialiste, mais non un agrarien. Ce qui est un bonheur pour la collectivité — une surabondance de denrées de première nécessité et de luxe — est pour la rente foncière un malheur. Si le premier venu peut faire du Johannisberg avec de l’eau sucrée, c’en est fait de la rente foncière des vignobles de Johannisberg. Et ainsi M. le professeur Maercker poursuit avec satisfaction : « Cela, grâce à Dieu , n’a pas réussi ; mais on a réussi, grâce à la culture des levains, à produire un vin bien meilleur que sans elle, et nos produits ont pu ainsi se vendre infiniment plus cher. Il n’y a guère que quelques années que cette culture des levains a été appliquée. »

Les champignons de levain se sont jusqu’ici respectueusement arrêtés devant la rente foncière. Mais n’est-il pas à craindre que ces petits polissons microscopiques ne renoncent un beau jour à leur loyale attitude et ne deviennent des révolutionnaires? On commence à faire du Johannisberg avec de la piquette ; pourquoi ne finirait-on pas en faisant du vin avec de l’eau sucrée ?

Mais quant à interdire l’amélioration du vin, c’est ce qui n'est pas possible, ainsi que le déclare le professeur Maercker lui-même dans la suite de sa conférence. La statistique dit que sur dix ans il n’y a qu’une seule année vineuse excellente, trois bonnes, trois moyennes, trois mauvaises. Ces mauvais vins, s’ils ne sont améliorés, répugnent à un palais civilisé. Interdire l’amélioration des vins, ce serait donc porter le plus lourd préjudice aux vignerons eux-mêmes.

A côté des vins améliorés et des piquettes vient le vin de raisins secs. « On peut avec des raisins secs, en les mettant dans de l’eau, en les réduisant en petits morceaux, et en les faisant fermenter, préparer un vin tout à fait excellent... C’est un vin très bon et très utilisable, il a parfaitement le caractère d’un vin, et il fait à notre vin allemand une dure concurrence. Au point de vue tech-

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nique on ne peut rien lui reprocher, mais au point de vue économique d’autant plus, car il fait lourdement concurrence à notre vin allemand. Il est inattaquable à l’analyse et prodigieusement bon marché ; pour 12 marks on peut faire 100 litres. C’est donc une lourde concurrence, qui doit être résolument combattue par voie législative. »

En effet, qu’on pense au malheur qui s’abattrait sur le peuple allemand, si le vin de raisins secs réussissait à supplanter la mauvaise eau-de-vie de pommes de terre!

Au moyen du levain de culture, on peut aussi faire avec du malt des boissons semblables au vin. A Hambourg une grande usine fabrique ainsi des vins de malt.

De la discussion à laquelle donna lieu cette conférence, rappelons une remarque du conseiller intime supérieur Thiel, qui dit entre autres que les petits vignerons n’étaient pas en mesure de pratiquer eux-mêmes l’amélioration nécessaire des vins. Seuls les grands propriétaires de vignobles et les négociants en vins le pouvaient.

De même Meitzen (1) écrivait déjà il y a trente-cinq ans : a II n’y a que les grands propriétaires et les vignerons aisés à qui il arrive de pressurer le raisin eux-mêmes, de manier le vin à l’entrepôt et d’attendre pour la vente le moment favorable. Le nombre des vignerons pauvres qui ne le peuvent pas est d’environ 12 à 13000 (dans la vieille Prusse, avant 1866). Pour recevoir vite de l’argent comptant, ils se défont des raisins immédiatement après la vendange, et ont fréquemment vendu déjà la récolte contre des avances de fonds. Le fisc évalue à 69 405 quintaux la quantité de raisins livrée en l’automne de 1864 par cette classe de vignerons aux négociants en vin et fabricants de vin. »

La dépendance des petits vignerons vis-à-vis des négociants en vin est encore accrue par l’insécurité du ren-

(1) Der Boden , etc., IL p. 275, sqq.

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