‹ La question agraireChapitre 167 sur 189 · X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER,, ETC · texte numérisé non relu

X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER,, ETC

Mais en même temps la fabrication de vins artificiels s’éleva aussi. D’après ]a statistique officielle elle-même, les quantités de vins fabriqués furent les suivantes :

Avec des raisins secs

Avec du marc île raisins

Total

Hectolitres

Hectolitres

Hectolitres

La fabrication effective de vin artificiel pourrait bien être infiniment plus importante. Il n’y a qu’une partie de cette industrie qui soit exercée ouvertement.

Dans l’Empire Allemand, l’importation de raisins secs ^ s’est élévée de if 994 000 kilogrammes en 1886 à 32 846 000 à 1895. La part léonine de cette augmentation doit être mise au compte de la fabrication de vin. En même temps l’importation de raisins frais s’est élevée de 3 181 000 kilogrammes en 1885 à 19 371 000 en 1895.

En outre il se prépare aussi dans ce domaine une concurrence d’outre-mer, aussi bien en Afrique (Algérie, Tunisie, Cap) qu’aux Etats-Unis, particulièrement en Californie, dans le Chili, l’Uruguay, la République Argentine, l’Australie. En Algérie, en 1878, 17 600 hectares étaient plantés en vignes; en 1889, 96624 hectares, en 1893, 116 000 hectares, et le rendement était en cette dernière année de 3 800 000 .hectolitres. Aux Etats-Unis, la production de vin fut en 1889 de 1 500 000 hectolitres ; dans la République Argentine elle eut la même importance ; au Chili elle fut de 1 000 000 d’hectolitres.

Jusqu’ici, en nous occupant d’équivalents et de produits de déchets, nous avons toujours eu affaire à la mise à profit de matières premières de médiocre valeur sans doute, mais du moins provenant de Y agriculture. Mais l’évolution industrielle parvient même, dans plu-

438 l’agriculture dans la société capitaliste

sieurs domaines, à confectionner des produits fabriquésjusqu’ici par l’agriculture, directement, et sans aucune collaboration de celle-ci.

Les résultats les plus connus sous ce rapport sont ceux que la chimie a obtenus par l’exploitation du goudron. Non seulement on fait avec lui une quantité importante et chaque jour plus considérable de substances entièrement nouvelles, qui jouent, particulièrement dans la médecine,, un rôle important ; mais il sert aussi à produire au plus bas prix des matières que l’agriculture avait fournies jusque là.

La garance par exemple fut jusque vers 1870-75 uneplante d’une grande importance commerciale pour plusieurs contrées d’Europe, telles que la Hollande, la France Méridionale et l’Allemagne Méridionale. La découverte de la fabrication de Yalizerine au moyen du goudron de charbon de terre, découverte faite par Graebe et Liebermann en 1868 et exploitée de plus en plus, à partir de 1870, dans les fabriques d’aniline, a tué la culture de la garance.

D’un autre produit du goudron de charbon de terre, de la saccharine , qui fut découverte en 1879 et. fabriquée en grandes masses depuis 1886,, on attendait au début une action semblable sur la culture des betteraves. Cette action ne se produisit pas. La saccharine est bien 500 fois plus douce que le sucre colonial, mais elle ne peut remplacer le sucre que comme moyen de dulcification, et non comme denrée alimentaire. Toutefois elle se substitue au sucre dans une série de ses applications et s’oppose ainsi au développement de sa consommation.

On peut aussi faire de Y alcool avec du goudron. Mais^ jusqu’ici cette fabrication, à titre d’exploitation industrielle, n’a pas paru pratique.

D'une importance plus grande — et plus désagréable — pour une partie de l’agriculture sont les progrès de Y électrotechnique. Elle semble réussir à faire ce que la

Page 1