X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D’OUTRE-MER, ETC
force de la vapeur n'avait pas pu, à éliminer presque complètement le cheval de la vie économique.
La force de la vapeur ne peut être employée d’une manière avantageuse qu’à mouvoir de grandes masses et à effectuer des travaux ne comportant que de courtes interruptions. Elle s’est substituée au cheval dans le transport de charges sur de grandes distances. Mais tandis que les chemins de fer stimulaient l’accroissement des grandes villes, et contribuaient même très largement à la rendre possible, ils créaient pour le service local une série chaque jour plus importante de besoins qui nécessitaient, il y a peu de temps encore, l’emploi du cheval. Dans l’agriculture la machine à vapeur était également impuissante à remplacer le cheval, quelque précieuse qu’elle put être pour divers travaux.
L’électricité, dont la force peut facilement être partagée et conduite à de grandes distances, dont l’action peut être au moindre désir interrompue et rétablie, dont les moteurs occupent peu de place et sont faciles à manier, l’électricité est en mesure d’accomplir les fonctions du cheval, comme moteur, dans le domaine des transports aussi bien que dans celui de l’agriculture, et elle l’a fait déjà dans bien des cas. A côté des tramways électriques, des voitures et omnibus électriques, on voit paraître encore des automobiles d'autre genre, et la diffusion du vélocipède actionné par l’homme fait des progrès dont la rapidité est une source inépuisable non seulement de matière à plaisanterie et d’indignation morale pour le philistin, mais encore de gros bénéfices pour le fabricant et le marchand de vélocipèdes.
Le résultat de tout cela est clair : la demande de chevaux doit fatalement baisser, l’élève des chevaux doit fatalement devenir une mauvaise affaire. Aux Etats-Unis, où les tramways électriques se sont déjà substitués bien plus qu'en Europe aux tramways à chevaux, cela s’est déjà produit. Un agriculteur anglais, qui connaît l’Amé-
l’agriculture dans la société capitaliste
rique par sa propre expérience, écrit sur ce point : « Depuis quelque temps on entend beaucoup de plaintes au sujet du commerce des chevaux. La production de chevaux m’a paru en Amérique particulièrement peu lucrative ; les producteurs de chevaux me disaient qu’ils ne pouvaient souvent pas vendre les chevaux qu’ils avaient élevés eux-mêmes, faute d’acheteurs : que l’offre dépassait îe besoin. Ce fait ne me surprend pas, car les plus petites villes, en Amérique, ont au lieu de tramways chevaux, leur tramway électrique ou leur funiculaire. L’homme pratique d’Amérique s’est depuis longtemps rendu compte que l’électricité* coûte moins cher que l’entretien des chevaux; j’ai eu souvent de la surprise à voir l’électricité répandue même dans les plus petits villages (d). »
Aussi le nombre des chevaux décroît-il dans l’Amérique du Nord — malgré le développement de son agriculture, l’accroissement de sa population, le développement de ses villes. Et leur prix a baissé plus vite encore que leur nombre, comme l’indiquent les chiffres suivants.
11 y avait aux Etats-Unis
En 1892
15 498 140 chevaux, représ, une valeur de 1 007 593 636 dollars
Le chiffre total des chevaux des Etat-Unis représente donc aujourd’hui une valeur moindre que la moitié de la valeur qu’il représentait en 1892.
En même temps que décroît la demande de chevaux aux Etats-Unis, leur exportation s’accroît. Elle était :
(1) Koenig, Die Lage der englischen Landwirtschaft , p. 408.