X. — LA CONCURRENCE DES PRODUITS D'OUTRE-MER, ETC
En 1882
En 1896.
En tout .
Pour l’Angleterre .
Pour l’Allemagne .
de 3 226 têtes 467 »
de 25 126 têtes 12 023 »
Ces chiffres se trouvent dans la statistique américaine officielle ( Yearbook of the United States , Department o f Agriculture, p. 574, 580) ; les Annales de statistique de l’Empire Allemand disent qu’en 1890, 19 chevaux, en 1896, 4285, en 1897, 5918 furent importés des Etats-Unis en Allemagne. L’importation d’Amérique a dépassé de beaucoup dans les dix dernières années celle d’Angleterre, s’élevant de 1070 têtes en 1890 à 2719 en 1897.
Mais en même temps les progrès techniques dans le domaine des moyens de transport doivent avoir pour effet, en Europe même, tout d’abord de limiter l’accroissement du nombre des chevaux, ensuite de restreindre ce nombre.
Ce fait n'atteindra en première ligne que les éleveurs de chevaux, la plupart grands agriculteurs ; mais l’élève des chevaux est aussi, dans plusieurs régions, une source importante de revenus pour de moyens ou de gros paysans. Au contraire les petits agriculteurs ne sont pas directement menacés par la surproduction de chevaux ; ici encore les petits ont l’avantage sur les grands — ici encore, à vrai dire, pour d’autres raisons que leur supériorité technique.
Mais indirectement eux aussi sont atteints par la limitation du nombre des chevaux, car celle-ci a pour conséquence nécessaire une limitation dans la production de fourrages. Vélocipèdes, tramways électriques, automobiles, charrues électriques ne mangent ni avoine ni foin. Mais l’avoine jusqu’à ce jour, de toutes les céréales importantes. avait le moins souffert de la concurrence
d’ o utre-mer. Dans la Grande Bretagne, le nombre d’acres de surface cultivée était :
Pour le froment . . .
Pour l’orge .
Pour l’avoine ....
En 1896 une petite diminution se produisit dans la surface consacrée à la culture de l’avoine. Celle-ci ne fut que de 3 095 000. Cette régression est-elle passagère, ou bien est-elle déjà le commencement d'une diminution progressive dans la production de l’avoine? C’est ce quJon ne peut pas dire encore. En tout cas, tôt ou tard, nous devons nous attendre à une pareille diminution.
Ce que la concurrence d’outre-mer épargne, est menacé par le développement de l’industrie nationale.
La transformation de la production agricole en production industrielle n'en est qu’à ses débuts. De hardis prophètes, en particulier des chimistes à l’imagination puissante, rêvent déjà d’un temps où l'on fera du pain avec des pierres, où la totalité des denrées de l’alimentation se fabriqueraient dans des usines de chimie. Nous ne pouvons naturellement tenir aucun compte ici de cette musique d’avenir.
Mais une chose est certaine. Dans un grand nombre de domaines la production agricole a été transformée en production industrielle ; dans beaucoup d’autres domaines cette transformation est prochaine ; nul domaine de l'activité agricole n’est entièrement assuré contre cette prise de possession. Et chaque progrès en ce sens doit nécessairement avoir pour résultat d’aggraver l’état de crise où se trouvent les agriculteurs, d’accroître leur dépendance vis-à-vis de l’industrie, de diminuer la sécurité de leur existence.