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D UN PROGRAMME AGRAIRE

sans diminution les rentes que leur paierait l’Etat, qui supporterait toute la diminution de la rente foncière, 30 0/0 et davantage, que supportent aujourd’hui les propriétaires.

La nationalisation du sol a certainement un côté plus favorable que la nationalisation des hypothèques ; elle donne à l’Etat la possibilité de combattre les conséquences de la baisse de la rente foncière en introduisant des méthodes perfectionnées dans l’exploitation ; tandis que la nationalisation des hypothèques n’exerce aucune influence sur l’exploitâtion.

Mais on ne doit pas avoir trop de confiance dans l’agriculture de l'Etat. L’Etat est aujourd’hui surtout une institution de domination. Il conserve ce caractère même quand il exerce des fonctions économiques. Dans ce cas même, ce sont les points de vue du jurisconsulte, du policier, du soldat qui l’emportent sur ceux de l’homme du métier, de l’homme d’affaires. Cela ne changera que dans la mesure où le prolétariat réussira à faire disparaître les différences de classes, à enlever à l’Etat son caractère d’organisation dominatrice. Aujourd’hui l’exploitation par l’Etat coûte plus cher, est plus défectueuse que celle d’un capitaliste particulier ; c’est là un argument que les bourgeois tournent volontiers contre le socialisme, mais il ne prouve rien contre lui, il condamne seulement l’Etat moderne. Malgré cela, dès à présent la nationalisation d’une entreprise peut être avantageuse à la collectivité, cela est vrai surtout des exploitations monopolisées, soit par la nature des choses — tels les chemins de fer, et certaines mines — , soit par des associations, les cartels et les trusts. Dans ces cas le public peut être tellement exploité par les monopoles particuliers, que l’exploitation par l’Etat apparaît comme une ancre de salut, surtout là où le gouvernement dépend de la nation, et où le fisc ne peut pas à son gré persévérer dans les abus du monopole particulier.

Mais là où aucun monopole particulier n’en fait une nécessité, il n’y a point de raison économique de remettre à l’Etat actuel l’exploitation d’une entreprise d'affaires. Tout au contraire: Aux raisons économiques qui s’y opposent viennent s’ajouter des raisons politiques tirées également du caractère dominateur qu’a l organisation actuelle de l’Etat. Augmenter la puissance économique de l'Etat actuel, c’est augmenter son pouvoir oppressif. De même que le motif économique, ce motif politique perdra de sa valeur, à mesure que le prolétariat aura plus d’influence dans l’Etat. Les formes démocratiques seules sont insuffisantes pour nous garantir que l’Etat n’emploiera pas sa puissance à -opprimer le prolétariat. Quand les paysans et les petits bourgeois sont en majorité, iis sont tout disposés, à l’occasion, à restreindre l’exploitation des ouvriers par les grands capitalistes, mais ils veillent avec un soin d’autant plus jaloux sur la « liberté économique » des petits exploiteurs. Les paysans et les petits bourgeois suisses laissent aux ouvriers pleine liberté d’action tant qu’il s agit d’affaires politiques, mais quand il s’agit de grèves contre les patrons, ils deviennent furieux, demandent l’assistance de l’Etat, et se comportent, si c’est possible, encore plus brutalement que leurs confrères des pays non libres. Et s’il s’agit d’améliorer la condition des ouvriers et des employés de l’Etat, on se sert des libertés démocratiques, du référendum surtout, pour leur tenir la dragée haute.

Là où le prolétariat ne joue pas un rôle prépondérant, le parti socialiste n'a aucune raison de s’enthousiasmer sans nécessité pour l’extension de l’exploitation et delà propriété de l’Etat. Cette nécessité existe-t-elle en agriculture ?

Jusque vers 1875 la propriété du sol eonstituait, sans contredit, un monopole qui aboutissait à une exploitation de plus en plus grande de la population. Mais le développement du commerce a, d’une manière générale,

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brisé ce monopole agricole , du moins partout où le gouvernement ne l’a pas maintenu en arrêtant artificiellement le commerce extérieur . D’un autre côté, l’exploitation agricole n’en est pas encore à désirer l’intervention de l’Etat. Les industries agricoles — raffineries de sucre, distilleries, brasseries, etc., — seront plus tôt mûres pour la nationalisation que fagriculture proprement dite. L’Etat lui-même préfère aujourd’hui alfermer ses domaines à des agriculteurs capitalistes, que les exploiter directement. Le parti socialiste n’a aucune raison pour augmenter le nombre des fermiers capitalistes de l’Etat et pour rendre le gouvernement plus indépendant des votes budgétaires des députés.

e) La nationalisation clés eaux et forêts.

Une branche importante des travaux agricoles qui, à la vérité, ne fait pas partie de l’agriculture proprement dite, fait exception : je veux parler de la sylviculture. L’exploitation rationnelle de la forêt est incompatible avec les besoins du capital qu’on veut faire fructifier. Partout où le capital s’empare de la forêt, il la ruine, car une bonne exploitation forestière n’est pas compatible avec le besoin qu’a le capital de faire sa rotation. Cetle rotation doit se faire aussi promptement que possible ; l’exploitation de la forêt le renouvelle très lentement. « La longue durée de la production (qui comprend un temps de travail relativement petit) et, par suite les longues périodes de rotation rendent la culture des forêts impropre à l’exploitation privée et par conséquent à l’exploitation capitaliste, qui est essentiellement privée, même si le capitaliste isolé est remplacé par des capitalistes associés. Le développement de la culture et de l’industrie a toujours tellement contribué à la destruction

des forêts, que tout ce qui a été fait pour les conserver et pour les produire est absolument négligeable (Marx, Capital , ii, édit, franç., p. 260).

Marx cite dans ce passage le Manuel de V exploitation agricole de Kirchhof : « Dans la sylviculture le procès de la production s’étend sur des espèces de temps tellement longs, qu’il dépasse les plans d’une économie privée et quelquefois même la durée d’une vie d’homme. Le capital dépensé pour l’acquisition du sol (Marx fait ici la remarque que, dans la production communautaire il n’est plus question de capital, mais seulement de la quantité de terrain que la commune peut soustraire aux terres labourables et aux pâturages pour la consacrer aux forêts) ne rapporte sérieusement qu’après un long temps ; il n’accomplit qu’une rotation partielle, la rotation complète de quelques espèces de bois dans les forêts durant jusqu’à cent cinquante ans. Au surplus, pour conduire ses affaires d’une manière sérieuse, le sylviculteur doit disposer d’une provision de bois vivant de dix à quarante fois plus considérable que le rendement annuel. C’est pourquoi celui qui n’a pas d’autres ressources et qui ne dispose pas de terrains considérables ne peut exploiter régulièrement une culture forestière. »

Là où les considérations capitalistes interviennent seules, les forêts sont bien vite condamnées ; on les déboise sans ménagement. Ce qui ne leur est pas moins fatal, c’est la misère des paysans. Mais les forêts contribuent tellement à rendre un pays habitable et fertile, elles ont une telle influence sur le climat, sur l’uniformité de l’étiage des eaux, elles tempèrent si bien les crues et les ensablements des rivières, elles protègent si bien les terres labourables dans les montagnes et sur le bord de la mer, que leur destruction inconsidérée est désastreuse pour la culture. Bien des fois les Etats ont été amenés à protéger les forêts, comme ils protègent la main-d’œuvre

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des salariés contre les abus du capital qui, dans son aveugle rapacité, cherche à tuer la poule aux œufs d’or. On a fait des lois pour protéger les forêts, mais elles sont insuffisantes et n’existent pas partout. Dans l’empire allemand, il n’y a jusqu’ici que 30 0/0 des terres couvertes de forêts privées qui soient soumises aux réglements du code forestier. La Prusse, la Saxe et plusieurs Etats de moindre importance n’ont pas même de code forestier.

D’un autre côté, l’Etat, en acquérant de nouvelles forêts, en plantant d’arbres des montagnes dénudées, des terrains sablonneux, répare à grands frais les dommages occasionnés d’un cœur léger par la rapacité des capitalistes.

La destruction des forêts n’est qu’incomplètement arrêtée par un autre phénomène décrit dans un autre chapitre, et qui est une conséquence de l’accroissement des revenus capitalistes. Si l’exploitation capitaliste refoule de plus en plus les forêts, le luxe des capitalistes cherche à les étendre. Mais comme il s’agit dans ce cas de luxe, de prodigalité, de caprice, l’extension que reçoit la forêt, de ce chef, n’a rien de rationnel ni de méthodique. On peut, par exemple, faire aujourd’hui dans les pays alpestres de PAutriche la remarque que dans certaines régions la forêt empiète sur les pâturages et même sur les terres à céréales, tandis qu’elle disparait dans d’autres, où elles sont absolument nécessaires comme digues contre les avalanches et les torrents, si bien que des terres de culture sont ruinées par des ébranlements et des inondations. Si d’un côté la surabondance des forêts diminue les terres labourables et rend l’agriculture impossible, elle devient impossible ailleurs par le manque de forêts : voilà l’exploitation forestière de la période capitaliste.

L’un et l’autre procédé sont désastreux, et l’intérêt général exige qu’on les abandonne ; or, le moyen le plus

efficace est la nationalisation des forêts, seule capable d’en assurer l’exploitation rationnelle, du moins là où l’Etat est dans une bonne situation financière et où le gouvernement n’est pas sous l’influence de ces aristocrates qui considèrent comme un de leurs plus précieux privilèges de ruiner l’agriculture par leur sport favori. Dans un Etat démocratique qui a de bonnes finances, le parti socialiste pourra, même si le prolétariat n’y a que peu d’influence, demander sans hésitation la nationalisation des forêts.

A la nationalisation des forêts se lie intimement celle des eaux. Ce ne sont pas seulement les intérêts de l’agriculture — irrigations et dessèchements — qui sont à considérer, mais beaucoup d’autres intérêts des plus importants, surtout ceux du commerce — navigation sur les fleuves, sur les lacs et sur les canaux, — ceux de l'industrie qui a besoin des forces motrices de l’eau et qui s’en servira d’autant plus que l’électricité sera plus appliquée, ceux de l’hygiène — dessèchement des marais, aménagement d’eaux potables, enlèvement des immondices et des déchets, — enfin les intérêts de la sécurité publique — principalement la protection contre les fortes crues. Une administration rationnelle des eaux devient de plus en plus nécessaire, au fur et à mesure que se développe le mode de production capitaliste, car plus que tout autre, il modifie l’état naturel des eaux par le déboisement, par le dessèchement des marais, par l’abaissement du niveau des lacs, parles conduites d’eau, par le creusement des canaux, par la rectification des rivières, etc. Mais il a aussi, plus que tout autre, su diriger les eaux à son gré. Plus le système d’écoulement des eaux est artificiel, plus désastreuses sont les suites qui résultent d’une fausse direction, et ici, moins que dans toute autre circonstance, l’intérêt privé se confond avec l'intérêt général. Juridiquement l’on peut diviser une rivière en plusieurs parties et accorder à un

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particulier un droit de propriété sur l’une de ces parties, mais en réalité une rivière, toute la vallée même reste, de sa source à son embouchure, un tout, et ce qui, dans la partie concédée de la rivière, est utile à son propriétaire, peut devenir ruineux pour les habitants qui sont en aval de cette propriété. L’administration des eaux ne saurait être rationnelle, que si tout le bassin d’un fleuve est administré avec méthode et unité de vues, et pour cela il ne faut pas séparer l’exploitation des eaux de celle des forêts. Le maître du fleuve doit aussi être maître de la forêt. La nationalisation des eaux peut être réclamée avec d’autant plus de droit que la rente foncière, que donnent les eaux courantes, loin de baisser ne fait que croître, principalement à cause de l’emploi toujours plus grand que fait l’industrie de l’eau comme force motrice. Il n’y a pas à redouter que cette nationalisation grève les populations de nouvelles charges ; elle sera plutôt une source de richesses pour l’Etat, du moins partout où elle sera habilement exécutée. Là où l’administration n’est pas assez corrompue pour faire de tout acte de nationalisation un pillage de l’Etat, ni assez bureaucratique, assez routinier pour se trouver embarrassé devant tout problème technique ; partout où elle est assez honnête et soumise au contrôle de représentants démocratiquement élus, on pourra, sans hésistation, réclamer dès à présent la nationalisation des eaux.

Quelque suspecte que soit l’exploitation faite par un Etat bourgeois, ou, ce qui est pire, par un gouvernement policier, elle vaut mieux dès à présent que l’exploitation privée quand il s’agit des eaux et forêts. Il ne faut pas confondre cette nationalisation des eaux et forêts avec la possession commune des sociétés territoriales du moyen âge (1). Cette communauté de propriété résultait de l’exploitation en commun des eaux et des forêts, de la

(1) Markgenossenschaft.

poche en commun, de la chasse en commun, du pâturage en commun. Aujourd’hui le pâturage dans la foret n’existe presque plus, la chasse est devenue une distraction privée de l’aristocratie, et la pêche lluviale n’a plus qu’une importance très minime dans l’alimentation populaire. Si actuellement la nationalisation des eaux et forêts devient une nécessité, la pêche, la chasse et le pâturage n'ont rien à y voir, mais il y a d’autres considérations, dont il ne pouvait être question au moyen âge, parce que toutes leurs conditions manquent.

f) Le communisme an village .

Nous ne dirons rien de plus de l’activité économique de l’Etat à la campagne. Mais outre la gestion par l’Etat — le « socialisme d’Etat » — se développe aussi l’économie communale, le « socialisme municipal ». Celui-ci ne serait-il pas le levier désiré par l’agriculture, avec l’aide duquel on peut déjà aujourd'hui précipiter le développement enrayé de l’agriculture et la pousser dans la voie du socialisme ?

Le communisme au village n'est-il pas une très ancienne institution, avec laquelle les paysans conservateurs sont plus familiarisés que les citadins et dont de nombreux vestiges se sont conservés ?

Dans l’Empire allemand on comptait en 1895 :

Désignation

Communes

Exploitations

Étendue

des

exploitations

en

hectares

Avec pâturages indivis.

Avec forêts indivises .

-Avec terres divisées

mais restant pro¬

priété communale .

d’un programme agraire ?

Y a-t-il autre chose à faire qu’à développer ces restes du communisme au village pour frayer le chemin du socialisme à l’agriculture des paysans? Voilà qui est très séduisant. En Russie, où le communisme rural était encore fort en vigueur, il n’y a pas longtemps, en réalité une partie considérable des socialistes était convaincue que, grâce à ce communisme, la Russie était bien plus rapprochée de la société socialiste que l’Europe occidentale. En Occident, ce furent des réformateurs bourgeois, tels que Laveleje, qui s’enflammèrent les premiers pour ce communisme rural primitif et qui virent dans sa résurrection le moyen de résoudre la question sociale à la campagne, et en meme temps aussi dans les villes, où il n’y aurait plus constamment un nouvel afflux de prolétaires. Dernièrement encore, des socialistes qui cherchaient un programme agraire, se sont prononcés pour l’extensïon et le renforcement de ce communisme primitif au même moment où le parti socialiste russe, instruit par l’expérience, avait complètement renoncé à l’idée de faire de ce communisme rural légué par le Moyen Age un élément du socialisme moderne.

Il y a communisme et communisme. La révolution après laquelle aspire le parti socialiste n’est pas, en fin de compte, une révolution juridique, mais une révolution économique ; elle n’est pas un renversement de l’état de la propriété, mais du mode de production. Son but n’est pas l’abolition de la propriété privée, mais celle du mode de production capitaliste ; elle ne cherche à abolir celle là que parce qu’elle peut être un moyen d’en finir avec celui-ci. Les plus grandes difficultés qui s’opposent au socialisme sont d’ordre économique et non d’ordre juridique. En partant de ce point de vue, la simple extension de la propriété communale du sol ne préparera nullement au mode de production socialiste là où elle ne servira pas à étendre l’exploitation

communale, telle que l’entend le socialisme moderne.

La propriété commune du sol dans les sociétés territoriales du moyen âge résultait des nécessités d’un genre d’exploitation aujourd’hui tout à fait suranné. On n’a pu se débarrasser de ce genre d’exploitation qu’en renonçant à cette propriété commune qui lui correspondait. Là où se sont conservés les Allmend (1) ou d’autres vestiges de communauté territoriale, ils sont en général aujourd’hui encore des obstacles au progrès de l’agriculture. Ils ne peuvent se justifier économiquement que dans des cas exceptionnels, dans les Alpes suisses, par exemple, que l'agriculture ne peut utiliser qu’en pâturages ; les faire revivre et leur donner de l’extension serait folie, si l’on ne voulait retourner en même temps à l’ancien mode d’exploitation, au système des trois assolements avec le pâturage dans les prés communs et dans les forêts communales.

Les agronomes qui réclament aujourd’hui la restauration des allmend ne sont pas du tout socialistes. Ils la réclament dans l’intérêt de la grande propriété foncière; ils veulent mieux fixer au sol les ouvriers agricoles qu’on attire en leur faisant entrevoir la possibilité d'acquérir un petit bien. Mais sur ces petites propriétés ils ne peuvent pas nourrir de bétail sans un pâturage en commun, ils ne peuvent pas obtenir d’engrais, et par conséquent ne peuvent se maintenir. La restauration de l’allmend des temps féodaux achèvera et assurera la restauration des serfs et de la féodalité (2).

Mais si, d’une part, V allmend est devenu un moyen d’entraver le progrès économique et de maintenir des situations féodales, le droit de jouissance de Pallmend est, d’autre part, devenu lui-même un privilège féodal.

(1) Territoires communs.

(2) Cf. V. d. Goltz, Die làndliche Arbeiter filasse uncl der preus sische Staat, p. 262 et sq. Sering, Die inriere Kolanisation im ostli chen Dcutschlancl, p. 431-271 et sq.

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Les compagnons de territoire par hérédité deviennent une aristocratie. Ils se considèrent comme un corps de bourgeois, se séparent de la majorité des habitants, les immigrés, et s’élèvent au-dessus d’eux. « Comme ces jouissances, dit Miaskawski, un ardent admirateur des allmend, ne s’obtiennent pas toujours gratuitement, et n’échoient fréquemment qu’à une fraction de la population établie dans l’endroit, les allmend qui devaient être possédés librement par tous ceux qui dans le cours du temps sont venus s’établir là, sont devenus une sorte de fidéicommis collectif, dont la jouissance revient actuellement aux membres d’une corporation de droit privé s’isolant de plus en plus et dont l’accès n’est pas toujours gratuit (1). »

Partout où la propriété collective du sol existe encore dans une mesure assez considérable, partout où elle est mise en exploitation par un nombre assez considérable de paysans, elle est devenue, comme Miaskowski le dit très bien, un fidéicommis, qui se distingue des autres fidéicommis aristocratiques par cela seul, qu’au lieu d’appartenir à une seule famille, il appartient à un certain nombre de familles. Le parti socialiste doit combattre ce fidéicommis comme tous les autres fidéicommis féodaux.

Mais là où cette propriété collective du sol ne s’applique plus qu’à de misérables restes, à de petits pâturages, à la fane dans les forêts à l’usage des nécessiteux, elle maintient les fidéicommis de grands propriétaires, elle favorise l’exploitation des ouvriers agricoles en les fixant au sol. Elle a le même etfet que certaines institutions de bienfaisance des fabricants : les maisons, par exemple, qu’ils bâtissent et louent à leurs ouvriers. Le parti socialiste n’a, à notre avis, aucun motif de s’intéresser à l’extension et aa développement de cetfe espèce de communauté des biens.

(1) Miaskowski, Die Schioeizerische Allmend , p. 3,

Ce serait d’ailleurs tomber dans l’exagération que de demander la suppression pure et simple des droits de pacage et d’affouage qu’ont pu conserver quelques populations nécessiteuses. La suppression de ces droits fait partie du procès de l’expropriation des masses en faveur de quelques propriétaires. Ce procès est inévitable et est un préalable indispensable du développement de la production socialiste moderne. Mais nous avons déjà remarqué que ce n’est pas une des tâches historiques du prolétariat de favoriser ce procès, que, s’il intervient dans ce procès, ce n’est que pour assister autant que possible les opprimés, pour adoucir autant qu’il est possible les conséquences naturelles de cette évolution, sans arrêter le progrès, et autant que le permettent les forces en présence et la situation économique.

Là où de petits paysans et des salariés ont conservé des droits de pacage et d’affouage, le parti socialiste ne doit pas chercher à les supprimer. Nous en avons comparé les effets à ceux des maisons ouvrières construites par les fabricants. Mais bien qu’on puisse regretter que les ouvriers soient enchaînés et asservis grâce à ces maisons, il serait quand même absurde de travailler à faire expulser ces habitants de leurs maisons.

Le parti socialiste peut s’en remettre tranquillement aux classes dominantes pour abolir les droits de pacage et d’affouage quand ils gênent l'exploitation rationnelle des terres ou des forets. Il se donne pour tâche de diminuer autant que possible les souffrances des ayants droit, dans le cas d’une telle suppression, et d’empêcher qu’ils soient lésés dans leurs droits si modiques, comme c’est trop souvent le cas.

Mais en agissant ainsi il ne faut pas que le parti socialiste s’imagine avancer, alors qu’il retourne en arrière ; il ne faut pas, qu’en ressuscitant la propriété collective du sol du Moyen Age, en donnant de l’exten-

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