D ON PROGRAMME AGRAIRE
sion aux allmend, aux pâturages communaux, aux forêts communales, en étendant le droit d’affouage etc. il pense travailler à l’avènement du socialisme.
Mais si la base du communisme agraire des communes du Moyen Age a disparu sans retour, ainsi que ce communisme lui-même, on voit s’établir déjà au sein de la société actuelle les conditions d’une espèce de socialisme communal moderne non à la campagne mais dans les villes. La concentration de la population dans les villes est une de ces conditions, elle crée de nouvelles tâches aux administrations communales, et rend nécessaire en bien des cas le remplacement de la propriété privée par la propriété communale.
De grandes agglomérations de population ont pour effet, d’une part, de faire passer à de grands établissements centralisateurs certaines fonctions économiques dont chaque habitant s’acquitte au village : tels l’éclairage, l’approvisionnement d’eau, le roulage; tous ces services deviennent des monopoles insupportables dans les mains du capital — établissements pour la fourniture du gaz ou de l’électricité, conduites d’eaux, tramways, etc. — si bien que tôt ou tard, il faut qu’ils deviennent partout des services municipaux. D’autre part, les grandes agglomérations créent des obligations nouvelles aux administrations municipales, et leur fournissent des moyens nouveaux pour les remplir, ce qui serait impossible aux communes rurales.
La condensation des habitants dans des espaces étroits, l’augmentation de la rente foncière qui pousse les propriétaires à recouvrir de nombreux^tages chaque mètre carré de terrain et à priver les habitants d’air et de lumière, les quantités énormes de vivres, qui du matin au soir affluent dans les villes, les masses de déchets dont il faut constamment les débarrasser, tout cela fait naître quantité de problèmes très difficiles, ignorés dans les
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communes rurales, dont la solution exige toute une série d’importantes institutions municipales : création de canalisations, de places et de jardins publics, de halles, etc. Les agglomérations urbaines ne font pas seulement naître des besoins inconnus aux populations rurales, elles se trouvent aussi dans les conditions nécessaires à la satisfaction des besoins communs à la ville et à la campagne, mais que celle-ci n’est pas aussi à même de satisfaire. A ces besoins répondent des établissements que la campagne ne connaît pas : des écoles supérieures, des hôpitaux, des hospices seraient tout aussi nécessaires en rase campagne qu'à la ville, mais les éléments qui peupleraient" ces établissements sont insuffisants et il n’y a pas non plus les ressources matérielles et intellectuelles nécessaires. La campagne s’appauvrit, tandis que les richesses s’accumulent dans la ville ; la campagne s’étiole intellectuellement, tandis que la vie intellectuelle a son plus bel épanouissement dans la ville.
Pour toutes ces raisons, l’exploitation communale prend dans les villes des proportions de plus en plus grandes, et se développe bien plus rapidement que la ville elle-même.
Mais la commune est avant tout une institution administrative et non gouvernementale, à moins qu’elle ne se confonde avec l’Etat, ce qui, dans les temps modernes, n’a lieu que fort exceptionnellement. Elle est d’autant moins une institution gouvernementale, qu’elle est plus indépendante de l’Etat, qu’elle lui est moins assujettie. Or, dans les villes industrielles, le prolétariat ne tarde pas à prendre de l’importance. C’est là qu’il s’agglomère, qu’il acquiert sa conscience de classe, qu’il s’organise, qu’il parvient à la maturité politique, qu’il devient assez fort pour défendre publiquement et avec persévérance ses intérêts en opposition avec ceux du capitalisme. S’il obtient le suffrage universel dans les élections munici-
pales, il peut, si les municipalités ont une autonomie suffisante, arriver dès aujourd’hui à administrer conformément à ses intérêts, c’est-à-dire aux intérêts de la collectivité ; il peut faire du socialisme municipal, dans les limites étroites, il est vrai, que lui impose le caractère en général capitaliste de l’Etat et de la société ; mais dans ces limites mêmes, il peut, avec de la prudence et de la compétence, obtenir des résultats très importants.
Mais l’administration de la commune pourra être d’autant plus rationnelle, plus méthodique, qu’elle sera plus maîtresse chez elle, qu’il y aura plus de propriétés communales. En ville, la rente foncière s’accroît, le bénéfice de cette augmentation revient à la commune, si elle est propriétaire du sol, et si la commune est autonome, si le suffrage universel y existe, si le prolétariat y a pris un certain développement, ce bénéfice ne servira pas à augmenter la puissance des classes dominantes, mais à favoriser là politique qui se propose le bien-être et la civilisation de la commune. La communalisation du sol permettra une réforme complète du système des logements ; une réforme effective : la construction de maisons communales, tandis que règlements, interdictions, inspection des bâtiments et des logements ne remédient qu’aux inconvénients les plus graves, sans atteindre dans sa source l’avidité du propriétaire d’immeubles.
C’est donc une des tâches les plus importantes d’une municipalité moderne, démocratique et autonome, de donner le plus d’extension possible à la propriété communale du sol. Partout le devoir d’une administration municipale sera, non seulement de s’opposer à l’aliénation de toute propriété municipale, mais aussi de profiter de toutes les occasions pour en acquérir de nouvelles, pour peu que les conditions de l'acquisition soient avantageuses. Mais dans l’Etat, les partis prolétariens doivent travailler à faire accorder aux municipalités les
d’un programme agraire ? ol
droits les plus étendus contre les exploiteurs des terrains à bâtir, le droit d’expropriation le plus large*
Il en est autrement à la campagne. Le prolétariat n’y a aucune influence dans la commune, pas même là où existe le suffrage universel. Il y est trop isolé, trop arriéré et trop dépendant économiquement du petit nombre d’exploiteurs, qui peuvent le surveiller de près. On ne peut y songer à une autre politique communale qu’à celle qui favorise les intérêts de la propriété foncière ; il manque au « socialisme municipal » non seulement les bases politiques, mais aussi les bases économiques. On n’admet pas que les fonctions économiques des municipalités urbaines puissent s’exercer dansles villages. L’ancienne administration rurale des temps féodaux qui laissait beaucoup à faire à la commune a disparu. Mais on ne peut pas encore songer à une exploitation rurale moderne par la commune, à une grande exploitation coopérative par la commune rurale. Même dans les villes, les coopératives de production ne réussissent que rarement. Pour en créer sur une grande échelle parmi les paysans tous les éléments de succès font à peu près defaut: l’intelligence, la discipline et l’argent nécessaires. Nous ne pensons pas qu’une seule commune rurale soit en situation d’entreprendre immédiatement l’exploitation d’un grand bien. S’il en est ainsi, si la propriété collective n’a plus la même raison d’être qu’elle avait autrefois, si le socialisme municipal tel qu’il existe dans de grandes villes n’est pas possible à la campagne, pourquoi demander que les communes rurales acquièrent des propriétés foncières, ou augmentent celles qu’elles possèdent ? elles ne doivent pas acquérir le sol, simplement pour le posséder, mais pour l’utiliser convenablement. Si cette utilisation est impossible, l’acquisition est plus que superflue. Elles pourraient tout au plus affermer leurs terrains, mais avec le temps elles n’en tireraient plusieurs frais, étant donnée la baisse de la rente foncière.
d’un programme agraire ? 53
La formation et le développement de la propriété foncière municipale pourra, dans la campagne comme dans les villes, devenir un jour une des méthodes de socialisation des moyens de production. Mais dans les circonstances actuelles, elle ne saurait être revendiquée d’une manière générale que dans les villes. Et ici nous ne nous occupons que des revendications générales. Ce qui, dans des circonstances particulières, peut devenir nécessaire çà et là, ne nous préoccupe pas, puisque nous n’avons à parler que de la politique agraire socialiste dans ce qu’elle a de général.
a) Politique socialiste industrielle et agricole.
Tout ce que nous avons déjà exposé de la politique agraire socialiste n’a donné qu’un résultat négatif. Cela n’est pas très encourageant pour ceux qui cherchent un « programme agraire » socialiste, c’est-à-dire : 1 ensemble de tout ce que le prolétariat doit réclamer pour sauver le mode actuel d’exploitation des paysans, ou pour le transformer en exploitation socialiste sans souffrances, sans qu’il ait à passer par le capitalisme, alors que la société est encore capitaliste.
De tout cela ne résulte cependant pas que, de notre point de vue, le parti socialiste ne puisse pas avoir de politique agraire positive, que nous soyons condamnés à l’inaction. Si le point de vue du parti socialiste rend possible, rend même nécessaire dès aujourd’hui, une intervention directe de l’Etat dans le domaine de 1 industrie, il doit en être de même dans l’agriculture, car toute la société est, comme nous l’avons fait remarquer si souvent, un organisme dans lequel tout se tient, et la politique du parti socialiste doit être de la même nature dans le domaine de l’agriculture que dans celui de l’industrie. Mais, d’autre part, le prolétariat ne pourra pas transporter telle quelle dans l’agriculture sa politique socialiste actuelle, tirée de l’état de l’industrie. U faut
qu’il l’adapte à la nature particulière de l’agriculture. C’est, là le problème que le parti socialiste a tout d’abord à résoudre, s’il veut créer un mouvement social dans la campagne. Il n’a pas besoin de principes nouveaux, de programme nouveau pour pouvoir agir sur la campagne, il a plutôt à rechercher quelles seront les conséquences des principes généraux, du programme général qu’il a eus jusqu’à présent, s’il les applique à l’agriculture, et comment ses revendications en seront modifiées.
Une telle recherche formerait, à elle seule, un grand ouvrage. Elle donnerait aussi, à cause de l’excessive variété des phénomènes agricoles, des résultats différents dans chaque pays, meme dans chaque localité. Elle ne pourrait être complètement faite par un seul théoricien, elle aurait besoin de la collaboration d’un ou plusieurs « praticiens », c’est-à-dire de gens parfaitement experts dans les différentes exploitations agricoles dont il s’agit. Elle n’aboutirait non plus à rien de définitif, de même que les programmes socialistes pour l’industrie n’ont jamais qu’un caractère provisoire, puisque la situation se modifie constamment.
Si, malgré cela, nous nous occupons encore ici de cette recherche pour l’Allemagne, nous ne le faisons que pour trouver quelques exemples concrets qui montreront avec évidence que de notre point de vue, une politique agraire positive n’est pas impossible au parti socialiste. En revanche, rien n’est plus loin de notre pensée que de vouloir donner ici un exposé complet et définitif d’une politique agraire socialiste.
La tâche historique du parti socialiste consiste à pousser la société au-delà du stade capitaliste, mais cela nécessite, d’une part des mesures favorables à toute la société et, d’autre part, des mesures favorables au prolétariat, le seul ressort capable de faire franchir à la société le stade capitaliste. La politique sociale du
56 n. — PROTECTION DU PROLÉTARIAT AGRICOLE
parti socialiste offre ^e double aspect. La politique agraire devra en conséquence comprendre des mesures :
1° Favorables au prolétariat agricole.
2° Favorables :
a) A l’agriculture.
b) A toute la population des campagnes.
La protection spéciale des paysans n’y trouve pas de place.
Les mesures de premier ordre se divisent à leur tour en deux groupes.
1° Celles qui écarteront tout ce qui s’oppose à la libre action et à Organisation du prolétariat.
2° Les msures qui permettront à l’autorité de combattre l’effet déprimant de facteurs économiques trop puissants et de protéger les capacités matérielles, intellectuelles et morales des prolétaires partout où l’action des particuliers et des groupes organisés est impuL santé.
b) Droit de coalition, reglements sur les domestiques .
Dans le premier groupe se rangent avant tout les mesures abolissant tout ce qui survit encore en Allemagne du servage féodal. Parmi ces survivances nous citerons en première ligne les règlements relatifs aux domestiques, dans lesquels les classes dominantes, lors de l'écroulement du gouvernement féodal absolu, ont retenu tout ce qu’elles pouvaient sauver du servage, ce Rien, dans notre société bourgeoise, ne se rapproche plus de l’esclavage et du servage, dit Anton Menger, que la situation des domestiques » (1). Ce caractère féodal de l’ét t des domestiques s’accentue encore là où des lois d’ex-
(1) Pas bürgerliche Recht und die besitzlosen Volksklassen ( Arcltiv für soziale Gesetzgebung
ception contre les domestiques, des règlements particuliers lui donnent comme l’estampille de la loi. Cela ne fait pas honneur aux faiseurs du Code civil de l’empire allemand (accepté parle Reichstag en 1896), d’avoir conservé intacts, cent ans après la grande révolution bourgeoise, ces restes féodaux et beaucoup d’autres du même genre. Parmi tous les pays d’empire, l’Alsace-Lorraine seule n’a pas de règlement sur les domestiques, grâce au droit français qui y est en vigueur (1).
Mais, en dehors des lois d’exception faites contre les domestiques, il y en a d’autres qui atteignent tous les ouvriers agricoles. Ils n’ont pas encore obtenu dans l’empire allemand le droit de coalition, dont jouissent seuls les ouvriers de l’industrie. En Prusse, par exemple, en vertu de la loi du 24 avril 1854, aujourd’hui encore en vigueur, il est interdit aux ouvriers de la campagne : domestiques, manœuvres, Instleute (2), ouvriers logés, etc., et même aux bateliers de se concerter en vue d’une grève, sous peine d’un an d'emprisonnement. Le droit de coalition compte avec le suffrage universel et la liberté du domicile parmi les plus importants des droits fondamentaux du prolétariat moderne : celui-ci ne peut pas se développer sans ce droit de coalition qui est devenu pour lui une condition d’existence ; il est toutefois encore plus important pour l’ouvrier des villes que pour l’ouvrier des campagnes qui ne peut pas, par la coalition, remédier à son isolement et à sa dépendance économique.
En Angleterre, les tentatives d’organisation des ouvriers agricoles remontent à 1830. Quelle est leur situation aujourd’hui ? « Sur 750.000 ouvriers employés
(1) Cf. à ce sujet l’article très intéressant du Volkslexicon de Wurm, 1895, 2e vol., p. 926 et sq., et aussi le livre de W. Kahler, Gesindewescn and Gesinderechl in DeutscJdand.
(2) V. ma Question agraire , p. 239-240.
aux champs, il n’y en a pas plus de 10.000 qui soient organisés » (1).
Si le droit de coalition est aussi pour les ouvriers agricoles une arme indispensable et très précieuse, le droit de déplacement, la liberté du domicile, est cependant pour eux d’une plus grande importance pratique. Partout où leur situation s’est améliorée dans ces derniers temps, ils le doivent à cette liberté de déplacement qui leur permet de s’expatrier, de se rendre dans les villes ou dans d’autres centres industriels. C'est pourquoi le droit de déplacement est une des lois de l’Etat moderne les plus odieuses aux agrariens. Jusqu’ici ils sont dans l’impuissance d’y attenter directement, ils n’en emploient que davantage les moyens les plus perfides pour y porter la main; ils attachent l’ouvrier au sol au moyen de petites propriétés, ils rétablissent des cillmend, pâturages communs ; ils afferment des terres labourables ou des jardins aux salariés; des difficultés sont créées aux émigrants par les autorités (procédé particulièrement prisé en Gallicie afin d’entraver l’émigration des tout petits paysans), on élève les tarifs des chemins de fer, on surélève les droits d’entrée dans les villes, on recourt à toutes sortes de manœuvres réactionnaires.
C’est contre toutes ces manigances que le parti socialiste doit énergiquement s’élever. 11 est certain que les agrariens voudraient démontrer qu’il y a un conflit d’intérêts entre les ouvriers industriels et les ouvriers agricoles. Ils disent que si les districts industriels sont envahis par les ouvriers des champs, la condition des ouvriers de l'industrie empire et leur force de résistance contre les capitalistes diminue. 11 est donc de l’intérêt des ouvriers industriels, que les ouvriers de campagne cessent d’affluer vers les villes. Des arguments de ce genre se sont aussi produits parmi les ouvriers indus-
(1) Webb, Histoire du Trade-Unionisme.
triels. Même dans les discussions qui précédèrent l’élaboration du programme agraire rejeté à Breslau en 1895, il fut montré que cette désertion de la campagne faisait une nécessité urgente de la conservation des paysans et de l’amélioration du sort des ouvriers agricoles, afin de les maintenir à la campagne. L’agitation syndicale dans les districts industriels ne conduira à rien, tant qu’arriveront des campagnes des flots de prolétaires sans besoins, sans intelligence et sans aucune résistance économique, qui paralyseront les efforts des ouvriers organisés.
Ce raisonnement est juste du point de vue de quelques classes d’ouvriers qui, avec un esprit borné, ne songent qu’aux intérêts du moment, du point de vue des syndiqués qui ne connaissent que leur syndicat, mais non du point de vue de tout le prolétariat considéré comme le ressort d’une évolution vers un ordre social nouveau. Si le raisonnement en question était juste il serait de l’intérêt du prolétariat industriel de s’opposer à grossir ses rangs de quelque façon que ce soit, autrement dit de supprimer la condition préalable de sa victoire. L’émigration des paysans vers la ville fait que les ouvriers déjà organisés conquièrent plus difficilement une situation privilégiée dans le prolétariat, mais elle donne tout d’abord la possibilité d’organiser de nombreux groupes d’ouvriers et de les incorporer dans le prolétariat militant, alors qu’autrement ils resteraient hors de ses rangs, ou se laisseraient même enrégimenter contre le prolétariat. Il est évidemment plus difficile de remporter la victoire avec de jeunes recrues qu’avec des vétérans ; et pourtant, dans les armées de la révolution française, ce sont de jeunes recrues qui, grâce à leur enthousiasme et à leur nombre, vainquirent les vétérans de l’Europe monarchique, qui ne trouvait pas moyen de combler ses vides. De même les armées prolétariennes seront plus sures de vaincre en augmentant rapidement le
60 II. — PROTECTION Dü PROLÉTARIAT AGRICOLE
nombre des recrues qui accourent pleines d’enthousiasme sous leurs drapeaux, qu’en bien exerçant leurs vétérans.
Il faut se rappeler en outre que l’absorption lente partout, nulle çà et là, de la petite exploitation agricole par la grande exploitation, assure moins la victoire du prolétariat que la puissance de l’industrie toujours croissante dans la société ; cet accroissement résulte, d’une part, de ce que l’industrie gagne du terrain sur l’agriculture, d’autre part, de ce que celle-ci dépend de plus en plus de celle-là.
Le parti socialiste commettrait un véritable suicide en essayant d’arrêter cet essor de l’industrie, en voulant limiter le prolétariat industriel, en employant des moyens artificiels pour ne pas accroître l’adjonction des forces nouvelles qui arrivent par flots des campagnes dans les districts industriels. Ce suicide est heureusement impossible.
Il est impossible de faire naître des besoins nouveaux chez les gens de la campagne, de triompher de leur apathie, tout en les maintenant aux champs. La situation des ouvriers agricoles dans la société actuelle sera toujours moins favorable que celle des prolétaires industriels. Ceux-là ne suivront ceux-ci que d’un pas très lent dans leur développement ; il est donc impossible de supprimer l’attraction que l’industrie exerce sur les populations agricoles ; elle ne fera au contraire qu’augmenter, à mesure que les campagnards seront tirés de leur torpeur, et qu’ils entreront plus en contact avec les populations industrielles.
Le droit de coalition et la liberté de déplacement sont, pour le prolétariat industriel et pour le prolétariat agricole, les moyens les plus importants d’organisation et de libre activité. Le devoir du parti socialiste est de conquérir ces armes de la lutte de classe, de les conserver là où elles sont conquises, d’apprendre aux
groupes variés d’ouvriers à s’en servir, et de les aider à les manier.
Voilà tout ce que nous dirons du premier groupe de mesures intéressant le prolétariat.
c) Protection des enfants.
Le deuxième groupe comprend les lois de protection ouvrière, les lois qui protègent tous les ouvriers, et particulièrement les femmes et les enfants.
À-t-on d’une façon générale besoin de telles lois pour protéger les ouvriers agricoles? Cette question peut étonner, mais ce qui étonnera encore plus, c’est qu’il y ait en Allemagne des philantropes qui la résolvent par la négative, en s’appuyant sur l’enquête sur la situation des ouvriers agricoles faite par la « Société de politique sociale» ( Verein fur Sozialpolitik ) ; nous avons déjà maintes fois cité cette enquête.
Elle s’est faite, à la vérité, d’une façon tout à fait singulière. Le questionnaire fut envoyé aux entrepreneurs agricoles exclusivement. C’est d’eux que les « politiciens sociaux » attendaient la vérité sur la situation des ouvriers agricoles.
Le conseiller supérieur, M. Thiel, un des enquêteurs à qui l’on faisait remarquer l’absurdité d’un tel procédé, a répliqué dans l’introduction du compte-rendu des résultats « que si Ton pouvait jamais accorder confiance aux déclarations des employeurs sans que les ouvriers y aient rien à rectifier, c’est surtout dans l’agriculture, où les relations entre employeurs et employés sont encore assez simples; pas de longues luttes au sujet des salaires, pas de grèves, pas d’excitation à la lutte de classe, pas de profond antagonisme d'intérêts, rien pour envenimer les relations patriarcales entre les employeurs et
les employés... Des jugements subjectifs s’y sont mêlés naturellement/ne reflétant que trop fréquemment l’esprit de l'employeur, mais par cela même facilement reconnaissables et n’induisent personne en erreur (1) ».
En d’autres termes, les enquêteurs admettaient comme démontré ce qu’ils voulaient prouver, et il leur semblait tout naturel que personne n’était plus compétent que les employeurs de répondre à des questions comme cellesci : « Y a-t-il surmenage par suite de trop longues journées de travail, particulièrement chez les femmes et les enfants ? Le travail des femmes entraîne-t-il après lui la négligence du ménage? Quelle est l’influence du travail des champs sur le développement intellectuel de l’enfant? Le règlement actuel des domestiques doit-il être réformé? etc. »
Et si l’un des agriculteurs consultés donnait une réponse « subjective » à ces questions, cela se « reconnaîtrait facilement » !
Jamais prétention plus singulière n’a été élevée par des hommes dont le savoir doit être pris au sérieux.
Nous ne songeons pas à mettre en doute que parmi ces agriculteurs consultés, il n’y ait des hommes très honnêtes et très instruits, et qui ne soient capables de nous apprendre bien des choses : l’enquête en question est remplie de faits intéressants. Mais elle était absolument impropre à se prononcer sur la nécessité de réformer la situation des ouvriers agricoles. Aucun homme intelligent ne cherchera à s’éclairer sur la nécessité d’une réforme chez les gens qui ont toutes les raisons pour la faire échouer.
Les « politiciens sociaux » avaient cependant encore d’autres raisons, que leur grande confiance dans la bienveillance des hobereaux pour leurs ouvriers, pour ne consulter que les premiers. D’abord ils manquaient de
(1) V èrhaltnisse ; I, p. 12.
moyens et d’auxiliaires, témoignage pitoyable de l’intérêt que portent à la science les classes riches qui nous gouvernent. Ces messieurs auraient du s’adresser au parti socialiste ; les prolétaires leur auraient fourni les moyens et les auxiliaires nécessaires pour consulter les ouvriers agricoles en même temps que les agriculteurs. Et le parti socialiste aurait aussi aidé à surmonter le second obstacle qui, d’après M. Thiel, s’opposait à ce qu’on interrogeât les ouvriers agricoles : leur niveau intellectuel peu élevé. Cette mentalité rudimentaire existe certainement grâce à ce patriotisme qui a plus d’argent à consacrer à Kiautschau qu’à l’école populaire prussienne ; mais nos compagnons auraient pu montrer çà et là des ouvriers agricoles capables de faire connaître la pure vérité à messieurs les « politiciens sociaux ».
Mais on ne saurait demander à des « politiciens sociaux » allemands d’entrer en relation avec des organisations ouvrières, quand il s’agit d’étudier la condition des ouvriers ! Ceux qui l’ont fait, C. H. Bax, en Thuringe, H. Ilerkner en Alsace en ont, à la vérité, tiré grand profit au point de vue de la science, mais ils ont du agir en secret. Et c’étaient des hommes jeunes, sans charges et sans dignités. Mais aucun homme intelligent n’oserait demander que messieurs les conseillers intimes, qui sont les conseillers de la politique sociale de nos intellectuels, étudient la condition des ouvriers ailleurs que dans les cercles les plus select.
Mais alors même qu’ils ne voulaient pas s’abaisser jusqu’à interroger des ouvriers sur la situation ouvrière, il y avait encore d’autres personnes qu’ils pouvaient consulter, sans déroger; et dont les intérêts n’étaient pas directement opposés à ceux des ouvriers. On pouvait croire qu’à cette question, par exemple : le travail des enfants leur fait-il négliger l’école? les instituteurs répondraient avec plus de compétence que les exploiteurs des enfants ; que les médecins de campagne sont plus à
même de se prononcer sur l’insuffisance de la nourriture et des logements, sur le surmenage des salariés, que leurs exploitateurs. Outre les instituteurs et les médecins, il y a encore des ecclésiastiques à la campagne, qui prennent leur vocation au sérieux, et qui çà et là auraient pu fournir des réponses plus impartiales que les entrepreneurs.
Le procédé de la Société de politique sociale n’a de sens que si elle ne s’intéressait nullement aux ouvriers-, mais simplement aux entrepreneurs, si Fenquète devait renseigner, non sur l’état misérable des ouvriers, mais sur la détresse des entrepreneurs et sur les moyens de leur venir en aide.
Parmi les rédacteurs des résultats de l’enquête, M. le docteur K. Kàrger l’a très bien compris et il conclut ainsi :
« D’après moi, toute la question des ouvriers agricoles aboutit à celle-ci : Comment donnera-t-on à l’ouvrier agricole, dans la Prusse orientale surtout, le désir d’entrer au service du propriétaire de l’endroit, de rester au foyer?
« En posant cette question, je veux dire tout d’abord qui si la question des ouvriers agricoles existe , c'est essentiellement au point de vue de V entrepreneur , et non de l'ouvrier. A part quelques exceptions, la situation matérielle des ouvriers agricoles, à quelque catégorie qu’ils appartiennent, est dans toute FAllemagne... bonne, et ne cesse de s’améliorer depuis une vingtaine d’années. La question des ouvriers agricoles ne revient donc pas à se demander par quels moyens on relèvera la situation économique des travailleurs (1). » Aussi la seule réforme que propose Kàrger dans la législation est de frapper de peines sévères le dédit de contrat de travail. Voilà les résultats des enquêtes scientifiques faites en Allemagne sur la situation des ouvriers.
(1) Verhaltnisse , I, p. 217.
Cependant, celui qui veut voir, trouvera même dans cette enquête imparfaite, bien qu’elle peigne tout en rose, bien qu elle passe rapidement sur ce qu'il est impossible d embellir, assez de faits qui montrent la nécessité de mesures de protection radicale pour les ouvriers agricoles, ne fut-ce qu’en se plaçant au seul point de vue de 1 hygiène. Cette nécessité est encore plus urgente au point de vue du socialisme, qui ne se donne pas pour seul but de prévenir la dégénérescence physique de la classe ouvrière, mais qui veut aussi l’élever moralement et intellectuellement, afin de la rendre capable de diriger elle-même la vie économique. Une politique sociale qui est convaincue d avance que les ouvriers agricoles n ont pas assez d instruction pour pouvoir répondre à des questions sur leur situation, et qui arrive à ce résultat, que la situation de ces ouvriers est bonne et que toute mesure qui tend à les relever est superflue, une telle politique est condamnée d’avance au point de vue socialiste.
Parmi les lois protectrices des ouvriers, les plus importantes sont celles qui ont pour but de protéger la génération qui grandit. Tout le mouvement socialiste se fait en effet plutôt pour nos enfants que pour nousmêmes.
Le travail productif des enfants n’est pas une particularité du capitalisme. Il est aussi ancien que l’humanité, même plus ancien, si 1 on peut s’exprimer ainsi, car 1 animal aussi commence à se chercher sa pâture bien avant qu il soit adulte. Mais le mode de production capitaliste a organisé d’une façon toute particulière et peu avantageuse le travail des enfants, comme le travail en général. Au travail dans la famille il a substitué le travail salarié au service de l’entrepreneur ; l’auxiliaire des parents devient leur concurrent ; l’alternance des occupations les plus variées, qui développe le corps et l’esprit, se change en un travail monotone qui alourdit au
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0g IIt — PROTECTION du prolétariat agricole
physique et au moral ; ce qui était presque un jeu devient un éreintement. lous ces traits appartiennent à tout le travail salarié de la société capitaliste, mais ils produisent les effets les plus déplorables sur les enfants , ils ont bien moins de force de résistance que les adultes, ils ressentent bien plus vivement tout mal physique et moral, et en subissent les conséquences toute leur vie.— C est dans la grande industrie que se manifestèrent tout d’abord les effets désastreux de l’exploitation capitaliste des enfants. Mais bientôt ils se produisirent aussi dans le métier et dans l’agriculture. Ici, comme dans l’industrie, la grande exploitation a créé par la division du travail une série de manœuvres simples et faciles, qui semblent pouvoir être exécutées sans peine par les enfants, et qu'elle attribue exclusivement à ces travailleurs à bon marché qui ne peuvent opposer aucune résistance.
Mais, de même que dans l’industrie, le travail salarie des enfants ne s’est pas borné en agriculture à la grande exploitation; il devient un moyen de conservation pour la petite exploitation agricole, en lui fournissant des forces de travail à bon marché ; et plus on abandonne la ^campagne, plus les ouvriers adultes y deviennent rares, plus croît la nécessité de mettre les enfants au travail salarié.
Mais ce travail salarié des enfants n’a pas, dit-on, de fâcheux effets dans l’agriculture ; c’est du moins ce qu’assurent les entrepreneurs consultes par la Société de politique sociale. Il y a des personnes qui sont d’un avis contraire. 11 est vrai que le travail des champs se fait en plein air, et que la besogne des enfants est souvent très facile : ramasser des pierres, cueillir le houblon, etc. Mais le système du salariat pousse toujours à abuser de la force de travail ; il veut le travail le plus long, le plus soutenu et aussi le plus monotone, car le passage d’une occupation à une autre occasionne toujours une perte de temps, et rend la surveillance plus difficile. Le travail
même le plus facile, le plus sain s'il est maintenu dans certaines limites, devient nuisible si on le prolonge sans interruption au-delà d’une certaine mesure.
, Le travai1 de nuit> tel qu’ü se pratique dans l’industrie n est pas a redouter dans l’agriculture pour le moment • mais très fréquemment on y abrège pour les enfants les .heures du repos nocturne : leur travail commence excessivement tôt, surtout en été (même en hiver pour soigner le bétail) et finit tard. Conrad Agahd nous parle par exemple, d’enfants qui (dans les districts de Lissa’ i’osen) travaillent aux champs « depuis 4 heures du matin jusqu’à l’heure de la classe, vont ensuite à l’école puis retournent au travail jusqu’à la nuit (1) ».
Le docteur E. Lauer, professeur d'agriculture à Brugg, dit à ce sujet : « Le travail agricole peut devenir dangereux pour les enfants, surtout parce qu’il abrège le sommeil qui leur est nécessaire. Les employeurs et même beaucoup de parents ne se rendent pas toujours compte de ce besoin de dormir qu’ont les enfants. Faire lever les enfants de dix à quinze ans entre quatre et cinq heures du matin, et ne les envoyer au lit qu’à neuf heures ou même plus tard, est une cruauté qui ne peut que compromettre gravement leur développement.
« Ici la protection des enfants doit intervenir en interdisant le travail au-dessous de quinze ans avant sept heures du matin et après sept heures du soir. L’aprèsmidi, ils devraient avoir au moins deux heures de repos. Pour qu’un tel règlement produise son effet, il faut qu’il s étende aussi à l’école et à l’industrie domestique. L’enseignement aussi doit être donné pendant ce même temps (2). »
(1) Die Enoerbsthatigkeit schulpflichtiger Kinder im deutschen tteiche ( Braun' s Archiv , vol. XII, p. 413).
(2) Die Beschlüsse des internationalen Kongresses fiir Arbeiters ehutz in Bezug auf die Landwirthschaft ( Schweizer Blütterfür Wirth schafts und Sozialpolitik , VIe année, p. 269).
Mais si reniant souffre dans son organisme par un travail prolongé, trop soutenu et monotone, il souffre aussi d’être astreint trop jeune à un travail régulier. Il n’y a pas de cultivateur avisé qui attelle son poulain à sa charrette, mais il n’est pas rare de voir des enfants attelés aultravail salarié de l’agriculture dès l’âge de six ans. Agahd dit au sujet d’une école du duché de Posen, que sur 55 élèves d’une classe, deux seulement ne travaillent pas aux champs : « vingt d’entre eux sont occupés chez des étrangers : deux ont quitté la maison paternelle à si^ans, un à sept ans, deux à huit ans, trois a neuf ans, les autres à dix ans et au-dessus (1) ». De ces enfants de six ans on réclame un travail journalier de douze heuresau moins, sans compter le temps qu'il leur faut pour se rendre au travail et pour retourner à la maison, et à la campagne les distances sont parfois fort grandes. Pour montrer toute l’horreur de l’exploitation des enfants à la campagne, citons cette ordonnance du gouvernement d’Anhalt rendue en leur faveur ; ce qu’elle stipule est encore assez scandaleux : « Les enfants devront avoir au moins huit ans pour être occupés toute la journée; au-dessous de cet âge ils ne seront occupés que la moitié ou les deux tiers de la journée, qui ne devra commencer qu’à six heures du matin et finir à six heures du soir, avec deux heures de repos à midi. Si, après ce travail, il y a encore une marche à faire, on fixera la fin de la journée de travail de telle sorte que l’enfant soit rentré au plus tard à huit heures. Si le retour s’effectue en voiture, il faut empêcher que le véhicule soit surchargé, et que les enfants puissent en tomber. Aucun travail ne doit se faire avant la classe du matin. Pendant les grandes chaleurs, l’employeur doit fournir une boisson convenable (2) » .
(1) Op. ait., p. 414.
(2) Agahd, op. cit., p. 423.
C’est ce qui se passe clans les plantations de betteraves de nos raffineries de sucre qui a sans doute déterminé l’intervention du gouvernement d’Anhalt. Voici ce qu’écrit Schippel de cette situation. « Pour certains travaux, on n’emploie en général que des enfants. Ce sont eux, par exemple, qui arrachent les betteraves, qui tirent du tas les petites raves inutiles. Qu’on se figure ces enfants de six à quatorze ans, accroupis de douze à dix-huit heures par jour, le corps penché en avant, de manière à faire affluer le sang à la tète. Un adulte ne supporterait pas dix minutes une semblable posture. Quoi d’étonnant si des enfants, après plusieurs semaines d’un tel travail, sont retardés dans leur développement intellectuel. Je ne parlerai pas des maladies que leur occasionne l’humidité du sol à laquelle ils sont directement exposés. Les écoles donnent même des congés pour ces travaux des betteraves : ce les vacances des betteraves », qui sont une véritable plaie pour l’école, lit-on dans le Preussisclie Schulzeitung du district de Mersebourg. Les entants rampent des jours et des semaines, selon l’étendue des champs de betteraves, à terre, le visage presque au ras du sol, à peine vêtus, filles et garçons pêle-mêle ; la pudeur et les bonnes mœurs n’y ont qu’à perdre ; quand, après ce travail, ils reviennent à l'école, ils sont tellement alourdis, ils sont tellement imbéciles, que tous les efforts du maitre pour secouer ces intelligences engourdies échouent fatalement. Le visage est gonflé, l’œil hagard, la peau gercée par l’ardeur du soleil, les mains excoriées à force de fouiller dans la terre, et la crasse s’est tellement incrustée dans les plaies et dans les pores, que les lavages répétés avec le savon le plus détersif ne parviennent pas à blanchir les mains. A force de se tenir à quatre pattes comme les •animaux, leur colonne vertébrale ne peut plus que difficilement prendre la position verticale, quand ils sont assis ou debout. S’il n’y a pas assez d’enfants dans l’en-
droit, les propriétaires chargent des agents d’en racoler dans le voisinage ; ces agents reçoivent, outre leur salaire, de 5 à 10 pfennigs pour chaque enfant racolé. Dans cettechasse à l'enfant, on les leurre et on les dupe de toutes les manières imaginables. Aux enfants on promet de la limonade, des gâteaux et de la bière, puis on les transporte, musique en tète, en voiture dans le village pour lequel ils sont embauchés. Le salaire journalier d’un entant est de 50 à 80 pfennigs, pour lesquels on leur demande une journée de travail horriblement longue : de cinq heures du matin à neuf heures du soir. Ils travaillent même les jours fériés ! Quand les enfants sont attirés de localités étrangères, ils ne rentrent souvent pas chez eux avant onze heures « et l’on peut se figurer dans quel état ! » (1)
Comment Kàrger peut-il dire : « la question des ouvriers agricoles n’existe qu’au point de vue de l’employeur ». Peut-être la Société de politique sociale disposait-elle de moyens et d’auxiliaires suffisants pour envoyer un questionnaire au gouvernement d’Anhalt messieurs les conseillers intimes pouvaient le consulter sans déroger! Cependant nous sommes injustes envers l’enquête. Nous y trouvons çà et là un mot énergique contre le travail des enfants. Weber, par exemple, écrit ceci : « Dans un rapport sur la circonscription de Johannesburg, on constate que la journée des jeunes pâtres est trop longue et contribue beaucoup à leur démoralisation (2). » Le rapport général de Labiau-Wehlau montro que l’emploi des enfants comme pâtres est un abus patent, mais presque inévitable chez les paysans, et qui rend les enfants sauvages (3). Cela concorde absolument avec ce qu’expose Agahd : La garde des animaux
(1) Max Schippel, Die dentsche Ziickerindustrie und ihre Subven tionirten , p. 22, 23.
(2) V erhaltnisse, III, p. 85.
(3) Op. cit., p. 128.