‹ La question agraireChapitre 2 sur 189 · PRÉFACE DE L ÉDITION ALLEMANDE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L ÉDITION ALLEMANDE

Le présent ouvrage a été composé à la suite des discussions qui s'engagèrent autour du programme agraire dont les délibérations de la démocratie socialiste allemande au congrès de Franck fort avaient provoqué /’ élaboration, et qui fut repoussé au congrès de Breslau. Quoi que I on puisse penser de ces discussions , elles ont mis en évidence ce fait que , dans la démocratie socialiste allemande, comme dans la démocratie socialiste internationale, il existe des opinions très différentes sur les tendances de l évolution de V agriculture moderne , et que l'on n'a pas trouvé jusqu’à ce jour de fondement inattaquable sur lequel la démocratie socialiste puisse faire reposer une politique agraire résolue.

A ussi fut-il déclaré à Breslau, à l’unanimité, qu’une étude théorique approfondie de la situation agraire était nécessaire, et devait être menée à bonne fin aussi promptement que possible.

Certes , il n eut pas été besoin de cette circonstance pour m'inspirer du goût pour la question agraire. Déjà au commencement de ma vie politique je m'en étais activement occupé . En 1878, lorsque j'écrivais encore sous le pseudonyme de « Symmachos ». je publiai dans le « Socialiste » de Vienne une série d'articles « Les Paysans et

(1) Die Bauern und der Sozialümus.

(2) Ein/îuss der Volksvermehrung ciuf den Fortschrift der Gesell schaft.

(3) Slaatsivirthschaftliche Abhandlungen.

PREFACE

le Socialisme (1) », qui devait paraître à part comme brochure de propagande , mais qui ne parut pas , l'édition entière ayant été confisquée. En 1879, f achevai mon écrit sur V « Influence de V accroissement de la population sur le progrès de la Société (2) », dans lequel la question de la production des subsistances joue un grand rôle; en 1880, les Annales de la sociologie de Richter publièrent mon article sur la propagande parmi les paysans ; en 1881, je discutai dans les Etudes Economiques (3) la question de la concurrence des denrées alimentaires d’ outre-mer . En outre je rédigeai alors une série de feuilles de propagande pour les paysans , « L'Oncle d' Amérique » et d’autres.

Lorsque par suite, il y a quatre ou cinq ans , la question agraire passa au premier plan des discussions des partis socialistes d'Europe , je navals qu'à renouveler une ancienne connaissance — une connaissance que je n'avais jamais perdue de vue. Avec le temps la question avait seulement gagné en intérêt , au point de vue pratique comme au point de vue théorique. La croissance de notre parti ainsi que la crise agraire en avait fait l'un des plus importants parmi les problèmes pratiques dont la Démocratie socialiste a à s'occuper. Cependant le Marxisme était aussi devenu en tous lieux la base clu mouvement , socialiste , le troisième volume du « Capital », avec ses brillantes recherches sur la rente foncière, avait paru , mais précisément l'évolution de V agriculture avait produit des phénomènes qui paraissaient inconciliables avec les théories marxistes. Ainsi la question agraire passait aussi au premier plan des préoccupations théoriques.

Dans mes recherches sur cette question que je connaissais de longue date , je ne m attendais pas à trouver de difficulté spéciale , et je devais désirer d'autant plus vive -

PRÉFACE

ment présenter promptement mon travail au public, qu'il n'y est pas traité de questions d'un intérêt purement théorique , mais de questions de la plus grande actualité. Cependant trois ans se sont écoulés avant qu'il ait pu paraître. Cela tient en partie à de nombreuses interruptions déterminées par ma situation , par le soin que je dois prendre des questions du jour , par la part qui m'est revenue , du fait de la mort d'Engels ; de la publichtion des écrits laissés par Marx, en partie à ce que je voulais faire reposer mon travail principalement sur les résultats des recherches de statistique agricole les plus récentes, sur ceux de l'Enquête de la Commission parlementaire agraire d' Angleterre, du troisième volume du recensement américain de 1890 traitant de V agriculture, de T enquête agraire française de 1892, et de la statistique des exploitations et des professions agricoles en Allemagne, de 1895,— toutes publications qui n'ont paru qu'en 1897 ou même en 1898.

Mais en outre je m'aperçus au cours de mon travail qu'il m'était impossible de renfermer ce que j'avais ci dire dans le cadre d'une brochure , ainsi que je me l'étais proposé.

Ce dont nous avons le besoin le plus pressant , ce n'est pas à mon avis d' augmenter d'une unité le nombre des monographies et enquêtes agricoles déjà si nombreuses. Si précieux qu'ils puissent être, on ne peut pas dire que les renseignements sur la situation agraire fassent défaut: les gouvernements, la science et la presse des classes bourgeoises en mettent au jour , du commencement à la fin de l'année, une quantité absolument écrasante; ce dont on a besoin, c'est d'un fil conducteur permettant de se retrouver dans cet enchevêtrement de faits si différents, c'est de la connaissance des tendances fondamentales qui agissent sous les phénomènes, et les déterminent . Il s'agit de considérer comme des phénomènes partiels d'un processus d' ensemble les diverses questions particulières entrant dans la question agraire, le rapport entre

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