L AGRICULTURE MODERNE
cité dans le domaine d’un Monsieur F. Prat, dans le département du Tarn (France).
Une chute d'eau qui peut fournir 30 chevaux-vapeur actionne une turbine, qui à son tour est assolée avec une machine dynamo-électrique. La machine dynamoélectrique employée est capable de fournir un courant de 375 volts. Sur toute l’étendue du domaine se trouvent des Qls de fer supportés par des piquets, comme cela est l’usage. Et le courant est pris à ces fils de fer là où il est. utilisé.
Jusqu’à ce jour la force a été utilisée presque exclusivement pour le labourage, par le moyen d’un moteur à tourniquet de 18 chevaux-vapeur.
A côté d’autres avantages, la présence de la force électrique a celui de permettre d’éclairer électriquement toute la superficie du domaine. Cela permet dans des cas pressants, par exemple pendant la récolte, de travailler dans la campagne aussi la nuit — ce qui est un avantage pour le propriétaire, à vrai dire plutôt que pour ses salariés.
En Allemagne aussi il existe déjà des biens ruraux où est installée l’électricité. En septembre dernier (1897) on relata même des tentatives faites dans les environs de Kolberg pour approvisionner de force électrique d 'un point central soixante domaines , en vue d’améliorer et de rendre meilleur marché l’exploitation agricole. Mais nous n’avons pas entendu parler du résultat de ces tentatives.
Parmi les organisations mécaniques permettant une économie des forces, on peut compter à côté des machines les chemins de fer de campagne. Les frais de transport jouent dans l’agriculture un grand rôle. L’agriculture doit mouvoir sur de grandes distances de grandes masses de produits d’une valeur relativement faible, engrais, paille, foin, raves, pommes de terre, etc. L’établissement de bons chemins coûte beaucoup d’argent et prend beaucoup de place. Et sur les meilleurs chemins de campagne
70 l’agriculture dans la société capitaliste
les résistances dues au frottement sont encore très grandes. Aussi les chemins de fer de campagne sont-ils très avantageux. Un attelage peut sur un chemin de fer de campagne venir facilement à bout du quadruple de la charge qu’il pourrait mouvoir sur la grande route. Et un chemin de fer de campagne peut sans travaux préparatoires et sans peine être établi là même ou l’établissement d’un chemin est impossible, sur des marais, des champs labourés, des prairies marécageuses, etc. Le chemin de fer de campagne ne se borne pas à économiser du travail d’attelage, souvent il rend seul possibles d’importants transports de matériaux sans lesquels beaucoup d’améliorations ne seraient pas exécutables.
Les améliorations comptent également dans leur partie essentielle — travaux d’irrigation et de drainage — parmi les ressources mécaniques de l'agriculture. Par opposition à celles dont nous avons traité jusqu’ici, elles sont de date très ancienne. En Orient nous trouvons des travaux de ce genre aux temps préhistoriques. Mais dans la partie de l’Europe qui se trouve au Nord des Alpes, les procédés d’amélioration ne se sont du temps de la culture à trois assolements que fort peu développés. Le climat ne rendait pas nécessaires les travaux d’irrigation, les terres humides étaient employées comme prairies. Tant que l’on eut de nouvelles terres, des forêts et des pâturages à défricher, le besoin ne se fit pas sentir de faire des améliorations au sens étroit du mot, et la main d’œuvre faisait aussi défaut. Et lorsque la population devint plus dense, alors les charges féodales commencèrent à écraser le paysan et à lui prendre la force et les ressources dont il aurait pu disposer pour les améliorations. Seule la Révolution créa les conditions nécessaires.
Parmi les améliorations modernes l’un des plus importants est le drainage, le dessèchement du sol par un réseau souterrain de tuyaux en terre cuite, amélioration qui n’a été rendue possible que par les progrès de la
iv. — l’agriculture moderne
fabrication des briques. Le drainage rend le sol plus sec, plus doux, plus relâché et permet de le travailler plus facilement ; par lui, le sol s’échauffe plus facilement et d’une manière plus durable, « de sorte que les suites du drainage sont l’équivalent d’un changement de climat » (Hamm). En Ecosse on a observé que les récoltes du sol drainé ont coutume de précéder de 10 à 14 jours celles du sol non drainé.
En Angleterre, le drainage a élevé le produit brut de terres déjà cultivées d’une moyenne de 20 à 30 %. Beaucoup de champs n’ont été rendus propres à la culture de céréales et d’herbes fourragères que par le drain nage.
d) Engrais , Bactéries.
Non moins que l’ingénieur, le chimiste et le physiologiste, celui-ci en particulier à l’aide du microscope, ont révolutionné l'agriculture.
Du temps de la culture à trois assolements, tous les bestiaux sans exception devaient se contenter du fourrage que le pâturage et la prairie leur offraient. Aujourd’hui le développement des communications a mis d’innombrables fourrages à la disposition de l’agriculture ; à côté de ceux que l’agriculteur cultive, ceux qu’il achète, en particulier ceux que l’on peut se procurer à bon marché comme produits ou déchets de l’industrie, si bien qu’il a avantage à employer ses terres à d’autres cultures qu’à celle de plantes fourragères. Mais la physiologie animale lui montre la valeur des différents fourrages, lui apprend à les employer et à les préparer conformément à l’âge, au sexe, à la race, à l’emploi de l’animal — en quoi, comme nous l’avons déjà vu, la machine joue un grand rôle — de manière à maintenir autant que possible les
forces et les capacités de ranimai et à obtenir l’effet utile le plus grand possible.
Mais la physiologie végétale lui enseigne les conditions qu’il doit assurer à la plante pour obtenir, sans gaspillage de matériaux, de temps et de force, ]e rendement le plus considérable et le plus durable. À côté du labour du sol, dans lequel, comme nous l’avons vu, la majoue un grand rôle, la considération la plus importante est celle du fumage , des soins à prendre pour que le sol contienne en bonne proportion les substances solubles dont la plante a besoin pour croître. La chimie ne lui fait pas seulement connaître ces substances, elle produit aussi artificiellement celles qui manquent au sol, et que l’agriculteur ne pourrait pas produire en quantité suffisante ou sans dépenses excessives dans sa propre exploitation.
Le fumier des étables ne suffit pas à lui seul à maintenir l’équilibre de l’agriculture moderne qui produit pour le marché, et pour un marché qui, pour la partie de beaula plus considérable, ne rend plus les substances alimentaires qu’il a reçues.
Par là le sol devient chaque jour plus pauvre de ces éléments minéraux qui servent à la constitution des plantes cultivées. Les méthodes perfectionnées de culture, culture de plantes fourragères à racines profondes, labourage profond, etc., ont assurément accru le rendement des champs, mais seulement par un dépouillement, par un épuisement du sol plus intense et plus rapide, a La fertilité du sol peut assurément être considérablement accrue aux dépens de sa richesse en substances nutritives, et cela à l’aide de l’amélioration physique progressive du sol par un fort emploi de fumier d'étables, par des procédés de relâchement mécanique, par l’emploi de la chaux, etc. Cependant, avec le temps, cette façon de procéder ne diminue pas seulement la richesse du sol, mais aussi sa fécondité. » (Werner).